Coup de projo sur Doctor Who

A ceux qui associent encore les séries anglaises aux mots « France 3 » et « Inspecteur Barnaby » accolés à l’image d’une vieille dame en robe de chambre devant sa télé, détrompez-vous. La Grande-Bretagne est bien le berceau d’un eldorado télévisuel à quelques encablures de chez nous. La richesse du petit écran anglais ne date pourtant pas d’hier : Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre, Le Prisonnier… Et puis il y a Doctor Who dont le succès n’avait jamais dépassé la Manche. Mais ça, c’était avant. Bienvenue dans le monde d’une fanatique du Docteur.

doctorwhoclaramonstre

Doctor Who ? Mais qui est Doctor Who ?

Plus longue série de science-fiction ayant jamais vu le jour, Doctor Who narre les aventures d’un extra-terrestre à l’apparence humaine, un Seigneur du Temps (c’est le nom modeste que se donnent les natifs de sa planète). Outre un intellect hors-normes, il possède quelques particularités bien peu humaines : le Docteur peut se régénérer et possède deux cœurs. A 900 ans, il a toujours l’apparence d’un homme fringant et amateur de jolies choses, mais il n’est fidèle qu’à une monture, le TARDIS, un vaisseau spatial en forme de « Police Box » qui lui permet de voyager dans le Temps et l’Espace, et de changer le destin de galaxies entières quand l’envie lui prend. Le Docteur entretient un amour certain pour notre planète, et cherche fréquemment à s’attirer les faveurs de jeunes humaines qu’il emmène dans ses voyages. Certes, il a eu le toupet de débarquer dans le salon d’une autre Clara, mais je ne perds pas espoir.

En bref, c’est l’alliance entre un extraterrestre pacifiste et excentrique et une poignée d’humains arrachés à leur quotidien banal qui constitue la dynamique principale de cette série aux multiples charmes.

Par quoi commencer ?

Véritable institution anglaise, Doctor Who est une série s’adressant aux fans de science-fiction et d’humour loufoque, petits et grands, mais tous rêveurs. Il existe deux séries, une première née en 1963 quand les fictions s’affichaient encore en noir et blanc, puis celle de 2005, suite directe de son aînée arrêtée en 1989. Le Docteur s’étant régénéré 8 fois depuis 1963, c’est sous l’apparence d’un 9e Docteur tout beau tout frais qu’il part conquérir le cœur des jeunes fans de voyages dans le temps. Le pari est réussi pour la BBC puisque, à ce jour, Doctor Who est un succès mondial.

Elles sont pas belles mes oreilles ?

Elles sont pas belles mes oreilles ?

Comme pour Star Wars, il existe des gens pour vous expliquer dans quel ordre regarder les épisodes, si oui ou non il faut commencer par l’ancienne série, quels sont les meilleurs Christmas Specials (WHAT?), et quelles saisons de la série 2005 il faut zapper car “non vraiment ce Docteur là, je n’ai jamais pu l’encadrer”. Loin de ces préoccupations dogmatiques, dressons ensemble une liste en 10 préceptes d’un visionnage serein de Doctor Who :

1) Par la version qui te plaira tu commenceras à regarder Doctor Who. Il n’est pas nécessaire de regarder l’ancienne version en noir et blanc pour apprécier la nouvelle. Chaque plaisir en son temps, et si un jour étant à court de nouveaux épisodes, il ne vous était plus possible d’attendre, vous seriez contents d’avoir sous le coude de quoi réveiller la nostalgie avec les aventures des précédents Docteurs (d’autant plus qu’on vient de retrouver de nouveaux épisodes qu’on pensait perdus).

