Peaky Blinders : le retour

On l’attendait avec impatience, on a trépigné tels des enfants capricieux, on s’est rongé les ongles, on en a même perdu le sommeil, et la voilà : la saison 3 de Peaky Blinders a enfin pointé le bout de son nez.

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Créée par Stephen Knight en 2013 pour la BBC Two, cette série retrace la vie des Peaky Blinders, une famille de gangsters de Birmingham, après la Première Guerre Mondiale. Gang ayant réellement existé, leur nom découle des rasoirs qu’ils cachaient dans la visière de leurs casquettes (pratique pour attaquer leurs ennemis et leur crever les yeux).

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Mais pourquoi aimons nous tant cette série ? Réponse dans cet article pétri d’amour pour Peaky Blinders, à la fin duquel on fera le point sur le début de la saison 3.

Un personnage principal bouleversant

Thomas Shelby (Tommy pour les intimes) n’a pas fini de vous séduire. Emprunt d’une dualité constante, il vacille entre une facette de brute ultra-violente sans remords et celle d’un homme très sensible au cœur dévasté par la guerre et ses atrocités. Ce qui est appréciable ici, c’est que la série prend son temps pour percer à jour la complexité de son héros. Nous ne saisissons pas tous les aspects de sa personnalité dès le premier épisode, et il se révèle peu à peu pour mieux nous faire chavirer.

Tout juste revenu de la guerre, il n’est pas aisé pour Tommy de se réinsérer en société. Hanté par des souvenirs qui refont surface dans ses cauchemars, son expérience au front l’a clairement brisé. C’est d’ailleurs l’un des points forts de Peaky Blinders  : il est rare qu’on s’intéresse à la réinsertion des soldats après la WWI, alors que ce contexte social est particulièrement intéressant. Un soldat qui rentre au pays de nos jours doit consulter un psychiatre, à l’époque il n’en était rien : retour direct à l’usine, sans tergiversation ni sans accompagnement psychologique. Ce qui a causé beaucoup de souffrances chez ces anciens soldats à l’esprit torturé par le passé.

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Sur le front, Tommy a côtoyé la mort, dont celle d’êtres chers. Il en revient fortement traumatisé, si bien que son unique moyen de survivre est de porter un masque : celui d’un homme insensible et sans limite morale. Il est, dès les premiers instants, téméraire et parfois fortement violent. Se battre contre des gitans qui insultent sa mère, par exemple, semble être l’exutoire de toute cette souffrance. Il est plus facile pour un Thomas Shelby, fier et orgueilleux, de ne pas dévoiler ses failles ou se confier sur cette guerre marquante, et ce même avec les siens.

Sa témérité prend également place dans les affaires. Tommy rentre certes du front mais ne semble pas vouloir perdre de temps pour faire prospérer son business familial. Falsification de courses de chevaux dont il organise les paris, corruption de la police pour favoriser l’activité de son bar, mais également contrebande et trafic de marchandises : rien ne l’arrête. Et c’est sans doute parce qu’il a vu le pire qu’il ne semble plus craindre les ennuis ou même la mort. Cette dernière semble être sa seule alternative pour trouver la paix, au point de parfois la provoquer. C’est ce sang froid, cette confiance aveugle en ses instincts qui ont sans doute su convaincre sa famille de le suivre jusqu’au bout de ses projets.

Enfin, même si le chemin de Thomas Shelby croise celui de bon nombre de jolies femmes, il n’est pas encore prêt à ouvrir son cœur. Une nuit sans lendemain, c’est tout ce qu’il peut proposer – du moins au début de la série – puisqu’il a décidé de rendre ses sentiments inaccessibles. N’étant plus qu’un fantôme déconnecté de la réalité, il ne veut pas se lier à quelqu’un sur le plan émotionnel et préfère stagner dans sa solitude. A l’image des magnifiques chevaux dont il fait l’acquisition pour ses courses, Tommy est un étalon qui souhaite rester sauvage. Car encore une fois, il semble plus facile pour lui d’abandonner la lutte intérieure contre ses démons de guerre que d’essayer d’avancer pour rester en vie. Heureusement, une certaine Grace va croiser son chemin…

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Une famille haute en couleurs

Peaky Blinders, au-delà de son personnage principal légendaire, c’est aussi et surtout une fresque familiale intense. Tommy n’est certes pas le plus âgé de la fratrie, mais c’est bel et bien lui qui est aux manettes des affaires du gang, assisté par ses frères Arthur (l’aîné) et John (le benjamin), mais également de sa tante Polly, seule femme prenant part à l’entreprise familiale.

