30 Rock vs Parks and Recreation

Amy Poehler et Tina Fey sont meilleures amies dans la vraie vie. Elles sont drôles, elles sont belles, elles sont intelligentes, elles ont débuté dans la même troupe d’improvisation, fait leurs armes ensemble au Saturday Night Live, et ont co-présenté les Golden Globes à deux hilarantes reprises… Elles tiennent aussi le premier rôle dans une sitcom NBC.
Cette fois cependant, elles ont œuvré chacune de leur côté. Tina Fey a créé 30 rock en 2006 (qui s’est achevée en 2013) et Parks and Recreation a débuté en 2009. Elles se retrouvent en 2008 pour l’oubliable film Baby Mama, et Amy Poehler fait un caméo* dans la cinquième saison de 30 Rock, mais elles ont avant tout mené séparément deux projets très différents, qui ont chacun leur identité propre.
Même lorsqu’elles ne collaborent pas, leur amitié, leur formation et leurs inspirations communes suffisent pour rapprocher 30 Rock et Parks and Rec, qui ont de plus été diffusées sur la même chaîne. Alors, au risque de gâcher leur amitié et qu’elles se crêpent le chignon après avoir lu cet article (oui, tout à fait, Tina et Amy lisent Séries Chéries), le temps est venu de comparer ces deux séries déjà cultes dans une battle un peu subjective.

tina amy

Tina marque le début des hostilités avec un high-kick bien placé

ROUND 1 : La forme la plus originale

Les deux séries sont des sitcoms. Elles sont constituées d’épisodes de vingt minutes, avec un nombre limité de décors et de personnages : là-dessus, pas d’originalité, mais on échappe déjà aux rires enregistrés. Elles offrent toutefois quelques variations bienvenues du format des sitcoms plus traditionnelles.
Le nom de 30 Rock provient de l’adresse du GE Building au 30, Rockefeller Plaza à New-York ; ce gratte-ciel héberge, entre autres, les studios de la chaîne NBC. Tina Fey incarne Liz Lemon, la créatrice du Girlie Show, une émission satirique plutôt médiocre, et l’on suit son quotidien au sein du network* aux côtés de son patron mégalo Jack Donaghy (Alec Baldwin). L’ancrage de la série dans le milieu du divertissement a permis quelques expérimentations très réussies : l’épisode 5.17 est une parodie de télé-réalité qui en adopte les codes, deux autres (5.4 et 6.18) ont été diffusés en live sur la chaîne… Ce changement de format constitue un véritable exploit : la réalisatrice de ces deux épisodes n’a pas choisi la facilité de longs plans fixes et conserve une partie du montage dynamique d’une série traditionnelle, et les acteurs ont dû enchaîner deux tournages pour une diffusion sur la côte Est et la côte Ouest.
Parks and Rec est la création de Greg Daniels et Michael Schur, ceux qui ont adapté The Office aux États-Unis. Ils réutilisent le format du mockumentary, c’est-à-dire l’apparence du documentaire pour un récit de fiction. Amy Poehler joue Leslie Knope, membre du département Parcs et Loisirs de la municipalité de Pawnee, Indiana. Un mystérieux et silencieux caméraman la suit, elle et ses collègues, au cours de leurs (vaines) pérégrinations. Il filme les gaffes, les lapsus, les maladresses, zoome parfois sur un hors-champ plus intéressant, capte même ce qui devrait être off the record dans un cadre instable, avec des effets de caméra à l’épaule. Les différents personnages sont conscients d’être filmés, même s’ils l’oublient parfois, et ont droit à des entretiens en tête-à-tête avec la caméra pour faire valoir leur point de vue.

Vainqueur :  Même si je n’aime pas trop les « mocumentaires » de manière générale, il faut avouer que ce genre de plus en plus à la mode est particulièrement bien mis en scène dans Parks and Rec. La série ne souffre pas du tout de la comparaison avec son illustre aînée The Office, et parvient à imposer sa propre identité malgré un dispositif similaire, ce grâce à un casting peut-être encore plus doué que Steve Carell et consorts pour jouer le réel.

