Accords et désaccords : les séries ado nous font-elles grandir ?

En attendant les fêtes de fin d’année, Séries Chéries a décidé de baigner en pleine nostalgie tout ce mois de décembre. Retrouvez notre calendrier de l’Avent sur Twitter et Facebook : tous les jours jusqu’au 25, l’un des membres de la rédaction ouvre une fenêtre sur son passé (parfois inavouable !) de sériephile. Et tous les mardis et jeudis, dévorez nos bonus « Que sont-ils devenus? ». Mais ce n’est pas tout ! Nous consacrons notre table ronde du mois aux séries ado. Trois blogueuses sont conviées au bal de promo :

Marion, de l’équipe Séries Chéries, est notre spécialiste des séries teen. Laura, du blog L’insolente (@suislinsolente sur Twitter) est l’auteur du mémoire « La Représentation du Prom dans la fiction télévisuelle américaine : institution sociale et espace politisé » (septembre 2009, sous la direction d’Eric Maigret). Et Maeva, une vraie « dévoreuse » de séries, a été rattrapée par le petit écran, et écrit sur The sériethèque (@laserietheque sur Twitter). Nous les remercions vivement de leur participation !

SHAY MITCHELL, TROIAN BELLISARIO, LUCY HALE, ASHLEY BENSON

Pretty Little Liars, défilé de mode dans les couloirs du lycée

Qu’est-ce qu’une série pour adolescents ? Quelles séries ont eu un rôle précurseur, quels sont les classiques du genre, les incontournables ?

Laura : Ne s’agit-il pas surtout de séries sur l’adolescence ? Les bonnes séries sont celles qui racontent de façon suffisamment réaliste ce qu’on peut ressentir quand on est ado. Angela, 15 ans a joué pour moi un rôle précurseur car c’était la seule série avec laquelle je pouvais m’identifier quand j’étais adolescente. L’héroïne n’est ni une super loseuse à problèmes, ni la parfaite pom-pom girl, c’est une fille normale qui se pose beaucoup de questions, comme nous tous à cette époque. Aucune série n’est vraiment incontournable, mais toutes celles qui sont devenues cultes marquent une époque. Dans le lot, on retrouve une majorité de séries américaines comme Buffy contre les vampires, Dawson, Beverly Hills, Sauvés par le gong, Hartley, cœurs à vif (viva Australia!), Parker Lewis ne perd jamais… Et puis il y a celles que je préfère : Freaks and Geeks avec le beau James Franco ; Edgemont, une série canadienne que personne ne connaît ; Veronica Mars ;10 Things I Hate About You ;Newport Beach ; Pretty Little Liars ; et bien d’autres.

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Angela, 15 ans et rêveuse

Maeva : Une série pour adolescents serait une série dont la cible principale est les adolescents, ça semble cohérent. Mais pour faire de l’audience a-t-elle besoin d’avoir des personnages principaux adolescents ? Si on parle d’identification des spectateurs, probablement. Si l’identification n’est pas une condition sine qua non, finalement, que cela soit une série sur les adolescents, par les adolescents, ou pour les adolescents n’y change rien : ils sont la variable d’une équation télévisuelle dont l’aboutissement est le cheminement des personnages. L’adolescence est souvent prisée dans les séries parce que cette période est prétexte à « une crise » et que ces comportements donnent du grain à moudre aux scénaristes qui adorent justifier leurs retournements de situation par l’aspect très narcissique et « girouette » de cette tranche d’âge. Je pense notamment à Dawson qui représente si bien les turbulences, les premiers émois des jeunes lycéens jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. Je ne sais pas si on peut appeler cette série un classique du genre, puisqu’auparavant Freaks and Geeks, Angela, 15 ans ou Hartley, cœurs à vif ont essuyé les plâtres, mais elle a été une des séries incontournables de mon adolescence à moi, à n’en pas douter, avec Edgemont (que je connais, Laura !).