Premierdocteur

William Hartnell, le premier Docteur

2) A tous les Docteurs, tu laisseras une chance. Non, il n’est pas préférable de sauter certaines saisons, ou de s’arrêter quand un certain Docteur s’en va. Doctor Who c’est un peu comme Game of Thrones : s’attacher aux personnages est lourd de conséquences. Si les fins dans Doctor Who sont moins mortelles que celles de Game of Thrones, elles n’en sont pas moins définitives. La série fonctionne sur un changement régulier d’acteurs pour incarner le Docteur et sa compagne. Toujours justifié par l’histoire, je n’ai à ce jour jamais eu de problème avec ce choix qui m’apparaît être un élément essentiel pour que la série garde son souffle et sa jeunesse, même à l’aube d’une huitième saison.

regenerationcircle

3) Tu passeras outre le kitsch de la première saison (de la 2, de la 3… et de la 4). Quand on est habitué aux effets spéciaux numérisés des productions américaines, des combinaisons latex de cochons extraterrestres péteurs ça peut déstabiliser un peu. Il faut s’accrocher, abandonner son esprit blasé à la porte du TARDIS et, comme au cinéma, laisser la force de suggestion d’un décor opérer. L’histoire, les relations développées dans cette série, et les multiples messages qu’elle porte sont si justes qu’on en oublie vite ces détails et que l’on finit même par apprécier l’esthétique de ses méchants qui ressemblent à des boîtes de conserve (pendant ce temps en Amérique, les fées se baladent en meringue et ensembles Victoria’s Secret).

Les méchants

Les méchants

4) Tu prendras connaissance d’une coutume « roast-beef » fort sympathique : le Christmas Special et le Special tout court. Ce sont des épisodes qui ne sont pas insérés dans les saisons officielles de Doctor Who. Mais ils contribuent à l’avancement de l’intrigue et sans eux, c’est un peu comme perdre son GPS pendant ses vacances en Aubrac : pas de salut. Ils apparaissent soit en fin de saison, soit en tout début de saison suivante en tant qu’épisode 0 (dans les éditions DVD). Voici la liste de tous les épisodes. Il existe également de nombreux webisodes et autres mini-épisodes, un peu plus bonus mais tout de même forts sympathiques à regarder.

donna'sgrandad

Le Père Noël est un peu plus cool dans Doctor Who

5) Toutes tes croyances sur la science-fiction et le fantastique, tu laisseras à la porte. Il est de notoriété publique que regarder Doctor Who nuit à un esprit sain. Souvent baladé, mais rarement pris pour un demeuré, le spectateur de Doctor Who cherche encore et encore à comprendre les mystères évoqués dans cette série. Défiant les lois de la science et se jouant de tous les imaginaires, des scénaristes à l’esprit malade se chargent de mettre sur le papier ce qu’aucun humain normalement constitué n’aurait pensé possible. Paradoxe est un synonyme pour Doctor Who (un peu comme lupus pour Dr. House).

TARDIS

6) Russell T. Davies et Steven Moffat tu aduleras. La bataille fait rage entre les fans de l’un ou de l’autre. Russell T. Davies, premier showrunner en date, est l’homme qui a relancé cette folie en 2005. Remarqué pour avoir redonné vie à un univers qu’on avait laissé trop longtemps aux oubliettes, il a su faire le lien affectif entre les générations de novices et celles de l’ancienne série. On appréciera sa capacité à proposer à chaque épisode des aventures à la fois légères et émouvantes, et la meilleure histoire d’amour SF à l’écran qui ait jamais existé. Steven Moffat, lui, s’impose par son sens du spectacle et un goût prononcé pour des histoires particulièrement horrifiantes (“The Empty Child”, “Blink”). Avec lui Doctor Who atteint une certaine maturité visuelle, mais l’histoire prend également un autre tournant, plus tragique et plus complexe. Certains prônent pour un retour aux sources. Moi je ne boude toujours pas mon plaisir.

A gauche : Russell T. Davies, à droite : Steven Moffat.

A gauche : Russell T. Davies, à droite : Steven Moffat.

