Semaine d’un sériephile (14) : en mode rétro ! La Trilogie du samedi (1)

Cette semaine, nouveau voyage dans le temps : je vous propose de (re)découvrir trois séries qui ont fait la gloire de M6, en ces temps reculés où l’on n’avait d’autre choix que de regarder les séries en VF et deux ans après leur diffusion US. En 1997, la “petite chaîne qui monte” a en effet mis en place un programme qui allait devenir une institution et remettre en question votre vie sociale : la Trilogie du Samedi. Séries fantastiques et suspense sont au menu, avec aujourd’hui une sélection spéciale “mystère, organisations secrètes et capacités surhumaines”. Ambiance :

The Sentinel

Que serait The Sentinel sans son interprète principal ? Richard Burgi joue avec conviction et nous persuade aisément : oui, Jim Ellison peut entendre le cliquetis d’une montre suisse à 500m. Non, ce n’est pas ridicule.
18 mois passés à esquiver les mygales dans la jungle hostile (et, accessoirement, une initiation mystique au sein d’une tribu péruvienne) ont considérablement affûté ses cinq sens, déjà très réceptifs. Une fois revenu aux Etats-Unis, il décide de se mettre au service de la police de Cascade, Washington, et oublie son expérience au Pérou… Mais cette dernière se rappelle à son bon souvenir avec une violence inaccoutumée : les stimulations du monde moderne sont trop nombreuses et trop fortes pour sa sensibilité,  ce qui lui rend la vie impossible.
Jim rencontre alors Blair Sandburg, anthropologue, génie et hippie à la chevelure broussailleuse. Celui-ci l’aide à maîtriser les sensations qui le submergent, et lui apprend que son séjour dans la jungle a fait de lui une Sentinelle, c’est-à-dire un être aux pouvoirs surnaturels chargé de la protection de sa tribu – ce qui est très utile dans le cadre d’enquêtes criminelles. Mieux que toute l’équipe des Experts et tous leurs outils réunis, il peut humer une scène de crime et reconnaître l’odeur distinctive de la cigarette fumée par le suspect. En cas d’intervention sur le terrain, il lui suffit d’écouter attentivement pour ne jamais être surpris par un assaillant. Enfin, les coupables auront beau fuir à toute vitesse, il pourra lire leur plaque d’immatriculation et viser leurs pneus sans problème.
Bien entendu, la série respecte le canon du standalone* en vigueur dans les 90’s : à chaque épisode son enquête, à chaque épisode son utilisation inattendue voire cocasse du sens gustatif/olfactif/tactile (rayez la mention inutile), peu (voire pas) de répercussions d’un épisode à l’autre… Un effort notable est fait du côté des personnages principaux, qui acquièrent une certaine densité à mesure que l’on évoque leurs sombres passés respectifs. Par contre, les personnages secondaires et autres love interests meurent à un rythme effarant, sans que cela semble trop peser sur le moral de Blair et Jim. The Sentinel a ses défauts, mais surpasse le commun des séries 90’s grâce à un concept ludique : je ne suis sûrement pas la seule à m’être imaginée, au quotidien, avec des sens surdéveloppés dignes de Jim Ellison. Si ?

sentinel 4

Animal-totem et regard perdu dans le lointain.

Le Caméléon

Dans la Trilogie du Samedi, on aime bien mettre ses capacités surhumaines au service de la communauté.
Jarod est un génie absolu, un caméléon ; il peut intégrer n’importe quels usages et connaissances en un rien de temps. Il utilise ce don pour régler les conflits, élucider les crimes et aider la veuve et l’orphelin. Par ailleurs, il fuit le Centre, une organisation secrète qui l’a étudié et séquestré pendant toute sa vie, et il essaie de retrouver ses parents. De ce fait, chaque épisode est l’occasion de découvrir Jarod dans un nouveau rôle, avec une nouvelle identité : Jarod pompier, Jarod gigolo, Jarod champion de rodéo… (Incontestablement, Jarod > Martine : ici, une liste exhaustive de tous les métiers qu’il a exercés).
Si les intrigues du quotidien de Jarod sont pour la plupart convenues, entre enquêtes déjà vues, bonnes actions et bons sentiments, l’atmosphère « théorie du complot » et les évocations du passé de Jarod sont particulièrement réussies. La série a réussi à imposer durablement dans mon esprit un univers qui lui est propre, avec cette organisation menaçante et trouble qu’est le Centre, et le « bestiaire » marquant qui en est indissociable : Mr Parker, sosie de Pétain au paternalisme oppressant ; Mr Raines, plus goule que docteur, avec sa grinçante bouteille d’oxygène et sa respiration Dark Vadoresque ; Mr Lyle, sinistre psychopathe aux allures de gendre idéal ; et, bien sûr, Miss Parker, la femme fatale. Les personnages sont certes un peu caricaturaux, mais sont en même temps des archétypes très évocateurs et aboutis. On ne connaît leurs prénoms que de manière tardive ou anecdotique, ce qui participe au mystère.
A l’inverse, Jarod est à la recherche de son nom de famille. Le charisme et le jeu intense de Michael T. Weiss apportent beaucoup au personnage, qui doit comme la série passer assez souvent du rire aux larmes. Même si Le Caméléon recèle beaucoup de moments comiques, notamment avec le personnage de Broots (l’assistant maladroit de Miss Parker), n’oublions pas que c’est l’histoire d’un enfant enlevé à sa famille, séquestré à l’autrichienne pendant 33 ans, dans une organisation où la torture psychologique et les manipulations génétiques les plus glauques sont monnaie courante. A chaque fois qu’il est sur le point de retrouver ses parents, un événement grave l’en empêche, un élément capital pour sa recherche est détruit, ses adjuvants sont tués. Bref, une série plutôt sombre, où la sympathie de Sydney pour Jarod et les scrupules de Miss Parker ne sont pas synonymes de rédemption, et qui n’a même pas droit à un happy end. 