Marion : C’est difficile de définir une série pour ado car je ne suis plus une ado, mais j’en regarde toujours ! Il peut donc y avoir deux publics à ce genre de séries. La question de l’identification est importante, mais pas primordiale. Si je prends mon cas particulier, ma série préférée est Buffy contre les vampires, même si à aucun moment je ne m’y suis identifiée. Je rêvais sans doute d’être aussi jolie et forte, mais ça s’arrête là. On a déjà cité pas mal de séries déjà qui sont incontournables : Buffy, Beverly Hills, Hartley, cœurs à vif . J’ajouterais peut-être Les Frères Scott et Gossip Girl, mais c’est une question de génération.

Les séries pour ado consommées par les adultes ne sont-elles que des « plaisirs coupables » ? Existe-t-il des séries teen qui transcendent les clichés associés au genre ?

Laura : Oui les séries teen que je regarde représentent un petit plaisir coupable… ou pas ! La plupart d’entre elles jouent sur les clichés associés à la vie dans les lycées américains et, pour avoir été lycéenne aux Etats-Unis, je peux vous assurer que ça se passe exactement comme ça ! Il y a bien les beaux jocks (les athlètes qui sont de vraies stars, surtout les joueurs de football américain) qui sortent exclusivement avec des cheerleaders (les pom-pom girls, qui sont aussi très populaires) ; les losers qui chantent dans la chorale du lycée ; les gothiques ; les geeks ; et ceux qui se fondent dans la masse. Alors est-ce qu’on peut vraiment parler de clichés ?

Maeva : Ma réponse est sans appel : non, ce n’est pas un plaisir coupable. Même s’il y a toujours des exceptions à la règle. La principale difficulté est de distinguer séries pour ados de séries avec des ados. Si on parle par exemple de Gilmore Girls, Bunheads, ou The Fosters, malgré une présence importante des adolescents, ces séries vont plus loin dans la démarche avec la figure du parent / de l’adulte responsable bien marquée. L’adolescent n’est pas au cœur des intrigues, il en fait partie. Doit-on les cataloguer teen shows ou plutôt drames familiaux ? Une série qui défie les clichés est Veronica Mars  car c’est plutôt une série pour jeunes adultes, en dépit de la présence d’un personnage principal lycéen. Même chose pour l’excellente et éphémère Young Americans, spin-off de Dawson, ou encore la britannique My Mad Fat Diary. Les Américains ne sont pas les seuls à aborder l’adolescence dans leurs séries. On se souvient tous de Skins, qui elle n’était pas un plaisir coupable, ou de l’espagnole Un Paso Adelante qui, elle, rentre aisément dans cette catégorie ! Ce n’est pas parce que les personnages principaux ont entre 15 et 17 ans que leurs histoires doivent automatiquement se confiner à des problématiques liées à leur âge. Friday Night Lights est très bien écrit, avec des adolescents parfois torturés, parfois esseulés, parfois alcooliques, bref, une palette bien plus impressionnante que disons… The Secret Life of the American Teenager.

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Gilmore Girls, l’ado sérieuse et la mère cool

Marion : Je ne parlerais pas de “plaisirs coupables”. J’ai toujours une part d’ado en moi : même si j’ai dépassé ce stade, j’ai beaucoup d’affection pour cette période et son traitement dans les séries en général. Je trouve cela drôle de revivre des situations que j’ai connues, et de voir comment les personnages les gèrent. Je compatis, je compare. Par ailleurs, j’y retrouve une certaine naïveté qui me plaît. Non pas que j’occulte toute forme de réalisme, mais les séries pour ados me permettent de me changer les idées, de penser à autre chose. Tout est souvent plus simple dans ces séries. Existe-t-il des séries qui transcendent le genre ? Toutes celles qui ne tombent pas dans l’étude superficielle de l’adolescence, celles qui sont aussi bien regardées par des ados que par des adultes.

Pourquoi les séries pour ado appartiennent-elles souvent au genre fantastique ?

Laura : C’est une bonne question à laquelle je n’ai pas la réponse. Je crois que c’est une tendance du moment qui s’explique par le succès de romans comme les Harry Potter, Twilight et Hunger Games au cinéma. Depuis, de plus en plus de producteurs ont adapté des romans à la télévision. The Vampire Diaries et The Secret Circle en sont de bons exemples. Les deux séries sont tirées des sagas de Lisa Jane Smith, très connue aux Etats-Unis pour ses livres fantastiques pour « young adults ». L’un parle d’amour, de lycée, d’ados, de vampires, de loup-garous et de sorcières. L’autre se concentre principalement sur la vie d’une lycéenne qui est une sorcière extrêmement puissante, et je les regarde toutes les deux ! Buffy contre les vampires et Sabrina l’apprentie sorcière avaient déjà lancé la tendance.

