Coup de projo sur Battlestar Galactica

Le célèbre croiseur de guerre nommé « Battlestar Galactica » est un vaisseau à l’ancienne sur le point d’être  transformé en musée, tandis que son capitaine s’apprête à prendre sa retraite. Des journalistes et des politiciens sont venus rendre hommage à ce vieux coucou qui a combattu autrefois contre les Cylons, des robots conçus par les humains qui se sont révoltés contre leurs créateurs. Il s’agit en effet d’un prototype démodé, un peu ringard en comparaison des nouveaux vaisseaux plus modernes, blindés d’intelligences artificielles et entièrement automatisés. Dans cet univers de SF, les humains se sont établis sur douze colonies à travers l’espace, où ils vivent en paix depuis la fin de leur guerre avec les Cylons. Le thème du combat entre l’Homme et la machine est au cœur de la série. Les humains sont toujours dépassés par leur propre technologie, et les créateurs sont condamnés à lutter contre leurs créatures.

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Le capitaine sur le pont avec son second.

Dans l’épisode pilote de la série, on assiste à la reprise des hostilités entre humains et Cylons, après quarante ans de trêve. Grâce à la traîtrise d’un homme, les systèmes de sécurité des colonies sont désactivés, et l’apocalypse nucléaire frappe toutes les planètes habitées, tandis que les vaisseaux piratés tombent les uns après les autres. Seul le Galactica échappe à cette hécatombe et emporte avec lui une flottille de vaisseaux civils rescapés, poursuivis par l’armée des Cylons. Ces vaisseaux sont contraints de fuir l’ennemi en effectuant des « bonds » dans l’hyper-espace, risquant à chaque manœuvre de finir désintégrés en raison d’erreurs de calculs. A bord, tous les survivants sont en deuil (des milliers de photos de proches disparus lors de l’attaque surprise fleurissent sur les murs du Galactica) et sous tension permanente.

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Le Battlestar Galactica et la flotte de rescapés.

Les Cylons ont beaucoup évolué en quarante ans : ils ont désormais des apparences humaines et il est difficile de les distinguer de leurs créateurs. Ils existent par ailleurs en quelques modèles limités (un même acteur est donc amené à jouer plusieurs clones d’une même série de Cylons), et certains sont infiltrés parmi les survivants. Quelques uns d’entre eux ignorent même qu’ils ne sont pas humains, et qu’ils sont programmés pour tuer malgré eux d’un moment à l’autre… Il s’agit donc avant tout d’une série paranoïaque, où la frontière est ténue entre l’humanité, la non-humanité, et l’inhumanité.

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Le modèle numéro 6. Plus humaine que certains humains ?

Une vaste galerie de personnages s’étend depuis la tête militaire et politique de la flotte jusqu’aux simples pilotes, en passant par les techniciens et les scientifiques. Tout ce petit monde évolue dans des vaisseaux qui ne ressemblent en rien à ceux de Star Wars, mais plutôt à des sous-marins où la claustrophobie est de mise. Les quelques milliers de vie ayant survécu à l’attaque des Cylons errent à travers l’espace en quête de la planète Terre, sans trop savoir si cette terre promise est un mythe ou une réalité. La présidente de ce dernier échantillon d’êtres humains, seule survivante du gouvernement et simple ministre de l’éducation, se retrouve confrontée à de multiples dilemmes et à d’innombrables défis : doit-elle accepter ou non la loi martiale ? doit-elle sacrifier mille vies pour sauver toutes les autres ? doit-elle proscrire l’avortement dans un monde où chaque vie est plus précieuse que jamais, elle qui a toujours lutté pour ce droit fondamental ? comment éviter les émeutes, traiter les criminels et les prisonniers ? où trouver de l’eau, et de l’air, et de la nourriture, pour survivre dans l’espace ? comment garder et donner espoir quand tout semble perdu ?

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Une « maitresse d’école » à la tête de ce qui reste de l’humanité.

De multiples thématiques politiques, sociales et philosophiques sont ainsi traitées au cours des quatre saisons de la série. Loin des poncifs du genre, Battlestar Galactica s’émancipe et prend une densité rare pour une série de SF, à la fois dans les sujets qu’elle aborde et dans sa forme même : la caméra ne s’attarde pas sur les effets spéciaux, les combats dans l’espace et les scènes d’action, elle colle au contraire aux humains, à leurs visages, à l’exiguïté oppressante des couloirs métalliques et aux lumières artificielles. Le spectateur retient son souffle dans cet univers où la vie est plus fragile que jamais, et certains épisodes jouent tellement avec le suspens qu’ils en sont presque insoutenables. Heureusement, de multiples romances et amours impossibles (y compris entre humains et robots) sont au rendez-vous pour souffler entre deux attaques de Cylons.

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Lee Adama et Kara Thrace, couple maudit.

Battlestar Galactica introduit également un rapport intéressant à la mythologie et aux croyances. Les références au panthéon divin gréco-romain sont nombreuses, et la question de la foi traverse toute la série, jusqu’à la transformation d’un des personnages principaux en une figure quasi christique. Le plus surprenant étant que les Cylons croient en un dieu unique dont ils seraient voués à suivre les plans, tandis que les humains semblent avoir perdu la foi (en leurs dieux, et en eux-mêmes), et avoir sans cesse besoin de guides pour trouver leur chemin dans le vide sidéral. Les personnages principaux, quant à eux, sont associés aux dieux antiques : Lee est surnommé « Apollo » et Sharon « Athena », tandis que Kara Thrace est une pilote masculine peut-être inspirée d’Artémis, et que le couple Bill Adama / Laura Roslin, à la tête de l’humanité, évoque le couple Zeux/Héra qui régnait sur l’Olympe.

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Politique, science, religions… qu’est-ce qui guide les Hommes ?

Il s’agit donc d’une série complexe, riche, et haletante. Battlestar Galactica est à la SF ce que Game of Thrones est à l’heroic fantasy : une variante subtile et un renouveau du genre. En quatre saisons trépidantes, elle déploie sa propre mythologie et inspire plusieurs longs-métrages, ainsi qu’un spin-off (Caprica), dont l’action se déroule avant la série. Au final, impossible d’être un vrai nerd sans connaitre le jargon Battlestar, dont le célèbre juron « frack » (équivalent du « fuck » anglais) poussé à tort et à travers d’un bout à l’autre de la série. N’est-ce pas Clara ?

5 réponses à “Coup de projo sur Battlestar Galactica

  1. J’peux plus crier Frack au bureau ! Personne comprendrait. Et puis maintenant j’aime bien dire Gorram aussi ^^

    Une série éminemment politique pour sûr, et qui n’aurait jamais eu cette densité avant le 11 septembre (ce qui ne diminue en rien l’universalité des thèmes traités).
    J’ai toujours beaucoup aimé également le thème métaphysique du Créateur de son rapports aux machines créées à son image : une pure thématique de la SF et mythologique mais ici portée à un degré que je n’ai jamais retrouvé (m’enfin je n’ai pas tout lu de la littérature SF *honte*). Etonnante présence du religieux quand on sait que Ron D. Moore est totalement athée mais ça me fait d’autant plus me concentrer sur sa manière d’aborder le spirituel à chaque visionnage.

    J’étais aussi très fan de la caméra à l’épaule façon documentaire notamment pendant la visite du Battlestar dans le 1er épisode. On a jamais vu l’intérieur d’un vaisseau de manière si réaliste. Et des personnages avec une telle épaisseur <3

    Bref, une série qui hélas ne verra pas de sitôt un équivalent (en tout cas sur SyFy). A quand une série de SF dure sur HBO ?

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