jarod

Seul point positif : en cours de route, Jarod découvre le concept de la glace.

X-Files

Impossible de ne pas voir dans Le Caméléon l’influence de cette série culte.
Bon, je triche légèrement. En effet, si j’ai découvert X-Files dans la Trilogie du Samedi, je ne l’ai réellement visionnée que bien plus tard : elle était trop effrayante pour moi, à un âge où regarder Buffy était déjà une expérience angoissante et une transgression (eh oui, certains épisodes étaient interdits aux moins de 12 ans). Mais, parce que chaque série – ou presque – programmée au sein de la Trilogie du Samedi pourrait avoir tiré son concept de l’un des épisodes de X-Files, il me semblait impossible de ne pas en parler ici. Faut-il encore la présenter, alors qu’elle fête cette année ses 20 ans ? Série culte, X-Files a entériné l’incursion du thriller fantastique dans les séries télévisées initiée par La Quatrième Dimension et Dossiers brûlants, grâce à un joyeux mélange de tous les mythes / légendes / peurs / folklores du 20è siècle. Créatures fantastiques, extraterrestres et complots se croisent en une suite de phénomènes paranormaux, depuis les vampires jusqu’aux supers soldats génétiquement modifiés…
A la seule différence que X-Files prend au pied de la lettre la définition du fantastique, c’est-à-dire l’hésitation jamais tranchée entre la voie de la raison et la voie de l’étrange. Dana Scully et Fox Mulder, les deux agents du FBI, n’ont jamais la possibilité de prouver qu’ils ont été témoins de phénomènes surnaturels ; ils reviennent bredouilles dans le bureau de Skinner, le chef impossible à cerner, pour lui faire un rapport toujours plus lacunaire et incohérent… Ce qui encourage Scully à ne pas démordre de sa vision cartésienne du monde. La mission de « Fox Quichotte » pour faire accepter l’existence de phénomènes paranormaux – d’une part à sa collègue, d’autre part au monde – est fascinante parce que l’on voit, en tant que spectateur, la vérité de ses intuitions. Mais, tout comme lui, on ressent une frustration incroyable : il se bat contre des puissances qui le dépassent, contre lesquelles il ne sert à rien de lutter ; les preuves et les témoins disparaissent, et ses quelques victoires semblent lui avoir été gracieusement accordées par les mystérieuses entités qui dominent le tableau.
La naissance de l’ufologie (« science » de l’observation des ovnis) dans les années 40 est souvent considérée comme une conséquence du discrédit du corps politique consécutif à la Seconde Guerre mondiale. X-Files a su exploiter ce lien pour incarner la paranoïa et la méfiance d’un monde en transition technologique. Pour des spectateurs en quête de repères, la série a en quelque sorte procédé à un réenchantement du monde sous un mode angoissant.

x files

Etre accroupi dans de la brume, une nouvelle allégorie du doute cartésien.

La Trilogie du Samedi proposait un éventail varié de séries fantastiques, mystérieuses ou de science-fiction que nous allons continuer d’explorer sur Séries Chéries. Toutes ne sont pas égales : The Sentinel est une série fantastique sympathique, mais qui n’a pas vraiment réussi à marquer les esprits. A l’inverse, X-Files, telle l’ultime évolution d’un pokémon, est devenue une référence parce qu’elle a su utiliser le registre fantastique et les théories du complot de manière exceptionnelle. Avez-vous regardé ces séries le samedi soir sur M6 ? Laquelle reprendriez-vous volontiers aujourd’hui ?

Par ici pour une autre semaine de visionnage spéciale Trilogie du samedi !

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