Semaine d’un sériephile (34) : assortiment de mini-séries

Problème de sériephile n°1 : le temps pour gérer des séries qui s’accumulent avec une frénésie de plus en plus rapprochée (il m’arrive de penser aux sériephiles des décennies futures avec solidarité). Deux solutions : la panique et l’arrêt complet de visionnage sériel en mode “à mort le système” ou une organisation stalinienne de l’emploi du temps : planning en ligne, fichiers Excel, gdocs, ça parle aux plus maniaques d’entre nous ? Pour moi c’est simple, les sirènes de la mini-série, j’y ai succombé depuis longtemps : ces histoires de 3 à 6 épisodes en moyenne sont une réelle économie de temps mais aussi d’investissement sentimental dans un univers fictionnel parfois envahissant. Je radote, mais encore une fois ce sont les Anglais qui maîtrisent le mieux ce format. Honneur donc à l’Angleterre avec cette petite sélection où se cache un intrus américain.

Jamaica Inn, lande et brouillard

Sur le papier, Jamaica Inn a tout pour plaire. Inspirée d’un lieu réel, la Taverne de la Jamaïque, située au fin fond de la Cornouailles, existe encore et fut connue pendant tout le XIXe siècle pour être une plaque tournante de la contrebande. Perdue dans les landes et difficile d’accès, la taverne est également connue pour être un des endroits les plus hantés de Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs cette ambiance si particulière qui a inspiré Daphné du Maurier pour l’écriture de son roman, chef d’œuvre gothique, en 1936, ainsi que le film d’Alfred Hitchcock sorti en 1939.

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L’histoire est celle de Mary Yellan, une jeune orpheline à la tête dure qui décide, après la mort de sa mère, de rejoindre la seule famille qui lui reste, sa tante Patience, patronne de l’auberge de la Jamaïque. Pleine d’idéaux et de principes mais pas naïve pour un sou, Mary découvre vite que l’Auberge n’a d’auberge que le nom et que son inquiétant oncle est un des protagonistes principaux d’un trafic macabre fait de contrebandes et de meurtres. Restons flous car le suspense ne dure pas bien longtemps dans cette adaptation de la BBC.

Jamaica Inn est visuellement sublime : on se laisse vite happer par la brume omniprésente de cet endroit hors du temps où l’on a peine à croire que des gens puissent (sur)vivre. En revanche, l’ambiance mystérieuse proche du fantastique du film et du roman est complètement absente et l’histoire est narrée de manière très classique. Ce n’est pas une série romantique, ni un drame social, ni un thriller. Au final, on ressent une certaine frustration : Jamaica Inn est un conte au genre bâtard dont l’intrigue s’épuise assez vite tant le suspense et le mystère sont complètement déconstruits.

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Il reste des acteurs que j’apprécie énormément : Sean Harris (The Borgias, Prometheus, Southcliffe), Joanne Whalley (The Borgias), Matthew McNulty (Misfits, The Mill) et Jessica Bronn Findley (Downton Abbey, Black Mirror) dont je trouve la beauté fascinante. J’ai eu également plaisir à voir une série en costumes débarrassée de tous ses oripeaux à l’eau de rose et l’on ne tombe pas non plus dans le conte miséreux d’une Cosette façon Jane Eyre ou The Mill. Avec Jamaica Inn, on est en plein dans l’histoire noire avec une héroïne moderne et violente. C’est dur, moche, cruel et sans pitié comme un western en pleine Cornouailles. Et ce n’est pas Jessica Brown Findley dans un manteau trop grand, tel un sosie de Hailee Steinfeld (True Grit), qui va m’empêcher de penser ça.

Klondike, un gold digger en Alaska

Klondike, c’est l’histoire de deux braves jeunots, Bill et Epstein. Bourrés d’ambition et d’espoir mais n’ayant pas un sou en poche, ils décident après leur diplôme de partir à l’aventure plutôt que de mener une vie plan-plan derrière un bureau. Mais s’ils sont pleins d’envie, ils sont aussi très inexpérimentés et on imagine mal les deux moineaux survivre à l’objectif qu’ils se donnent : bâtir une fortune en Alaska en devenant chercheurs d’or dans le Klondike (territoire du Yukon, Canada). Évidemment, l’un est spontané et impulsif, l’autre réfléchi et a un peu plus de plomb dans la tête (on reconnaît bien là Richard Madden alias Robb Stark qui réfléchissait déjà beaucoup du temps où il était encore roi).

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Dès les premières images, Klondike envoie du lourd : après un message d’avertissement sur le contenu choquant annoncé d’une voix de Walker Texas Ranger (annonce par ailleurs proprement mensongère vu la faible teneur en sexe de cette série), on nous plonge direct dans la poudreuse d’Alaska en 1897. Une rangée de pauvres bougres est en train de faire l’ascension d’une montagne… avant de se faire engloutir approximativement deux secondes plus tard par une avalanche. La vie des sauvageons de Game of Thrones, à côté c’est le Club Med.