Tempéraments bien trempés, discussions qui s’échauffent, disputes qui éclatent, les Peaky Blinders n’en reste pas moins plus soudés que jamais, fortement loyaux les uns envers les autres. A part leur jeune sœur Ada qui navigue en électron libre, plus intéressée par la politique et le communisme, les autres sont entièrement dévoués au business.

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Vivant au cœur d’un quartier populaire particulièrement crasseux de Birmingham, les Shelby sont issus d’une classe ouvrière totalement fauchée, mais ne semblent pourtant pas toujours y appartenir. Malgré des ressources limitées (même s’ils prospèrent peu à peu avec leurs affaires), ces derniers ont toujours une présence et une carrure déconcertantes, une élégance indéniable même sans la fortune. Leur attitude et leur prestance sont bels et bien ceux de gangsters assumés, qui entrent dans un jeu obligatoire pour être respectés et craints comme il se doit.

A la manière d’un parrain, la famille Shelby est également vue comme une protection dans le quartier. Ils incarnent la puissance mais aussi une autorité plus efficace que la police pour défendre l’intérêt de leur communauté, tantôt délaissée tantôt persécutée par les forces de l’ordre. Dans les bas-fonds qu’ils représentent, pauvreté et prostitution se mêlent, et les bars regorgent de travailleurs se soûlant pour oublier leur misère…

Comme Tommy,  sous l’apparence de personnes inébranlables, les autres Peaky Blinders sont finalement tous vulnérables, avec des failles profondes.

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Le benjamin, John, avec ses airs de petit minet qui découvre la vie d’adulte, est déjà père de quatre enfants dont il a la charge entière depuis la mort de sa femme. A côté des affaires familiales, ce dernier doit donc mener à bras le corps sa vie de jeune père veuf et assurer l’avenir de sa progéniture.

Polly, quant à elle, s’est vue retirer ses enfants par les autorités, suite à la dénonciation d’un voisin. Privée de la chair de sa chair, leur absence a laissé en elle une trace indélébile, qui a forgé son caractère, la rendant parfois froide et dure. Mais il lui arrive de craquer auprès de Tommy : il n’y a pas un jour qui passe sans qu’elle pense avec regret et douleur à la vie de mère qu’on lui a injustement ôté.

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Enfin Arthur, l’aîné de la fratrie, est tout autant traumatisé par la guerre que Tommy, et cela se manifeste chez lui par une violence explosive. Ce qui explique en partie le comportement de Tommy qui, devant un frère aîné qui perd la face, ne peut pas se permettre lui aussi de craquer. À la différence de son frère, Arthur ne parvient pas à cacher sa souffrance et la noie dans l’alcool et les combats à mains nues organisés. Arthur n’a aucune limite dans sa folie destructrice.

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Une virilité qui rime avec violence et autodestruction

C’est cette brutalité dont les frères Shelby peuvent faire preuve qui tantôt effraie et tantôt fascine. On a beau ne pas cautionner la violence, il est vrai que les pulsions physiques dans la série peuvent être particulièrement jubilatoires. Au-delà d’une des facettes du processus d’autodestruction des deux frères marqués par la guerre, cette violence fait partie du kit « virilité » qui semble leur avoir été distribué dès la naissance.

Violence physique avec son attirail de flingues, d’armes blanches ou de poings nus, accompagnée de cigarettes, de drogues et d’alcools qui coulent à flots. La bière et le whisky sont omniprésents dans leur bar et dans leur repère, les verres et cigarettes ne leur quittent presque jamais la bouche, et la cocaïne et autres opiacées sont leur échappatoire pour les nuits les plus mouvementées.

