Le bilan du mardi : la fin de la saison 4 de Game of Thrones [SPOILERS]

Voilà. C’est fini.
J’entends déjà Marion soupirer de bonheur : nous ne parlerons plus des péripéties de Westeros en pause déjeuner entre rédacteurs de Séries Chéries. Les non-initiés (oui, ils existent encore, c’est une espèce rare et il faut la préserver car elle offre une vision oubliée et candide de l’humanité pré-GoT) vont connaître une année de répit avant le retour de la série sur nos écrans. Pour nous, fans éplorés, c’est l’occasion de revenir sur ce qui s’est passé, car la fin de cette saison 4 s’est avérée particulièrement riche :  outre une épuration drastique du casting, nous avons assisté à la transfiguration de Jon Snow le gros relou en figure de héros (ouais je vais défendre cette idée dans tout un paragraphe, vous allez rigoler), à l’invasion de la magie, et bien sûr, à une accélération de la porosité entre le bien et le mal.

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Ned Stark est trop saoulé car c’est déjà fini.

Dans les derniers épisodes, vous l’aurez relevé, le casting a été sévèrement épuré. En résumé : Lysa Arryn a été précipitée dans le vide par Littlefinger ; Oberyn Martell broyé par Gregor Clegane ; Ygritte la Sauvageonne transpercée d’une flèche par un gosse ; une bonne partie de la Garde de Nuit dévastée, et un grand nombre de Sauvageons et de Thenns balayés lors de l’attaque de Castleblack ; Sandor Clegane s’est pris une branlée par Brienne de Torth ; Jojen Reed a été poignardé par un Marcheur Blanc ; Shae étranglée et Tywin Lannister transpercé de carreaux d’arbalète par Tyrion. Si les personnages principaux ont pu être épargnés cette saison-ci, c’est au détriment de ceux qui les entourent et les accompagnent. Résultat : les protagonistes gagnent en densité dramatique. La mort inattendue de Ned Stark dans les débuts avait pu questionner la notion même de héros et nous forçait à nous demander : quels sont les personnages qui vont vraiment compter ? Sont-ils tous interchangeables et supprimables à loisir ? Ou bien certains, pas forcément ceux en lesquels on croit de prime abord, vont-ils se révéler, sortir du lot, se démarquer ? Dans le même temps, la notion de « destin » a fait son entrée progressive dans le récit par le biais de la magie et de personnages de prophètes (qu’il s’agisse de Jojen Reed ou de la Mélisandre). Notion classique de la fantasy, qui semblait faire défaut à l’univers de GoT, le destin parvient à préserver de la mort certains protagonistes qui font figure d’élus ou qui sont voués à jouer un rôle particulier avant la fin.

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Pour éliminer Jon Snow, taper 1.

Lors de l’épisode 9, entièrement focalisé sur l’action à Castleblack, nous avons assisté à la métamorphose de Jon Snow -jusque là un personnage fadasse, ennuyeux et sans consistance- en un véritable héros. Le recentrage de l’histoire sur cette partie de l’univers de GoT était à mon sens une bonne idée, en cela qu’elle permet à la série de retrouver son centre de gravité. Après tout, c’est là que l’épisode pilote avait commencé, avec l’approche de l’hiver (« Winter is coming« ) et des mystérieux « Marcheurs blancs » qui, depuis, auront soit été trop absents, soit trop chelou (cf. leur trip avec les bébés zombies dans une espèce de Minas Morgul des neiges). Même si on aime les complots qui se trament à King’s Landing et l’exotisme des pays traversés par Daenerys, on avait bien besoin de retourner au Mur, lieu le plus emblématique de la série. Là, qui n’a pas bondi d’excitation devant son écran en voyant Jon Snow, après être monté en grade à une vitesse ahurissante, débouler dans la mêlée entre Gardes de Nuit trop nuls et Sauvageons trop flippants ? Qui n’a pas exulté en le voyant brandir sa belle épée de chevalier et renverser l’équilibre de forces en présence à lui seul, avant de défoncer le méchant chef Thenn au marteau ? Même s’il nous agaçait depuis un bon moment, et même s’il n’a pas gagné en charisme (faut pas déconner non plus), on peut dire que Jon Snow a su nous faire vibrer et prouver sa valeur, et même obtenir notre empathie. Si si.

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It’s Mélisandre bitch.