Maeva : Les séries dites pour ado n’appartiennent pas souvent au genre fantastique selon moi. Alors bien sûr nous avons Smallville, Supernatural, Teen Wolf, The Vampire Diaries voire Buffy ou True Blood, bien que je catégoriserais ces dernières dans « série pour ado, mais pas que », mais également tant d’autres séries teen plus réalistes. Si celles qui marchent actuellement sont liées au genre fantastique, c’est peut-être car lier l’adolescent au surnaturel est payant en terme d’audience. Beaucoup d’entre elles sont issues de la littérature adolescente à succès, le public est donc déjà bien présent et la transposition à la télévision ne constitue pas un gros risque.

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The Vampire Diaries, non ce n’est pas du rouge à lèvres

Marion : Avec ces histoires fantastiques, on pénètre dans un monde qui n’est pas le nôtre, mais auquel on aimerait appartenir car tout ce qui est légendaire fait rêver. Et parfois on préfère voyager et rêver un peu. Surtout que la plupart des ados dans ce genre de séries/livres, ont un don. On se dit, pourquoi pas moi ? Sans faire une étude de Buffy et des différentes métaphores que représentent les monstres par exemple, on peut dire qu’au final on y retrouve le contexte des premiers chagrins d’amour, de la quête d’identité, des conflits familiaux. Les questions de fond restent les mêmes : vais-je réussir à m’intégrer ? Sur qui peut-on compter ? Le genre fantastique c’est du bonus, une manière de faire passer la pilule à cette période de la vie pas toujours facile.

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Buffy, sans les vampires

 

Regardons-nous ces séries parce que l’on est nostalgique, ou au contraire parce que l’on possède désormais le recul qui nous manquait à cette période de la vie souvent associée à des souvenirs douloureux ou à des moments inconfortables ?

Laura : Tout dépend du contexte de visionnage mais généralement, nous ne regardons pas des séries avec un regard analytique. Quand j’ai écrit mon mémoire j’ai dû regarder plus d’une centaine de séries pour ados et là, oui je prenais le recul nécessaire pour réfléchir au rite de passage que représente l’adolescence. Le reste du temps, j’ai simplement envie de me changer les idées avec des histoires plutôt rigolotes et/ou intrigantes. J’avoue aussi que j’ai un petit penchant pour ce type de séries car elles me rappellent de bons souvenirs de mon bout de vie aux Etats-Unis. Et puis le lycée ce n’est jamais aussi difficile et humiliant que dans les séries.

Maeva : Je regarde une série d’abord par curiosité. Je ne suis pas de nature nostalgique donc ça ne serait pas une explication valable dans mon cas. Il y a quelques mois j’ai revisionné la première saison de Dawson car j’ai eu une envie pressante de regarder en version originale cette série que j’avais adoré dix ans plus tôt. Verdict ? A 25 ans ce n’est plus aussi bien qu’à 15 ans. J’ai pourtant ressenti les mêmes émotions qu’à mon adolescence, mais de façon différente. Contrairement à Gilmore Girls, que je revisionne des années après, et que j’adore toujours autant, sinon plus. Mais ce n’est pas vraiment un teen show, « it’s a lifestyle ». (Comprendront les fans de la série !). Même si aujourd’hui j’appartiens à la catégorie adulte, ça ne m’empêche pas de regarder le pilot de The Carrie Diaries d’avoir adoré Teen Wolf et Life Unexpected. Je ne cherche pas à retrouver mon âme d’ado ou à me replonger dans cette période par le biais des séries, j’accroche d’abord à ce qui me fait réfléchir, à ce qui m’intrigue et me passionne. Si Bunheads avait eu une saison deux, je l’aurais suivie.

Marion : Les deux mélangés ! A l’époque, je me laissais conter une histoire, tout simplement. Je suivais un scénario qui me plaisait et qui attisait ma curiosité. Le fait d’être déjà passée par la case adolescence, fait que, forcément, je compare, j’imagine comment ça aurait pu se passer si j’avais été dans cette situation. L’adolescence est vraiment un des thèmes qui me passionnent le plus à la télévision, mais pour combien de temps encore ?