30 Rock 0 – Parks and Rec 1

ROUND 2 : La plus drôle

Bien entendu, l’humour est une valeur subjective, et vous lèverez peut-être un sourcil dubitatif (voire méprisant) devant ce que je trouve vraiment très drôle. En plus de comptabiliser les minutes d’hilarité qui m’ont été apportées en moyenne par chaque épisode, je tâcherai de discerner les différents types d’humour déployés dans les deux shows, pour conserver un semblant d’impartialité et ne pas me faire lyncher par des lecteurs mécontents.
Les deux séries ont le plus souvent recours à l’humour absurde et au comique de situation grâce à des protagonistes décalés qui se retrouvent toujours en position délicate, soit à cause de leurs collègues, soit par leur propre faute. Certains personnages secondaires peuvent être caricaturaux, sans que cela soit pour autant un inconvénient ; Jack Donaghy est l’avatar ridicule de l’homme riche et puissant, Jenna Maroney est celui des divas capricieuses et outrancières, l’équipe de scénaristes de Liz, Andy, Ron et Tom dans Parks and Rec sont tous plus ou moins crétins, mais ils n’en sont pas moins drôles.
Dans Parks and Rec, les situations comiques proviennent pour la plupart des errements des personnages qui se retrouvent dans des situations gênantes, filmées malgré eux. On découvre aussi leurs relations professionnelles et personnelles, toujours un peu déséquilibrées. Le contexte et les dialogues restent toujours plutôt réalistes, même si les personnages agissent souvent de manière incroyable et illogique.
30 Rock joue elle sur les obstacles mis en travers du chemin de Liz Lemon, qui veut mener une vie épanouie et que le tournage de son émission se passe bien. Les acteurs principaux, Jenna Maroney et Tracy Morgan, sont en effet complètement ingérables, et la vie mouvementée de son mentor et ami Jack Donaghy empiète souvent sur l’intrigue des épisodes. En dehors des situations rocambolesques auxquelles Liz doit faire face, elle a un sens de l’humour et de la répartie à toute épreuve, et les dialogues sont vraiment l’atout de cette série, avec une punchline à la minute minimum.

Vainqueur : La forme du mocumentaire semble limiter Parks and Rec à une certaine forme d’humour ; 30 Rock n’a pas la contrainte d’un dialogue réaliste, et peut ainsi multiplier les jeux de mots et les répliques mordantes. Par ailleurs, Tina Fey a participé à l’écriture de la quasi-totalité des épisodes de sa série, alors qu’Amy Poehler a été scénariste sur seulement quatre épisodes… Ce n’est peut-être pas un hasard ?

30 Rock 1 – Parks and Rec 1

ROUND 3 : La plus satirique

Aux États-Unis, la satire est un exercice qui est le plus souvent porté à l’écran sous forme de cartoons (comme on peut le voir dans cette précédente battle) ou de talk-shows. Les deux séries s’y prêtent pourtant avec un talent indéniable.
Leslie Knope prend très au sérieux son poste dans la municipalité de Pawnee, et les enjeux dérisoires de cette bourgade de l’Indiana prennent toujours une ampleur incroyable. A travers cette sphère politique à échelle réduite, on devine que la série veut tourner en dérision la politique et l’administration des Etats-Unis de manière plus globale. Malgré ses intentions louables, les actions de Leslie ne sont souvent pas à la hauteur de ses ambitions, et elle doit lutter autant pour bâtir un nouveau parc à Pawnee que pour conserver sa dignité. Si l’on ajoute le comportement de ses adjoints paresseux et peu motivés, on comprend qu’elle se retrouve le plus souvent face à des situations incompréhensibles, à faire des compromis et à essuyer des échecs.
Liz Lemon, elle, travaille dans une chaîne qui existe réellement, et tente de faire marcher une émission qui ressemble à des émissions réelles. Même si les traits des personnages sont exagérés, la série n’hésite pas à se moquer ouvertement du monde du spectacle, avec ses excès et ses absurdités. Grâce au personnage de Jack Donaghy, républicain conservateur déterminé, qui s’oppose souvent au libéralisme de Liz, 30 Rock évoque la politique des Etats-Unis dans plusieurs épisodes, dont certains sont mêmes consacrés aux élections présidentielles.