Elle était là depuis le début, d’abord énigmatique et hors-champ, puis de plus en plus prégnante, elle est désormais à l’écran sous une forme brute, explicite, et elle change le récit de la série en l’amenant peu à peu dans le symbolique et la fantasy. Bien sûr, je veux parler de la magie. Dans la saison 1, outre les Marcheurs Blancs que l’on voyait très peu, il s’agissait seulement de rumeurs, de légendes de dragons ou de changeurs de visages, de rituels de magie noire effectués sous une tente à l’abri des regards. Cette même saison 1 se terminait sur l’éclosion des œufs de dragons et, par la même occasion, par l’éclosion de la magie. Depuis, on a vu Mélisandre accoucher d’une ombre pour assassiner Renly Baratheon, on a vu des sorciers se dédoubler et jouer avec les illusions dans la ville de Qarth, un assassin de Braavos changer de visage, des gens qui contrôlent les animaux par la pensée, des géants trop moches, des bébés zombies pas très jolis non plus, et j’en passe. La saison 4 s’achève avec l’arrivée de Brandon Stark, guidé par le mystérieux Jojen Reed, qui peut enflammer sa main pour faire le malin, dans une sorte de sanctuaire-arbre-magique où il est accueilli par un enfant des premiers temps et un vieillard qui lui dit « voilà ben tu marcheras plus jamais mais maintenant tu peux voler si tu veux hahaha ». Je ne sais pas où en sont ceux qui ont lu les livres par rapport à tout ça, mais nous, fans de la série, nous sommes un peu paumés et nous demandons vraiment jusqu’où ça va aller. A mon sens, la coexistence de l’univers de la fantasy et de l’ambiance médiévale plus « réaliste », faite de complots et de trahisons politiques, va nécessiter une alchimie narrative solide : pour l’instant, j’ai toujours du mal à me dire que la reine Cersei et les intrigues de King’s Landing font partie du même monde que celui du grand Nord au-delà du Mur.

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Mec, on t’aime.

Enfin, la saison 4 dans son ensemble s’est illustrée par une porosité grandissante entre le bien et le mal. GoT n’a jamais fait preuve de manichéisme, mais au début on avait, globalement, les gentils Stark contre les méchants Lannister. Aujourd’hui, Jon Snow mis à part, tous les personnages auront été rattrapés par la complexité du monde qui les entoure. Daenerys, bien sûr, nous a estomaqués en faisant crucifier des maîtres à la pelle, devenue souveraine implacable sous le drapeau des Targaryen : ses dragons, armes de reconquête, mais armes de destruction massive par la même occasion, pourront-ils servir son idéal de justice ? Quand elle attaquera Westeros pour reprendre le Trône de Fer, y aura-t-il des frappes chirurgicales ou un déluge de feu sans pitié ? Celle qui apparaissait jusque là comme une libératrice est désormais confrontée au destin de sa lignée : sera-t-elle un tyran comme ses prédécesseurs ou parviendra-t-elle à imposer son propre idéal ? A la fin de la saison 4, on la voit contrainte de museler malgré elle ses précieux dragons, armes à double tranchant, non sans retenir quelques larmes.

Sur l’autre continent, la noble Brienne qui combattait avec tant de classe chevaleresque aura terrassé le Limier lors d’un combat sauvage et insoutenable où les épées sont vites devenues inutiles, laissant place aux coups de poings, de pieds, aux bouches en sang, aux cris sauvages. Pour tuer son adversaire, Brienne est devenue une bête aussi monstrueuse que son adversaire, tandis que lui s’humanisait peu à peu au contact d’Arya. Cette denière, qui n’est encore, rappelons-le, qu’une petite fille, a cependant appris à tuer. Pire, sa vengeance l’amène à détrousser le Limier et à le laisser crever dans les pires souffrances. Sa soeur Sansa, comme tout le monde l’attendait, a commencé à mentir et à manipuler, sous l’influence de Littlefinger. Jaime, qui dans la saison 1 poussait le jeune Bran du haut d’une tour ou attaquait Ned Stark avec fourberie, est devenu un personnage très positif, amouraché de Brienne ou venant en aide à son frère captif dans les geôles de King’s Landing. Sa sœur jumelle Cersei, pour sa part, est plus ambiguë que jamais. D’un côté elle est toujours une femme perverse et sans cœur, capable de piétiner des entrailles encore chaudes ; de l’autre c’est une mère blessée qui fera tout pour préserver sa progéniture (comme le faisait Catelyn Stark), une héroïne tragique victime d’une passion interdite, sorte de Phèdre déboussolée par la haine. Enfin, bien sûr, l’exemple de Tyrion est le plus frappant. Personnage fin et intelligent qui, dans une longue tirade adressée à Jaime à la fin de l’épisode 8 expliquait son incapacité à comprendre le goût de ses contemporains pour le mal et la destruction, finit par se venger froidement en étranglant Shae dans son lit et en exécutant son propre père. S’il a survécu au tribunal, une partie de Tyrion est morte à la fin de cette saison.

