Coup de projo sur One Night

Il existe des séries que l’on suit pendant 10 ans, des séries pour lesquelles on patiente ardemment de découvrir de nouvelles saisons, mais il existe aussi d’autres expériences beaucoup plus courtes mais tout aussi intenses, à mi-chemin entre la série et le film : les mini-séries. Une seule saison, quelques épisodes. Le temps d’une expérience, le temps de voir naitre un univers pour une histoire qui ne connaîtra jamais plus d’autres rebondissements. Et quand ces programmes-là allient intensité et intrigue bien construite, on peut vite tomber sous le charme. Aujourd’hui je voudrais vous parler d’une expérience à découvrir, aujourd’hui je voudrais vous parler de One Night.

One Night 02

Alfie, 13 ans, l’un des héros de One Night.

Ma cité va craquer

Quelques barres d’immeubles côtoyant des quartiers pavillonnaires, bienvenue à Lakemead, banlieue imaginaire de Londres. Les habitants de cet endroit vivent très près les uns des autres, pourtant tout les oppose. Les cadres et classes moyennes se protègent derrière leurs petits jardins tandis que la cité est un monde à part avec ses codes et son horizon de béton (oui c’est un peu caricatural je sais mais bon c’est comme ça…).

Et là c’est le drame, comme on dit. Ted, un homme d’une cinquantaine d’années, la classe moyenne personnifiée, tente de préparer le barbecue parfait pour son patron (qui a dit qu’il fallait de grands objectifs et de grands héros ?). Lorsque des adolescentes hilares, venues du HLM d’à côté, viennent troubler son petit monde en jetant des détritus devant chez lui, c’en est trop pour l’anxieux Ted. Il faut qu’il montre qu’on ne la lui fait pas, il faut qu’il montre qu’il est quelqu’un qu’on respecte, un dur (enfin presque)… A partir de là tout va s’enchainer jusqu’au drame. Ted est l’un des personnages principaux de One Night. Car oui dans cette série on ne suit pas un destin mais quatre. Quatre personnages très différents dont les destins vont s’entremêler et s’influencer les uns les autres, jusqu’au pire…

One Night 01

Ted, le roi du barbecue.

Tout est dans le point de vue on vous dit

One Night ne compte que quatre épisodes, c’est très court mais c’est juste ce qu’il faut pour que cette série puisse utiliser un parti pris assez inhabituel pour développer son intrigue. Et oui, car dans chaque épisode nous suivons le point de vue d’un nouveau personnage sur le même enchaînement événements. Un peu comme dans Rashōmon de Kurosawa, on ne pourra comprendre complètement l’histoire qu’en additionnant les infos apportés par chaque épisode. Autant dire qu’il y a intérêt à être assidu !

Les quatre personnages principaux sont des hommes et des femmes ordinaires : Ted, l’employé stressé, Rochelle, l’élève surdouée trop proche des gangs, Carol, sa mère qui veut prendre de bonnes décisions pour préserver sa famille et enfin Alfie, un gamin d’une dizaine d’années qui a grandi trop vite, trop pressé de rejoindre un gang pour mesurer le prix à payer.

Tous ont en commun de vivre dans le même quartier et de jouer un rôle central dans le drame qui va se jouer. Tous ont aussi en commun d’être dans un état de tension extrême. Ils doivent assumer des pressions trop difficiles à assumer. De la carrière branlante de Ted à la situation familiale infernale d’Alfie, ils doivent surmonter des difficultés qui les forcent à avancer coûte que coûte quitte à faire toutes les erreurs possibles. Chaque épisode a ainsi sa propre personnalité avec des objectifs parfois totalement opposés. Toute l’intrigue repose sur les failles de ces personnages, le drame, le suspense mais parfois aussi le rire.  Voir Ted s’affoler devant un préservatif usagé qu’il découvre dans sa boite aux lettres, c’est bête, c’est un peu affreux mais ça amène une touche de joyeux n’importe quoi qui fait aussi du bien.

One Night 04

Rochelle, la belle de Lakemead

Répétition et suspense, c’est compatible ?

Toute l’action de la série se concentre sur quelques heures, une soirée et sur un lieu. Il y a presque une ambiance de huis clos dans cette série. Comme sur une scène de théâtre, les acteurs du drame se croisent et se percutent. Mais me direz-vous, ce n’est pas un tout petit peu répétitif de voir plusieurs fois la même chose même avec des angles différents ? Et bien pas tant que ça. L’écriture de la série laisse dans chaque épisode des non-dits, des silences qui ne demandent qu’à être complétés par d’autres. Même si l’on sait ce que deviendront tels ou tels personnages, la série nous pousse à vouloir à en savoir plus, à essayer de comprendre ce qui s’est passé. On est moins dans la découverte après le premier épisode c’est certain mais pourtant One Night parvient à cultiver la tension et le suspense. D’autant que sans spoiler*, une question centrale reste sans réponse jusqu’à la toute fin : qui a pressé la détente ?

Fracture sociale quand tu nous tiens

Mais au final, de quoi parle cette série ? De l’insécurité ? De la difficulté de vivre ensemble ? Ne vous inquiétez pas, la série ne joue pas (trop) la carte de la caricature et n’essaye pas de nous dresser un tableau moralisateur ou simpliste. Le but n’est pas de montrer que la banlieue c’est pas rose, la banlieue c’est morose. Pas non plus de coup de karcher à l’horizon. Plus que tout ça le sujet de One Night semble surtout être la perte de lien entre les classes sociales, entre individus mais aussi au sein d’une famille. La communication qui se perd et laisse la place aux malentendus et à une incompréhension pouvant mener à n’importe quoi. Par son principe de destins que l’on suit individuellement, One Night montre des personnages trop seuls, livrés à eux-mêmes. Alors One Night, série sur la perte du lien social ? Je vous laisse juges mais rien que par la force de ses personnages (particulièrement bien interprétés), par son esthétique et par son écriture cette série mérite amplement que l’on s’y attarde.

One Night 05

Si vous êtes amateurs de séries comme Top Boy ou The Wire où l’on suit des personnages au plus près de leur vie, avec une volonté forte de réalisme, je ne peux que vous conseiller One Night. Aucun diffuseur français n’a encore tenté le pari, et oui une mini-série ça ne rentre pas facilement dans les cases, tant pis, faites-vous plaisir, laissez vous tenter !

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s