7) Spécialiste des castings anglais tu deviendras. Acteurs, réalisateurs, scénaristes… Doctor Who est aussi mythique dans l’envers du décor qu’à l’écran. Ainsi tu sauras que Mark Gatiss, co-créateur de Sherlock (avec Moffat) écrit aussi un épisode de Doctor Who à chaque saison et apparaît dans la série. Parfois Neil Gaiman, maître underground du fantastique américain bizarre, donne également un coup de main. Mais Doctor Who c’est surtout un passage obligé pour bon nombre d’acteurs britanniques. Si vous regardez Game of Thrones, il y a de fortes chances que vous trouviez une apparition de 80% du cast dans un épisode. Enfin, DW (pour les intimes), c’est aussi, John Simm, l’acteur génial de Life on Mars et le plus séduisant méchant de tous les temps.

John-Simm-006

The Master (John Simm)

8) Patient tu seras. 14 épisodes par saison, c’est déjà pas mal, mais comme les Anglais en ont l’habitude, ils nous font attendre souvent plus d’un an avant la suite (fans de Sherlock, vous n’êtes plus seuls). La saison 7 a commencé en septembre 2012, et l’épisode spécial, « The Day of the Doctor », ne sera retransmis que le 23 novembre 2013 sur France 4 (en live avec la BBC !). Ainsi les 50 ans de Doctor Who, tu fêteras dignement en même temps que les Anglais (la liste des événements).

Save the date

Save the date

9) Tous tes espoirs tu mettras dans Peter Capaldi. C’est officiel depuis quelques temps. Terminé les gesticulations de Matt Smith, place à un 12e Docteur, plus mature, Peter Capaldi, déjà apparu dans un épisode de Doctor Who comme la tradition le veut. Moi je lui fais entièrement confiance car c’est un brillant acteur (The Thick of It, In the Loop, Accused, The Field of Blood), il est plus fan que la frange la plus hardcore des fans de Doctor Who, et il est vieux et moi j’aime ça.

capaldi

10) Whovian tu seras si tu as suivi tous ces commandements ou si cet article te donne envie de rentrer dans la magie Doctor Who. C’est ainsi que s’appellent ses fans, et qu’ils se reconnaissent mutuellement dans leurs descriptions online. Si pendant une conversation, vous vous écriez avec panache “Geronimo !” ou “Allons-y Alonso !”, bravo, vous avez gagné la reconnaissance de vos pairs. Évitez par contre les « Exterminate », vous vous exposeriez à des représailles de grande ampleur (signé les Cybermen).

allons-y-alonzo

Vous devriez être fin prêts pour revoir ou engloutir sept saisons de Doctor Who avant les réjouissances prévues pour les 50 ans de la série, Noël, et la saison 8 prévue en août 2014. Des événements au moins aussi attendus que le jubilé de la reine mère.

3 réponses à “Coup de projo sur Doctor Who

  1. Je relève un an plus tard la remarque sur Barnaby. Certes il en faut pour tout les goûts mais cette série est tout de même efficace dans son genre. Les Anglais c’est ça…mais pas que. Et en effet, le phénomène Doctor Who nous le démontre bien.

    • Haha Marion toujours au taquet, mais en l’occurrence je ne parle pas du contenu intrinsèque d’Inspecteur Barnaby mais plutôt de la représentation que le public se fait des séries anglaises croyant qu’elles sont destinées à papy et mamie. Bref même France 3 cible les vieux pour inspecteur Barnaby, il faut leur demander pourquoi ;)

  2. Je n’ai pas forcément dit que c’était une mauvaise cible ^^ Juste qu’il y a des jeunes qui kiffent aussi. C’est le côté anglais traditionnel qui en fait fuir beaucoup. Le côté « campagnard »,et « vielles dentelles ». Mais ce sont les enquêtes à l’ancienne :) (VS Les Experts, que je ne dénigre pas pour autant puisque j’ai adoré les 8 premières saisons, maintenant ça traîne en longueur mais c’est un autre débat).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.