5 réponses à “Le bilan du mardi : la fin de la saison 4 de Game of Thrones [SPOILERS]

  1. Je parie que le bonheur sera de courte durée… Mais j’ai lu ton article et il m’a vraiment simplifié la vie. Très clair, drôle comme toujours, en bref un bon récap’ pour ceux qui ont arrêté la série (personnellement, Theon Greyjoy a eu raison de ma tolérance à la violence).
    Il va falloir trouver un autre sujet de discussion.

    • Merci Marion !
      Je propose que tu choisisses la série dont on parlera chaque jour avec frénésie désormais ;)

  2. Élus jusqu’à ce que George le Sanguinaire en décide autrement :) Je pense qu’un de ses grands plaisirs est de nous faire croire qu’on a compris qui allait vivre jusqu’au bout (enfin plus au bout que les autres) et puis PAF. Aucune destinée pour moi dans l’oeuvre de GRR Martin mais plutôt une ironie envers ce thème surprésent dans le reste de la mythologie fantasy.

    Ouiii même ressenti pour Jon Snow un poil nuancé par sa grimace où il voudrait nous faire croire qu’il pleure le pauvre chou. Mais j’ai beaucoup aimé son face à face avec Mance, et je n’ai pas loupé le regard évaluateur de Mélisandre à travers les flammes.

    Est-ce que tu veux vraiment connaître le degré de cohérence qui s’installe entre la magie croissante au Nord et le réalisme politique de King’s Landing :) ? C’est un poil accentué dans la série et dans cet épisode 10. Globalement avec les livres, on reste dans l’irruption ponctuelle d’une magie plutôt discrète. En tout cas c’est hyper cohérent niveau narration, c’est un peu comme le retour de l’ère glaciaire version magie, le réveil des forces du Nord, celui des dragons, le tout lié à la foi des hommes…

    Concernant Daenerys, c’est encore plus politique que de le problème de la folie tyrannique des Targaryen: elle conquit toutes les villes d’Essos à une vitesse impressionnante pour se retrouver à la tête d’un empire alors qu’elle n’a aucune expérience du pouvoir, une guerrière ne fait pas une femme d’Etat, et c’est ce ce qu’on nous suggère et ce qu’elle devra apprendre pour espérer régner sur Westeros à feu et à sang.

    La fin de ton article est de toute beauté, ça me ramène les larmes que j’ai eues pour Tyrion dans ce dernier épisode qui était violent à l’extrême mais qui comptait également pas mal de morceaux d’émotion très poignants: 1) le discours de Cersei à son père pour défendre coûte que coûte Tommen m’a vraiment touchée. 2) toute la scène de l’enfant brûlée vive amenée à Dany et elle qui en retour met les fers à ses dragons 3) Tyrion et toute cette scène de fin. Dans une moindre mesure, The Hound qui rend les armes.

    Ce combat avec Brienne était tellement violent et perturbant, mais visuellement et métaphoriquement parfait. Je pourrai citer aussi l’invasion aveugle des troupes de Stannis dans le camp des Wildlings, et le statut de Vercingétorix de Mance comme des grands moments également.

    Bref, je pourrai continuer très longtemps, j’ai trouvé cet épisode vraiment brillant bien qu’un peu dérangée par cette scène de squelettes animés et de Children of the Forest. C’était un peu déstabilisant par rapport au niveau de fantastique qu’on a l’habitude d’avoir avec GoT mais je m’en remettrai surtout que j’adore les Enfants de la Forêt.

  3. Je ne crois pas que Jojen soit tué par des marcheurs blancs, c’est autre. Et je ne me rappelle pas que Cersei défend Tommen devant père. Sinon très bon article. :)

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