Riverdale : un retour prometteur du teen drama

Les séries pour ados ont toujours su conquérir un public bien plus large que leur cible de base, allant du collégien pressé de grandir à l’adulte en quête de souvenirs de jeunesse. Aujourd’hui, Riverdale a la particularité de proposer une adaptation des comics Archie, datant de 1939 : narrant le quotidien de jeunes Américains de la classe moyenne, cette bande dessinée a su conquérir des millions de lecteurs aux Etats-Unis. Pourtant, nous ne sommes pas au premier essai d’adaptation du comics si fédérateur…

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Promo de Riverdale sous forme de BD en l’honneur des Archie’s Comics

Une dizaine de productions ont déjà vu le jour pour mettre en scène les péripéties du jeune Archie et de sa bande, sans succès. En France, dans les années 2000, on a pu découvrir l’une de ces adaptations animées : Archie, mystères et compagnie, diffusée sur M6. Malgré les précédents fiascos, quelque chose me dit que Riverdale a peut être réussi à créer un univers captivant et dans l’air du temps, sans tout calquer sur la BD d’origine, permettant à la série de connaître le même succès que les comics… Voire même de les surpasser !

Riverdale : la réunion des ingrédients propices à un bon teen drama

Riverdale est le résultat d’une addition d’éléments favorables à un fort engouement des téléspectateurs. En effet, tout y est :

Tout d’abord elle est entre les mains des spécialistes du genre : j’ai nommé Roberto Aguirre-Sacasa et Greg Berlanti. Le premier n’est autre que le co-producteur de Gleeet plus récemment le producteur de Supergirl, séries pour lesquelles il a été amené à participer au processus d’écriture. Sur Riverdale, c’est un tout autre niveau d’implication puisqu’il n’est pas seulement producteur exécutif, mais aussi à l’origine du développement du projet, ainsi que scénariste et showrunner (rien que ça). Quant au second, il a aussi été scénariste et producteur sur SupergirlThe Flash et surtout la série mythique Dawson, lui valant la casquette de roi du teen drama. Berlanti revient donc aux sources : une série SUR les teenagers et POUR les teenagers.

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Chaque personnage est un véritable archétype à lui seul. Pour commencer, Archie est le monsieur-tout-le-monde qui possède tous les talents du monde : bon élève aux tablettes de rêve, ami dévoué et super joueur de football américain… Mais qui, contre toute attente, se passionne pour la musique et veut en faire sa carrière. Cela ne vous rappelle rien ? Oui oui, on dirait bien que Finn Hudson, une des figures de Glee, est passé par là. Finn était lui aussi un joueur de football populaire qui chante sous la douche après l’entrainement et se fait repérer pour intégrer le club de chant du lycée Mckinley High. Archie travaille l’été pour l’entreprise de son père, qui est censée lui revenir après ses études. Mais comme souvent bien-sûr dans les teen shows, ce dernier a une toute autre envie que de suivre les espérances de la figure paternelle pour reprendre le flambeau de l’entreprise familiale… Affaire à suivre donc.

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Finn dans Glee à gauche, Archie à droite

Cheryll Blossom, la sœur éplorée par la disparition de son jumeau est la petite peste de la série (il en faut bien une). Véritable « Queen Bee », elle ne loupe pas une occasion de faire valoir sa réputation d’icône tyrannique du lycée qui force le désir des garçons, et la crainte de toutes les lycéennes en fleur qui pourraient la détrôner. Pour parfaire sa panoplie, elle est bien-sûr à la tête des cheerleaders. Rien n’est laissé au hasard, donc.  Cheryll ne peut que nous rappeler la crème de la crème de la petite teigne sans limite de la jeunesse dorée de l’Upper East Side : j’ai nommé Blair Walforf dans Gossip Girl.

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Famille aisée, fashion jusqu’au bout des ongles, elle fait des jalouses autant qu’elle se fait d’ennemies. Mensonges, coups bas et rapports de force pour arriver à ses fins seront au rendez-vous. De plus, flanquée de ses fidèles sbires, prêtes à tout pour rester dans ses bonnes grâces et profiter (un peu) de son aura, elle ne peut que nous rappeler Blair et ses suivantes.

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Blair et ses suivantes dans Gossip Girl à gauche, Cheryll à droite

Veronica, quant à elle, est en rédemption. Ancienne peste pourrie gâtée venue tout droit de New-York, elle souhaite prendre un nouveau départ et se faire des amis. Mais attention, ses talents de garce ne sont pas si loin ; elle peut encore y faire appel si besoin est (comme pour défendre Betty lors de l’audition des pom-pom girls). Dès le premier épisode, les hostilités sont lancées, le ton est donné : un vrai combat entre Veronica et Cheryll est donc à attendre (et secrètement espérer). Tout comme Pretty Little Liars, où l’on suit également les crêpages de chignons de jeunes lycéennes, elles sont toutes plus girly les unes que les autres. Entourées d’énigmes à percer à travers leur propre enquête, il semblerait que la notion de mystère puisse aussi envelopper Riverdale.