Dans le cliché du bad guy ultra-viril, on ne peut pas vraiment mieux faire… (et on adore).

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Le charme british porté par un esthétisme fort

On en a vu des séries américaines avec un parti pris formel fort : Mad Men et ses costumes d’époque époustouflants, ou encore Boardwalk Empire avec une lumière si particulière permettant de sublimer ses décors en leur apportant une atmosphère unique. Cependant, il faut reconnaître que le charme british apporte indéniablement un petit quelque chose en plus. Est-ce leurs intonations qui sonnent étonnamment exotiques à nos oreilles, leur accent corsé qui nous fait réellement voyager ? Ou est-ce une classe supplémentaire dans l’attitude ? Car il est clair que Peaky Blinders a su miser sur l’esthétisme de ses épisodes, et ce dès les premiers instants.

La coiffure des personnages masculins est un élément notoire de la série. Appelée « undercut », cette coupe a vu le jour au Royaume-Uni au début du XXème siècle, et devint tout de suite très populaire. Son jeu de contraste profond en est la signature : la matière est longue sur le sommet tandis que sur les côtés et à l’arrière, les cheveux sont rasés. Coiffure sévère, voire « agressive », elle donne un charme tout particulier à ses personnages, loin de toutes les têtes gominées américaines.

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Leurs costumes sont également très étudiés. Les personnages masculins portent toujours des costumes trois pièces, montres à gousset apparentes dans la poche de leurs gilets, chemises blanches à col rond, agrémentées le plus souvent d’un nœud papillon ou d’une cravate. Arborant par temps peu clément un long manteau et leur fameuse casquette à lames de rasoir, on peut dire qu’aucun détail n’est laissé au hasard. Les Peaky Blinders ont toujours une classe majestueuse.

Les décors font eux aussi partie de l’identité de la série. Tout comme Downton Abbey, cette fresque historique traduit à travers ses costumes et ses décors la représentation d’une certaine époque et de sa réalité sociale. C’est ici aussi un pari remporté haut la main pour Peaky Blinders. En effet, le Birmingham industriel crasseux de l’entre-deux-guerres est au coeur de leur QG. Pavés sombres, poussière qui virevolte, fumées noires qui émanent des usines, bruits tonitruants de la vie de la rue ; ce décor est tout aussi beau que brutal. Des flammes s’échappent des machines donnant sur la chaussée, au point d’effrayer les chevaux de passage, et la saleté si omniprésente semble presque traverser l’écran pour nous envelopper.

Tout cela est magnifié par une photographie et une lumière minutieuse, qui permettent d’incarner ces décors et de les rendre vivants. La lumière permet également de sublimer les personnages, évoluant toujours dans un monde clair-obscur, avec des pans d’ombre qui traduisent leur dualité et leurs tourments. Peaky Blinders a une atmosphère qui lui est propre, et ces choix d’éclairage apportent une forme de menace sombre qui les surplombent constamment. La lumière, aussi pensée soit-elle, est parfois naturelle et offre alors de véritables instants poétiques, tels que cette magnifique scène où Tommy arpente un cimetière désert aux premières lueurs du jour :

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Une BO du tonnerre 

Impossible de ne pas évoquer la Bande Originale culottée et si singulière de cette série, venant ajouter sa patte à ce style British si apprécié. Sa musique a déjà beaucoup fait parler d’elle et a tout de suite marqué les esprits de par son décalage temporel. Le rock’n’roll contemporain sur fond des années 20 crée une ambiance décalée qui enveloppe les Shelby pour mieux les transcender. On y retrouve régulièrement PJ Harvey, The Artic Monkeys, Nick Cave & The Bad Seeds et même Radiohead pour l’épisode d’ouverture de la saison 3. Peaky Blinders semble rendre hommage à ses artistes principalement britanniques, mais aussi à son héritage culturel, puisque le rock n’a eu de cesse de secouer le Royaume-Uni depuis les années 60.