Vainqueur : La ville de Pawnee reste un petit bourg paumé, minuscule et fictif, ce qui réduit les possibilités de satire ; les enjeux restent limités, l’écriture doit rester « réaliste ». Paradoxalement, tous les délires de 30 Rock semblent refléter une certaine réalité sous acide de l’entertainment américain, et la série se permet de faire passer quelques messages bien sentis, même si toujours passés par le filtre déjanté des intrigues des épisodes.

30 Rock 2 – Parks and Rec 1

Jack sent qu'il reprend la main

Jack sent qu’il reprend la main

ROUND 4 : Les personnages les plus attachants

Encore une fois, difficile d’être totalement objective. Les personnages des deux séries sont pour la plupart de gentils losers, et même Jack Donaghy, Jenna Maroney et Ron Swanson, dans toute leur superbe, restent complètement fêlés. Tout au long des saisons, ils n’évoluent finalement pas beaucoup, dans la tradition de la sitcom où le comique repose sur des comportements qui ne peuvent dès lors jamais vraiment changer. Le charisme des acteurs, tous parfaits dans leurs rôles et souvent très drôles, fait qu’on les apprécie forcément beaucoup.

Vainqueur : En regardant Parks and Rec, on est souvent gêné pour les personnages, et la stupidité d’Andy me semble vraiment trop exacerbée. Je ne me suis vraiment attachée qu’à Leslie et Ann ; Ron est un personnage formidable, mais son comportement et ses réactions sont tellement décalées qu’il m’est impossible de m’en sentir proche. De fait, même les crétins de 30 Rock trouvent grâce à mes yeux (à l’exception de Lutz, peut-être) ; leurs bouffonneries sont toujours entremêlées de caractéristiques plus terre-à-terre. Comment ne pas aimer Kenneth Parcell, avec son cœur d’or et son cerveau de moineau ? Jack et Liz ont des défauts, mais Liz Lemon assume ses travers et ses gaffes de telle sorte qu’on ne la trouve jamais vraiment ridicule, et le personnage de Jack parvient à avoir beaucoup de classe (comme Ron Swanson), tout en restant accessible.

30 Rock 3 – Parks and Rec 1

ROUND 5 : Les meilleures guest-stars

Tina Fey et Amy Poehler se sont fait plein d’amis lorsqu’elles faisaient partie du Saturday Night Live, et ça se voit dans leurs séries respectives. Les personnages secondaires dont la tête vous dit quelque chose sont légion, et vous risquez de pousser un petit cri de joie de temps à autres en reconnaissant cet acteur que vous aimez beaucoup dans [insérer ici un film ou une série que vous aimez beaucoup]. Megan Mullaly (Will & Grace), Will Arnett (Arrested Development) et Will Forte (Gravity Falls) sont même apparus dans les deux séries, probablement parce que la première est l’épouse de Nick Offerman (Ron Swanson dans Parks and Rec) et le second fut l’époux d’Amy Poehler. Cela contribue à nous donner l’impression (l’illusion ?) que ces acteurs forment une belle et grande famille où tout le monde s’aime et collabore sur leurs projets respectifs. Ce n’est d’ailleurs pas non plus un vain étalage de célébrités, puisque ces caméos sont souvent l’occasion de fous rires grâce à des rôles à contre-emploi et une bonne tranche d’auto-dérision.

Vainqueur : Entre autres, on retrouve Louis CK, Parker Posey, Andy Samberg et Kristen Bell dans Parks and Rec... Mais 30 Rock place la barre nettement au-dessus. Matt Damon ? Jon Hamm ? Isabella Rossellini ? Al Gore ? Julianne Moore ? La liste des guest-stars mémorables semble ne pas avoir de fin.

30 Rock 4 – Parks and Rec 1

ron

La tristesse de l’échec total

Vainqueur final

30 Rock bat Parks and Rec à plates coutures dans cette battle sans merci. C’est sûrement dû à mes goûts personnels, et les fans acharnés de Ron Swanson vont peut-être me jeter des cailloux ; mais tout le charme et toute l’absurdité de la ville de Pawnee ne peuvent surpasser le génie comique parfois déployé dans 30 Rock, une des séries les plus drôles que j’aie jamais regardées.