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Les personnages les plus originaux (Jughead et Josie des Pussycats) n’ont pas encore été réellement développés dans ce premier épisode. Plus indépendants et loin d’être préoccupés de ce que l’on pourrait penser d’eux, ce sont finalement les personnages les moins stéréotypés au premier abord. À voir ce que la suite leur réserve…

On l’aura compris, la série offre tout l’arsenal des clichés traditionnels que l’on peut avoir dans les séries pour ados. Plus encore, ils reprennent des codes, attributs et caractéristiques de personnages existants. Dawson, Glee, Gossip Girl, Pretty Little Liars : la liste est longue et loin d’être complète. Valeurs sûres, ils convoquent tout ce qui nourrit notre imaginaire collectif du lycée à l’américaine et de ses symboles. La veste de football pour les membres de l’équipe, déambulation près des casiers, rendez-vous donné dans un diner, prise de bec aux auditions de pom-pom girls… Même le cliché du bal de promo est là, alors que nous ne sommes qu’au début de l’année.

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Un univers plus dark et subversif que dans les Comics

Archie se situe pourtant bien loin des héros des DC Comics et autres Marvel. Au lieu de suivre les péripéties de super-héros aux super-pouvoirs comme The Flash ou SuperGirl, nous voilà plongés dans les tumultueuses aventures d’Archie Andrews, un lycéen comme les autres. Intrépide et toujours accompagné de ses amis Betty, Veronica et Jughead, il décide d’enquêter sur la mort d’un de leur camarade de classe.

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La dimension mystérieuse du Comics résidait souvent dans une résolution fantastique : extra-terrestres et autre voyage dans le temps étaient au rendez-vous. Dans Riverdale, rien n’est moins sûr puisque le pilote ne semble pas tendre dans cette direction. Aura-t-on notre dose de zombies ou simplement un mystère à résoudre à travers une enquête sans dimension surnaturelle ? Dans tous les cas, une inquiétante étrangeté est convoquée au cœur de cette série pour ados.

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La série semble aussi plus subversive que l’on aurait pu s’y attendre. Ici la scène d’ouverture sur Cheryll et Jason, en route pour un tour en barque sur le lac, est déjà particulièrement ambiguë. Regards intenses, sensualité des plans sur les cheveux, les gants et les chaussures de Cheryll… Ils marchent même main dans la main : l’inceste est volontairement et clairement interrogé dès le départ.

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Le gentil Archie, au cœur d’un triangle amoureux, ne se contente pas ici d’embrasser la fille interdite : il a tout simplement eu une relation avec une de ses professeures. Scène courte mais torride dans la voiture de sa prof sous la pluie… Le petit Archie, à présent couvert de tablettes, a bien changé. D’ailleurs, le zoom sur la première soirée est du même acabit : gobelets rouges et jeu de la bouteille pour aller se bécoter dans un dressing pour « 7 minutes au paradis ». Pas si sages ces ados ce Riverdale…

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Même si on est encore très très loin du Spring Breakers d’Harmony Korine, il y a clairement des choix esthétiques et de mise en scène des personnages qui nous tirent vers la représentation d’une jeunesse plus frivole que dans les Comics des années 40 ! Moins proche de Skins que de Pretty Little Liars dans les faits et les attitudes de nos héros, l’esthétique de Riverdale semble néanmoins vouloir nous emmener vers une représentation encore plus glamour de l’adolescence que Glee a pu le faire. Bye-Bye les serre-têtes de Geeks, bonjour aux tablettes et robes sexy mises en valeur par des lumières édulcorées !

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Riverdale à gauche, Spring Breakers à droite

Une sur-esthétisation pour un mystère magnifié

Ce que l’on peut dire (tout en risquant l’euphémisme), c’est que cette série est hautement esthétique. Une lumière dingue, des décors magnifiques, des costumes travaillés jusqu’au bout des gants en dentelle : on a le choix entre débarquer dans un clip de Lana Del Rey ou une pub pour le Comptoir des Cotonniers.

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Même les images diffusées pour sa promotion sont au comble de l’esthétisation. La lumière est très travaillée dans des coloris pop-art proches du cinéma (entre Spring Breakers comme souligné précédemment et Only God Forgives de Nicolas Winding Refn). Les pauses et les regards, quant à eux, sont dignes des shootings de haute-couture des magazines : Riverdale n’a pas lésiné sur les moyens pour séduire ses téléspectateurs. Ici, on joue clairement dans la cour des grands. Même si des séries comme Gossip Girl ou Pretty Little Liars jouent aussi la carte du glamour, la photographie n’aura jamais aussi soignée et époustouflante que dans Riverdale. En effet, rares sont les séries teenage qui bénéficient d’un tel niveau d’esthétisme. Une grande première.

