Etude de pilote : Alpha House

Après Netflix, voici qu’un nouveau géant de la distribution de contenu se lance dans la création de séries. Amazon avait organisé l’année dernière une grande campagne participative pour trouver de nouveaux talents en deux phases.

Phase 1 : appel à projet auprès des créateurs et producteurs de toute la planète. Amazon a retenu 6 pilotes de séries sur les 2000 qui leur ont été soumis.

Phase 2 : présentation de ces 6 pilotes aux internautes qui ont pu choisir leur préféré.

Alpha House et Betas ont ainsi pu obtenir le développement d’une saison entière, présentée gratuitement sur la plate-forme d’Amazon. Ce système participatif a-t-il permis l’émergence d’une bonne série ? Le public a-t-il bon goût ? Pour répondre à ces questions, je me suis précipitée sur le pilote d’Alpha House.

Alpha House

Bienvenue dans la coloc la plus conservatrice du monde.

Une comédie politique efficace

La série met en scène la vie de quatre sénateurs républicains à la veille de leur réélection, vivant en colocation lorsqu’ils sont à Washington, loin de leurs familles restées dans leurs Etats respectifs. Les personnages sont servis par un casting 4 étoiles. A tout seigneur tout honneur, John Goodman incarne Gil John Biggs, sénateur qui se croit assuré de sa réélection et dont la paresse est la principale qualité. Clark Johnson, qui nous avait inspiré dans la saison 5 de The Wire, est Robert Bettencourt, roublard et profiteur du groupe. Matt Malloy alias sénateur Louis Laffer jr. est le propriétaire de la maison. Enfin, Mark Consuelos, joue le latin lover, séducteur, très très proche de ses donatrices. La série aborde donc les coulisses du Sénat et choisit un ton incisif et critique pour en parler. Le créateur de la série, Garry Trudeau, démocrate notoire, dénonce l’absurdité et les dérives du pouvoir, se moquant franchement du conservatisme républicain. Ainsi, l’une des thématiques du pilote, c’est la difficulté pour Louis Laffer de jouer la carte de la virilité, et sa schizophrénie à défendre une famille normale et à fustiger la sodomie, alors que tout le monde est au courant de ses orientations sexuelles. Les dialogues sont percutants et la critique efficace. La séquence d’ouverture de l’épisode est à l’image du reste : satirique et très drôle. John Goodman est réveillé un matin par les sirènes des policiers. Il se précipite dans la chambre de son colocataire, qui n’est autre que Bill Murray (guest star parfaitement choisie) pour le réveiller et lui demander s’il n’aurait pas par hasard décidé de se livrer au département de la justice aujourd’hui. Bill Murray effondré, fonce dans la salle de bain pour se raser et se laver les dents, tout en pleurant à chaudes larmes, pendant que ses compères préparent déjà son départ. La séquence aborde frontalement, les thèmes de la corruption, de l’ambition et de l’impossibilité de l’amitié en politique, le tout servi par un géant de la comédie qui ne peut que nous tirer quelques sourires. D’ailleurs, la grande réussite de la série, c’est de parvenir à concilier la moquerie de ces hommes politiques enivrés de pouvoir, et l’attachement quasi immédiat pour ces personnages, qu’arrive à créer le show, très certainement grâce à la prestance de son casting.

Alpha House

Bill Murray à son maximum.

Un air de déjà vu

Alors malgré cela, pourquoi l’enthousiasme n’est-il pas immédiat ? Pourquoi, même si les séquences font mouches, ne sacrifie-t-on pas une heure de sommeil de plus pour voir la suite ? Selon moi, malgré toutes ses qualités, ce premier épisode a un petit air de déjà vu. D’abord, la thématique du pouvoir a été très remis à la mode récemment dans les séries, que ce soit sérieusement ou sous forme de comédie (d’ailleurs notre premier top 5 en parlait). La série ressemble beaucoup sur le concept à l’hilarante Veep, qui montre le personnage d’une vice-présidente, très inspirée de Sarah Palin, et sa difficulté à gouverner. Alpha House est plus mesurée, ne joue pas la carte des personnages bouffons, mais néanmoins un certain ton humoristique les relie. Un genre d’humour à la The Office et Parks and Recreation, entre moquerie des personnages et ironie, mais dilué et moins grinçant, qui permet plus d’empathie. Cependant, la volonté de créer un lien fort entre les spectateurs et les personnages, laisse poindre un traitement plus approfondi et dramatisé que dans une simple sitcom politique. Comme si les futurs développement promettaient une conciliation entre House of Cards, pour les enjeux personnels du pouvoir et ses méfaits, et le recul de Veep. Un pilote efficace donc, mais pas très original. Pour autant, le potentiel de la série est certain, et on peut espérer qu’en tentant de concilier comique et sérieux, le show arrivera à trouver une nouvelle voie plus originale dans la série politique.

Veep

Merci de laisser le mot de la fin à des gens vraiment compétents.

3 réponses à “Etude de pilote : Alpha House

  1. Tout de suite j’ai une réplique de Leslie Knope en tête, S06E09 « There are no consequences to my actions…literally nothing bad can happen to me. I’m like a white male U.S. Senator ». For the sake of John Goodman et Bill Murray, je tenterai l’expérience du pilote. Un jour.

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