La popularité des séries pour ado en France est-elle liée au facteur « choc des cultures » ? Par exemple pour les séries U.S, pourquoi est-ce que le bal de promo, une tradition très américaine, est-il toujours le point culminant de ces séries ?

Laura : Je ne pense pas que leur popularité s’explique par un « choc de cultures », je crois que ce succès est en partie dû à une grande curiosité, voire une fascination, qu’on les Français pour les Américains. On se moque de toutes leurs traditions, mais secrètement nous en rêvons. Si le bal de promo paraît ridicule, aux Etats-Unis, il s’agit d’une réelle institution. C’est un rite de passage, au même titre que le mariage. Cet événement est très codifié et extrêmement hétéro-normé. C’est d’ailleurs grâce aux séries, qui ont été les premières à montrer les limites d’un tel rituel, que les choses ont évolué et que les homosexuels comme les transgenres ont le droit de profiter de leur bal de promo. Tout le monde se souvient de l’épisode de Dawson où Jack McPhee se voit refuser l’entrée car il souhaite se rendre au bal avec son petit ami.

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L’anti-bal de promo version Dawson

Maeva : La popularité des séries pour ados en France s’explique surtout parce que les grandes chaînes nationales (en clair) ne leur proposent pas forcément autre chose, même si dorénavant tous les ados regardent sans doute leurs séries autrement qu’à la télévision. « Le choc des cultures » s’amenuise de plus en plus parce qu’en France, on commence à être coutumier de toutes ces traditions américaines, les séries les intégrant quasiment systématiquement avec des épisodes dédiés : Halloween, Thanksgiving, le bal de promo, springbreak etc.

Marion : Pour commencer, la télévision française ne nous propose quasiment que des séries américaines. Je me souviens d’une série française d’adolescents que j’aimais beaucoup qui s’intitulait La Vie devant nous et de la série Un, dos, tres à ses débuts. D’autre part, comme le dit très bien Laura, les Français ont une fascination pour les Américains. Enfin, surtout les jeunes. Etre ado aux U.S ça a l’air plus cool qu’en France. Ça nous fait rêver c’est certain ! Le bal de promo est évoqué dès le début d’une série, à travers les petits copains, les questions de popularité et de réputation. En plus, il marque la fin d’une époque, l’entrée dans la vie d’adulte. C’est une autre mentalité, mais cette vision là de l’adolescence est plus fun. On a envie d’y croire, même si une fois l’épisode terminé, on se rend compte qu’on n’a pas de numéro de casier, qu’il n’y a pas de groupe de pom-pom girls et qu’il n’y aura ni year book ni bal de promo à la fin de l’année.

Quelles séries pour ado récentes conseilleriez-vous à l’adolescente que vous étiez, et pourquoi ?

Maeva : Ah ! Très bonne question… Sans m’épancher sur l’adolescente que j’étais je crois que pour rien au monde je ne changerais tout ce que j’ai regardé. Gilmore Girls reste ma série fétiche, je la conseillerais à mon moi d’il y a dix ans, en connaissant mon moi, d’aujourd’hui et en espérant que mon moi d’avant finisse comme mon moi de maintenant !

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Les gossip girls de Gossip Girls

Marion : Aucune ! Celles de l’époque me convenaient très bien. Je trouve même les anciennes séries, en majorité, plus intéressantes que les nouvelles. Non, vraiment, Buffy contre les vampires, est MA série. Même si j’ai adoré suivre Gossip Girl ou The Secret Circle, et même si je ne rate pas un épisode de The Carrie Diaries ou Reign. Je pense que la question se reposera dans quelques années, si de nouvelles séries se développent et qu’elles marquent un tournant dans l’histoire des séries ados, mais en attendant je n’en trouve pas.

Laura : J’ai un gros coup de cœur pour la série Awkward. Je la trouve plutôt réaliste et le personnage de Jenna parle à l’ado que j’étais. Je nous trouve beaucoup de points communs, l’écriture notamment… Je suis même le personnage sur Twitter. Pas le droit de se moquer !

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Awkward, c’est le cas de le dire

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