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Photos promotionnelles Riverdale VS Affiche Only God Forgives en bas à droite

En tout cas, le pari est réussi car une inquiétante étrangeté réside dans cet épisode d’ouverture. Elle émane entre autre de cette sur-esthétisation de Riverdale : tout est trop beau pour être vrai. On sent dès les premiers instants que leur univers si parfait ne va pas tarder à basculer pour nous révéler son extrême laideur. Ces plans de la ville, de la nature environnante et de ses personnages qui manquent cruellement de naturel (incarnant à chaque instant une décision artistique identifiable), se révèlent malgré tout hypnotisant. La superficialité de leur beauté créée et accentuée par une photographie soignée est fascinante. On nous fait entrer dans un monde du faux, mais un enchantement certain opère chez le spectateur.

Une inspiration artistique tirée de la photographie ?

L’univers esthétique de Riverdale n’a pas été sans me rappeler l’univers si étrange et particulier des œuvres de l’artiste Gregory Crewdson. Sa passion, c’est de photographier l’Amérique rurale à travers des scènes prenant place au cœur des quartiers, des banlieues et des foyers, scènes fabriquées de toute pièce. Travaillant dans une mise en scène minutieuse, à mi-parcours entre le cinéma fantastique et les séries télévisées, il veut nous transmettre la face cachée, l’envers du décor du rêve américain.

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 Les photographies de G. Crewdson en haut, et des captures de Riverdale en écho en bas

Dans ses œuvres, Gregory Crewdson navigue toujours au sein d’un équilibre entre la puissance d’un mystère brut et une quantité de détails donnés à l’analyse du spectateur. Ce photographe renommé a toujours construit des tableaux où « c’est déjà arrivé », où l’action est passée. Ce qu’il nous reste à voir, c’est l’après, qui sans la connaissance du contexte semble complexe à comprendre. Ainsi,  dans ses photographies, il nous transmet plus de questions qu’il ne nous livre de réponses.

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Le diner de Riverdale en haut, des photographies de Crewdson en bas

Gregory Crewdson, dont on dit souvent de la mise en scène de ses photos qu’elle est proche de l’univers des séries, n’est finalement pas si éloignée de ces dernières. En effet, il a déjà réalisé une photographie pour la promotion de Six Feet Under. Si l’on regarde de plus près, on peut voir qu’il a su faire entrer son univers artistique dans celui de la série sans le dénaturer et tout en respectant l’identité de Six Feet Under. On y retrouve les mêmes poses statiques, où les personnages semblent être de véritables statues inertes. L’omniprésence des fleurs sur le sol de la cuisine, la tapisserie vieillotte entourant la salle à manger où sont attablés les membres d’une famille : sa patte est reconnaissable.

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A gauche, l’affiche promotionnelle de Six Feet Under, à droite d’autres de ses photographies

Un thriller teenage aux accents lynchiens : Twin Peaks, es-tu là ?

Une inspiration ? Un hommage ? Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut qu’avoir des flashs de la célèbre série lynchienne durant ce premier épisode. Lors de l’introduction de la ville de Riverdale, l’un des premiers plans est celui du panneau de bienvenue de la ville :  » Welcome to Riverdale, the Town with Pep !« . Nous pensons alors directement à celui de Twin Peaks, si mythique, présent à la fois dans le générique de la série et parsemés dans ses épisodes. Véritable symbole de cette série emplie d’étrangeté et de mystère, il n’y a pas de hasard possible dans ce choix de décor. Surtout lorsque Wayward Pines, qui a aussi souvent été comparée à Twin Peaks, a fait de même avec une omniprésence de plans du panneau de la ville au fil des épisodes et dans son générique.

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Les panneaux respectifs de Wayward Pines, Riverdale à gauche, et Twin Peaks à droite

Même Mädchen Amick y met du sien puisqu’elle fait partie du casting de Riverdale, dans le rôle de la mère Betty Cooper : une vraie control-freak. Anciennement Shelly Johnson dans Twin Peaks, elle s’est retrouvée, bien malgré elle, au cœur de l’enquête de cette petite ville. Avec sa tenue bleue et blanche rappelant son uniforme du diner de Twin Peaks, comment ne pas faire le lien ?

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Au-delà d’un élément de décor phare et d’une actrice commune aux deux castings, il faut dire qu’en terme d’intrigue, ces deux séries débutent de la même manière. Dans une petite ville tranquille et sans histoire, entourée de larges forêts, la mort tragique d’un adolescent a lieu. Cette disparition ne va pas tarder à secouer Riverdale et ses habitants. Et cela ne s’arrête pas là puisque le corps sans vie de Jason Blossom est lui aussi retrouvé au bord de l’eau. Un nouveau mystère à l’image de celui de la mort de Laura Palmer ?

Riverdale propose donc une série pour ados à la forme audacieuse et hautement esthétique sur un fond plus traditionnel du genre. Le scénario, qui prend des libertés face aux Comics, apporte une intrigue mystérieuse éloignée d’une résolution fantastique avec une enquête complexe et réaliste flirtant avec l’univers de Twin Peaks. Un pilote audacieux et qui promet de belles choses pour la suite…

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