Pilote du Reboot de Charmed : on regarde la suite ou pas ?

Un événement sériel majeur s’est produit, peu d’entre vous ont dû échapper à la nouvelle : Charmed est de retour sous la forme d’un reboot. Face à un tel séisme de la pop culture, il fallait bien trois plumes de la rédac de Séries Chéries pour prendre le pouls de cette création choc, dont l’annonce avait saisi d’effroi la communauté LGBT les fans de la première heure. Après le visionnage du pilote allons nous poursuivre l’aventure ?

Rachel : OUI. Charmed. Le reboot qu’on n’attendait pas, et franchement qu’on craignait un peu parce que bon, les reboots c’est souvent plus coulé que touché… Alors quand on s’attaque à une institution comme la série originale, on est en droit de serrer les dents et de s’attendre au pire. Pour autant, même si les prémices sont les mêmes (la mère des Halli… Pardon, des Warren, meurt dans des circonstances suspectes, les sœurs se réunissent et paf, ça fait des pouvoirs magiques), Charmed réussit quand même le tour de force de faire du neuf avec du vieux. L’iconique histoire de l’originale n’était pas sans atours féministes, mettant en scène trois sorcières combattant le mal, et les bouleversements de société comme #MeToo aidant, le reboot saisit l’occasion de sortir du sous-texte pour se jeter droit dans le message sans complexe. Titulaire d’une chaire sur les Women’s Studies (études de genre), la mère est morte de façon suspecte après avoir soutenu une victime de harcèlement sexuel qui dénonçait un doyen de la faculté. Doyen qui se révèle d’ailleurs être un démon qui se nourrit « de l’énergie vitale des femmes fortes ». Harceleurs sexuels, vous êtes prévenus : cette série n’aura aucun scrupule à vous exorciser durablement de la surface de la Terre. Autre coup d’audace, le show est décidément plus campy que l’original, avec le bon goût de ne pas se prendre trop au sérieux. Harry, le guide spirituel des sœurs leur volerait presque la vedette, avec ses airs de majordome british (faussement?) jovial. Il faut dire que niveau chimie, c’est pas
très folichon du côté des sœurs. Ce qui est vraiment le point sur lequel la série a intérêt de s’améliorer pour la suite, parce que c’est quand même une pierre angulaire du scénario…

Sophie : NON MAIS… C’est peu dire que le trio est mal mis en valeur. J’irais plus loin que Rachel en disant même que les trois sœurs sont des caricatures ambulantes, dignes d’un teen movie au rabais. Il y a l’intello, le garçon manqué agressif, et la jeune fille naïve qui rêve de popularité. Elles vont tour à tour : perdre leur mère, découvrir qu’elles ne sont non pas deux mais trois sœurs, apprendre qu’elles sont des sorcières, décider si elles veulent le rester, maîtriser leur pouvoir, combattre un démon misogyne, plaquer un petit ami, accepter leur deuil, oublier tristesse, colère et solitude, retomber dans les bras de leurs ex-futur-conjoints puis se rendre compte de l’importance du fameux pouvoir des 3. Et tout ça en moins de 40 minutes. Difficile en si peu de temps de rendre crédible le drame de ce qui leur arrive et leur progression psychologique. On est loin d’une série comme Buffy, qui malgré son genre fantastique, avait pour ambition de peindre réalistement la psychée adolescente. Pour autant, il ne faut pas perdre de vue les objectifs de ce Charmed 2018 et le juger à sa juste valeur. Est-ce que le pilote est signe d’un bon reboot ? Oui. Il respecte bien les ingrédients de l’original tout en parvenant à se créer sa propre identité. Est-ce qu’il est divertissant ? Oui. Léger, avec ce qu’il faut de kitsch et tellement plein de rebondissements qu’on se croirait dans des montagnes russes. Est-ce qu’il est totalement indigent ? Non. Les showrunners insufflent dans leur univers quelques éléments de la société d’aujourd’hui pour que les adolescents puissent se projeter et s’identifier aux personnages. Alors d’accord, les efforts pour cocher toutes les cases du programme respectable (féministe, multiculturel, engagé) sont tellement visibles qu’on se demande parfois si tout cela n’a pas plutôt été pensé par le service marketing que par un auteur. Mais après tout, appliquer de vertueux principes, même si c’est pour de mauvaises raisons, c’est déjà un bon début. Et je suis sûre que si j’avais 15 ans de moins (et donc que j’étais le public ciblé), j’y aurais trouvé mon compte et suivrais avec plaisir les aventures enlevées de ces nouvelles sœurs Halliwell, jugeant même peut-être avec mépris les précédentes devenues has been.

Arthur : NON. D’une certaine façon, tout y est. Les démons sont moches et explosent grâce à la magie d’After Effect, les dialogues sont nazes et l’humour un peu nunuche, le scénario n’a aucune espèce d’intérêt. En visionnant le pilote, j’ai non seulement pensé « putain, que c’est nul », mais aussi et surtout « est-ce vraiment pire que la version d’origine ? ». Ni une ni deux, je me suis précipité sur YouTube pour en avoir le cœur net, et j’ai longuement écumé les extraits de la création originale, de la mort de Prue aux « top vanquishes » (compilation des meilleures explosions de démons). Et oui, c’était déjà nul. Il faut bien l’admettre : déjà à l’époque, Charmed ne tenait pas la route face à une série comme Buffy, si tant est qu’on puisse oser une comparaison. On regardait sans doute parce que le pitch était vraiment cool : cette histoire de famille de sorcières, de filles qui vivent entre elles dans un manoir, de pouvoirs qu’on ne doit pas utiliser pour soi mais qu’on utilise quand même dans tout un tas de situations de la vie quotidienne, ces amours contrariées avec des anges, des démons… Bref, l’idée faisait rêver, et tant pis si ça ne volait jamais bien haut, on s’accommodait de la naïveté du script – grandissante saison après saison, au point de faire intervenir toujours plus de fées, de licornes, à mesure que la cible se déplaçait des jeunes adultes aux petites filles -, du jeu ridicule des acteurs, et des dialogues catastrophiques. Dans le reboot, certes les ingrédients chéris sont toujours là : une des sœurs arrête le temps, une autre déplace les choses par la pensée, le manoir, le livre et le grenier sont à leur place. Mais le charme n’opère plus, impossible d’être  dupe une seconde fois. La cible adolescente sera-t-elle suffisamment conciliante pour se prendre au jeu, ou bien préférera-t-elle retrouver la série des années 90-2000 ? On leur conseille d’opter pour la seconde option : tant qu’à regarder une série pourrie, autant se tourner vers l’originale.

2 réponses à “Pilote du Reboot de Charmed : on regarde la suite ou pas ?

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