A la loupe : The Romanoffs, un premier épisode en forme de conte

Le premier épisode de The Romanoffs se déroule à la période contemporaine, dans un espace existant et défini (les beaux quartiers parisiens) et aborde des thématiques sociales brûlantes (la lutte des classes, les identités religieuses). Aussi, de nombreux commentateurs ont reproché à The violet hour de manquer de réalisme dans sa mise en scène de la relation entre une domestique d’origine maghrébine et une famille descendante de l’aristocratie russe. Car oui, cet épisode s’appuie sur des personnages assez improbables. Pour ne prendre que l’exemple de la jeune aide à domicile musulmane qui est au coeur de l’intrigue : celle-ci parle parfaitement l’anglais alors que rien dans son parcours (elle n’a jamais quitté la France, vient d’un milieu modeste, et fait des études d’aide-soignante peu portées sur l’apprentissage des langues) ne semble destiné à la rendre aussi fluent. Elle reste en outre d’une bienveillance hallucinante avec sa raciste / islamophobe de patronne même quand celle-ci entreprend d’assassiner méticuleusement sa culture. Et ce n’est pas du tout par ignorance ou par faiblesse (elle est brillante et affirmée) mais plutôt par empathie, ce qui ne peut que l’élever au rang de sainte (terme christiano-centré s’il en est mais vous avez l’idée).

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Mais cet épisode de 90 minutes imaginé par le créateur de Mad Men (Matthew Weiner) a-t-il l’ambition d’être une étude de moeurs ? Non. Il s’agit plutôt là d’un conte qui réactive des schémas archétypaux et initiatiques moralisateurs. Et osons le dire, c’est une structure narrative qui cohabite assez bien avec le fil conducteur de l’anthologie télévisuelle que constitue The Romanoffs : les descendants contemporains (réels ou supposés) de cette famille royale russe exécutée par des Bolcheviks au début du XXe siècle qui a déchainé l’imaginaire et engendré des mythes tels que celui d’Anastasia. Dans The violet hour (attention, spoilers), la « souillon » n’en est évidemment pas une. Elle est dotée de qualités morales de « princesse » que reconnaitra l’hériter, sorte de « prince » contemporain déchu, pris entre les feux de la « méchante reine » et de la « sorcière » manipulatrice. Ces deux-là font figure d’opposantes à l’héroïne, mais, dans leur affrontement pour le pouvoir, pourraient bien devenir adjuvantes. La bonté triomphe à la fin, en prenant les oripeaux de l’amour. Et l’intelligence de l’épisode est d’avoir suspendu le point d’interrogation jusqu’à la résolution finale en dissimulant savamment les ficelles du contes de fée sous le voile de la satire et de l’humour grinçant. Un bel exercice narratif en somme.

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