6 réponses à “30 Rock vs Parks and Recreation

  1. Pas vu 30 Rock, mais claaaaairement pas d’accord quand même :) Et sans verser dans le bloc des fans hardcore de Ron Swanson, Ron Fucking Swanson n’est pas un looser ! Sinon, je trouve que les personnages de Parks and Rec sont tous attachants et se dévoilent chaque saison un peu plus et tous ont le droit à leur petit coup de projo.

    En ce qui concerne l’échelle de Pawnee, je pense que choisir l’échelon municipal est beaucoup plus intéressant aux US notamment car ils ont une notion de communauté très différente de la notre et si on dénonce souvent la corruption de Washington, on passe souvent sous silence là où se décide le quotidien des gens. Personnellement je trouve la satire très engagée politiquement ainsi qu’humainement (et ça va très très loin dans l’écriture) car elle touche à la sacro sainte autogestion et solidarité des Américains. Personnellement je n’ai retrouvé cette double satire communauté/individuel aussi bien traitée dans aucune autre série.

    Guest que j’ai adoré Fred Armisen en tant que chef du département des parcs et loisirs du Vénézuela. Priceless !! Pour moi que les guests soient à chaque fois des comédiens comiques de qualité est bien plus intéressant que des guest avec un nom.

    Ceci est un message d’une personne travaillant dans un service com d’une toute toute petite ville qui trouve Parks and Rec criante de vérité (mais pas forcément de réalisme).

    • J’ai justement dit que Ron n’était pas un loser, mais qu’il est complètement fêlé :)
      J’ai vu les trois premières saisons, peut être qu’il y a un progrès incroyable dans les trois suivantes, mais je trouve que le développement des personnages reste assez modeste, ce qui n’est pas un problème en soi, mais à part Leslie et Ann je ne me suis pas vraiment attachée au personnages…
      Pour la satire de la communauté, je trouve aussi que c’est assez limité, dans la mesure où critiquer l’administration reste assez attendu, et où le mélange « réalisme / décalé » fait que je peine à prendre au sérieux certains enjeux.
      Fred Armisen est trop cool :) Mais malgré leurs « noms », les guests de 30 rock sont aussi des comédiens comiques de qualité, l’un n’empêche pas l’autre… Le fait qu’ils aient un « nom » reconnaissable permet seulement de jouer sur leur image, alors qu’Armisen reprend finalement le type de rôle qu’il a dans le SNL.
      Bref, je continue de regarder Parks and Rec, et celle-ci joue de toutes les manières pas exactement sur le même registre que 30 rock, mais je continue de préférer cette dernière et de la trouver un peu plus réussie :)

    • Hehe au temps pour moi pour Ron Swanson. C’est clair que de toute façon ce n’est pas le même registre ces deux séries ! Quand je regarde Parcs and Rec je pense à The Thick of It notamment et Spin City ! (il me reste à compléter le tout avec Veep).

      Bon je partais avec un souci c’est que je n’aime pas du tout les séries dont le cadre est le Show Biz. Je ne sais pas pourquoi. Il faut soigner ça.

  2. Comme tu l’as dit, ce classement est clairement subjectif. Personnellement, je n’ai supporté que deux saisons de 30 Rock alors que je suis religieusement Parks & Rec depuis 2010. Mais! Il y a un point sur lequel je suis prête à me battre jusqu’au bout! Tu dis que Parks & Rec n’a pas mis la barre assez haute au niveau des guest stars? Nom de Dieu, ya Joe Biden et Michelle Obama qui ont fait des apparitions! Si ça c’est pas du V.I.P.!!

    • Malheureusement quand j’ai publié l’article ce n’était pas encore arrivé ^^ J’écrirai peut-être une suite à ce combat d’anthologie, pour donner le point à Parks and Rec, et peut-être aussi pour lui accorder celui des personnages attachants (j’ai été un peu sévère)…
      Ce qui ferait gagner la série à la fin !

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