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Un jeu dangereux : le goût du risque

Il faut l’avouer : ce qui séduit aussi au sein de cette famille de gangsters, c’est leur goût du risque ! A chaque saison une nouvelle intrigue se développe, entraînant avec elle son lot de menaces ; que ce soit pour leurs affaires ou pour leurs vies. Au fur et à mesure des années qui passent (et des saisons), l’ambition de Tommy grandit, la complexité des épreuves à surmonter avec, et les ennuis qui en découlent également. A force de prospérer, Tommy se rapproche à grands pas du précipice : pour l’instant il reste le roi de la haute voltige.

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Toujours sur ses gardes, dans l’analyse des situations les plus inquiétantes, Tommy est LE cerveau de la famille pour développer leurs stratégies. Alors que ses frères aux allures d’hommes de mains s’occupent de faire le ménage nécessaire pour atteindre leur but, notre héros reste plus en retrait pour mieux anticiper le prochain mouvement de l’adversaire. Peaky Blinders est une longue partie d’échecs dont Tommy est un joueur ambitieux et féroce, mais jamais au point de sacrifier un pion en cours de route.

Ayant aussi recours aux coups de poker et autres bluffs, il a néanmoins déjà eu très chaud à la crinière. Très souvent confronté à une arme braquée sur sa tempe, il arrive cependant toujours à se sortir avec brio de ce guêpier. Et nous ? On tremble pour lui à chaque fois. Le suspense est fortement présent, nous faisant sans cesse vibrer, même si Tommy semble s’habituer à ce jeu de roulette russe.

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A force, le coup du revolver sur la tempe semble même devenir lassant…

Et la saison 3 dans tout ça ? [SPOILERS]

Cette nouvelle saison semble très prometteuse, avec un premier épisode offrant une ouverture lente – mais somptueuse – qui monte peu à peu en intensité dramatique pour nous emmener dans leurs nouvelles aventures.

C’est alors un tout autre monde que nous découvrons. L’épisode débute en 1924 – soit deux ans après la fin de la saison 2 – et l’on retrouve le leader du gang familial, Tommy Shelby, attendant sa dulcinée devant l’autel. Qui se cache sous le voile de mariée ? Le mystère ne dure pas trop longtemps : il s’agit bel et bien de Grace, son grand amour et mère de son enfant. Quittant rapidement l’église en calèche telle Cendrillon dans sa citrouille, ils rejoignent leur immense domaine de campagne empli de portraits picturaux de Tommy, accompagnés d’une décoration opulente et raffinée. Des majordomes font le service et des cuisiniers s’affairent en cuisine… On retrouve les Shelby au plus haut de leur réussite, arborant inconsciemment une légère forme d’arrogance décontractée. Ils ont réussi et ils le savent. Une telle opulence des décors et de leur richesse montrent que les choses ont bien changé… Mais pas entièrement, et certaines choses restes intactes : même si femme et bébé ont débarqués, la famille Shelby est toujours au complet et leurs compagnons de chocs au rendez-vous.

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On peut alors se demander si ce premier épisode, dont le début dénote vraiment en comparaison des deux saisons précédentes, annonce un nouveau tournant : sommes-nous réellement dans le monde impitoyable des Peaky Blinders ? Bien-sûr que oui, ne vous inquiétez pas. Même pendant le plus beau jour de sa vie, Tommy reste un business-man torturé dont les affaires ne patientent pas sur le pas de la porte… En effet, on comprend très vite que son ascension vient avec un prix : celui d’un risque toujours plus menaçant. Tommy est certes prospère mais loin d’être paisible. Les affaires rôdent dans la réception, et ne semblent jamais quitter le coin de sa tête.

Tommy et le reste des Shelby ont donc embarqué pour un nouveau voyage : celui de l’international, mais aussi celui de la quête du pouvoir. On entend certes les mots « Russie » et « Etats-Unis » mais également « oeuvre de charité » et « Maire ». Voyage tumultueux en perspective ! La tension et le sentiment de menace qui montent au cours d’un crescendo élégant dans cet épisode ne nous laissent en tout cas pas sans reste. Éclats de voix, courses de chevaux, combats à mains nues clandestins dans le jardin, échanges de mallette pleine de dollars, coup de feu… On a hâte de découvrir la suite.

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