Je vous le dis tout de go, ça ne donne pas très envie de passer des vacances en Alaska mais malgré l’approximation des décors numériques, Klondike est impressionnante et offre un très bon divertissement. La qualité de la reconstitution est réelle car on évite l’écueil d’un décor trop glamour, ou à l’inverse trop apocalyptique pour être vrai. Klondike est dans le juste, voire trop modeste, et même si le grain de l’image fait un peu trop penser à un docu-fiction de France 3, on s’en fout. C’est plein de bonne volonté, alors félicitons Discovery Channel qui se lançait dans sa première fiction.

Un bémol : les personnages sont très stéréotypés et ne permettent pas à la série de sortir du lot. On a tout de même une flopée de bons acteurs : Ian Hart, Abbie Cornish, Augustus Prew et Richard Madden mais aussi attention Tim Roth et SAM SHEPARD ! Ajoutez à cela qu’un des personnages récurrent est Jack London que l’on voit tout au long des 3 épisodes d’1h30 annoter ce qui sera la matière de ses romans. Avec un chien-loup, évidemment.

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Les ingrédients de Klondike sont : un peu de Titanic, un soupçon de Balto chien-loup, le tout saupoudré de Deadwood. Cela donne un très bon concentré d’aventures et d’histoire “inspirée de faits réels”. Klondike n’a pas la subtilité de Deadwood (ni de Balto chien-loup !), mais cette mini-série du Nord se laisse regarder. Et bonus, on a évidemment droit à une petite réflexion écologique sur la dévastation de l’Alaska pour le pétrole, débat ô combien d’actualité.

Hit & Miss, la tueuse à gage transgenre

En mode rattrapage, je vous propose enfin Hit & Miss, mini-série que j’avais envie de découvrir depuis très longtemps, grande fan de Chloé Sévigny que je suis. Hit & Miss est une production qui attire l’attention rien qu’avec son synopsis : Mia, tueuse à gage, est une transexuelle. Sa vie monotone bascule le jour où son ancienne petite-amie décède après lui avoir révélé l’existence d’un fils de 9 ans engendré quand Mia était encore un homme. Cette dernière, dont l’envie d’avoir des enfants est de plus en plus forte, se démène pour s’occuper de son fils et des autres enfants de son ex. Mais ses activités sont difficilement conciliables avec le rôle de mère qu’elle s’impose.

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Bizarrement, la série en elle-même est beaucoup moins barrée que son concept initial, et c’est un portrait très juste que Hit & Miss nous propose en exposant sans voyeurisme le flou de l’identité sexuelle et du genre au travers de multiples points de vue. Mia est l’héroïne de la série mais l’on s’intéresse tour à tour à son fils, qui découvre qu’il a un père et que ce père est devenu une nouvelle mère, ainsi que les autres enfants de l’ex de Mia. Notamment Riley, la fille aînée, obligée de s’occuper de ses nombreux frères et sœurs alors qu’elle est encore une ado et qu’un voisin plus âgé abuse de son innocence.

Hit & Miss est une série sur le traumatisme. De la contrainte du genre : la vie sexuelle de Mia est fortement marquée par les abus et humiliations qu’elle a subis enfant, le refus de sa famille d’accepter son évolution, et celui mêlé de désir et de curiosité des hommes face à une transgenre. Mais c’est également une série sur le deuil et l’acceptation. Aussi douloureuse et déstabilisante que soit la mort de la mère, c’est une nouvelle chance pour Mia d’être acceptée dans une famille et elle s’y accroche plus que tout malgré un boss qui voit ses instincts maternels d’un très mauvais œil. Les deux mondes de Mia finiront évidemment par se percuter et Hit & Miss mêle habilement le drame au thriller.

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Visuellement impeccable, alternant des sombres décors urbains à des scènes de campagne folkloriques, Hit & Miss est une série terriblement hipster ponctuée par les tenues de Chloé Sévigny toutes plus classes et rétro les unes que les autres. Mais si le vernis a son importance, c’est pour mieux souligner le propos de la série : au début, Mia ne vit que pour les apparences avant d’accepter à la fois sa différence mais aussi le fait qu’elle est une femme, dans sa tête et dans son corps, et qu’elle n’a plus besoin de le prouver aux autres. Sa rencontre avec Riley, cette jeune fille victime de son corps de femme, est magnifique et touchante. Hit & Miss n’est jamais froide, ni trop mélo. C’est une série à voir absolument.

5 réponses à “Semaine d’un sériephile (34) : assortiment de mini-séries

  1. Merci Clara, je n’avais pas réussi à accrocher à Hit&Miss mais je vais faire une 2e tentative suite à ton article, ne serait-ce que pour son côté « terriblement hipster ponctué par les tenues de Chloé Sévigny toutes plus classes et rétro les unes que les autres. » :)

  2. Hit & Miss est un bijou. Bravo Clara pour ce beau texte !
    Par contre, je ne suis pas au fait des dernières news, mais il était question d’une saison 2 non ?

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