Coup de projo sur Cucumber

Il existe trois types d’érection. Les plus vigoureuses, associées aux concombres. Les médianes, associées aux bananes. Et les plus flasques, associées au tofu. C’est sur cette explication très imagée, montée de façon très clip, que démarre la première série du triptyque CucumberBanana – Tofu.

Cucumber-hp-GQ-22Jan15_channel4_b_1083x658

Le personnage principal n’est pas un minet au nez en trompette faisant ses premiers pas dans la communauté gay, ni un ténébreux serial fucker enchaînant les plans cul. Ce n’est pas non plus un pimpant trentenaire hipster de San Francisco ni un jeune quadra sexy. Une fois n’est pas coutume – et tant mieux ! – le personnage principal d’une série gay se révèle être un quasi cinquantenaire pas forcément mignon et pas toujours sympathique, mais redoutablement cynique et grinçant. Pire : Henry Best (Vincent Franklin) est un éternel puceau. Alors que son existence un peu morne suit son cours, entre bureau, vie de couple frustrante et soirées entre vieux amis décrépis, tout s’effondre soudain en l’espace d’une journée : Henry est renvoyé de son boulot, quitte son petit ami et leur maison. Il se retrouve alors dans une colocation avec des garçons bien plus jeunes que lui.

cucumber_thurs_3165092k

Russell T. Davies, scénariste de feu Queer as Folk – une référence en matière de série gay – a voulu s’adapter à son temps avec cette nouvelle création. Dans Cucumber (comme dans sa petite sœur Banana), exit les questions de coming out et d’acceptation de soi. Ici, les personnages apparaissent d’emblée expérimentés, y compris les jeunes, maîtrisant les réseaux sociaux, le jeu des rencontres et de la séduction. Comme Looking, me direz-vous ? Pas vraiment. La série anglaise, si elle cherche comme sa contemporaine à jouer avec l’air du temps, se différencie par son acidité, sa réalisation plus hachée et son attachement aux questions sociales (personnages qui galèrent, boulots difficiles…). Sans tabous ni concessions, Cucumber adopte un langage cru – on se souviendra longtemps de la séquence où Henry, excellent conteur, excite ses amis dans une salle d’attente en imaginant l’homosexualité de Ryan Reynolds -, et montre des hommes que l’âge a rendu moins beaux et amers.

Cucumber-02-GQ-22Jan15_channel4_b_1083x658

Tirant sur la comédie, Cucumber sait également jouer sur cette amertume d’une génération qui a vieilli, et qui cherche ses repères. En mélangeant les âges sous un même toit, en faisant le pari de personnages plus vrais que natures et pas forcément aimables, la série touche juste. Et même si elle semblera moins consensuelle et plus stéréotypée que Looking, il y a fort à parier qu’elle pourra toucher un public plus large. Enfin, notons l’originalité du concept de ces trois séries liées : certains personnages de Cucumber ont droit à des épisodes entièrement centrés sur eux dans la pétillante (et parfois très mélancolique) Banana, et les acteurs évoquent leur vie sexuelle face caméra dans le web-documentaire Tofu. Bref, des histoires interconnectées qui collent à leur époque, destinées à des spectateurs n’ayant pas froid aux yeux…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s