Kaamelott vs Hero Corp

Narrant respectivement les coulisses bordéliques de la quête du Graal et la lutte d’une bande de Super-Héros éclopés contre des Super-Vilains, Kaamelott et Hero Corp ont pour point commun de désacraliser un univers épique par le biais de l’humour décalé des demi-frères Astier. L’ainé, Alexandre, s’est fait connaitre en lançant Kaamelott sur M6 en 2005 tandis que Simon (acteur récurrent de la série du frangin) signait Hero Corp, diffusé sur Comédie puis France 4 à partir de 2008. Les deux séries réunissent une belle brochette de fans. Mais qui des deux viendra « quicher » ou « piner » la tronche de l’autre et remportera la battle d’août ?

HeroCorp1

Les Bitch Boys

Round 1 : Les meilleurs dialogues

« Le principe de ces séries, c’est que les gens s’énervent tout le temps ? » Telle est la question posée innocemment par mon coloc (oie blanche du comique télévisuel) interpellé par le fond sonore bagarreur de mon marathon KaamelottHero Corp. Je ne l’ai pas détrompé. Car l’humour Astier surfe bel et bien sur l’engueulade permanente. Mais si les deux frères partagent un vrai talent de dialoguiste, l’écriture nous semble plus aiguisée chez l’ainé. Usant volontiers d’un langage fleuri (« enculé », « vieille pute dégarnie » ou « ptite bite »), Alexandre Astier associe l’emploi de termes orduriers avec un langage plus soutenu, un vouvoiement systématique, des tournures et expressions musicales et originales. Si elle réserve lot de répliques inattendues et bien senties, Hero Corp est plus monolithique dans son dialecte et l’emploi de l’argot plus premier degré. Aussi ses joutes verbales n’ont-elles pas la saveur de celles de Kaamelott et tournent plus rapidement court.

Round1

« Dès qu’il y a du dessert, le repas est tout de suite plus chaleureux »

Vainqueur : La richesse du vocabulaire de Kaamelott est immense. En témoigne l’étendu du champ lexical de la bouffe (« singe », « jaja », « frichti »…) ou du vin de table (« rouquin », « pricrate », « pinard », « jus de pied »…) Mine de rien, la langue française lui dit merci.

Kaamelott 1 – Hero Corp 0

Round 2 : Le meilleur héros

Chargés de mener les chevaliers de Kaamelott jusqu’au Graal ou les membres d’Hero Corp à la victoire contre les Super-Vilains, le roi Arthur et John sont deux figures messianiques choisies par des forces supérieures pour fédérer un collectif mais galérant copieusement pour maîtriser leur destinée ou leur pouvoir. Les frères Astier se sont taillés la part du lion en endossant eux-mêmes le rôle de big boss de leurs séries respectives. Alexandre Astier s’est créé un Arthur particulièrement chiadé. Blasé par la débilité ou la fourberie de ses hommes, il envoie volontiers bouler son monde tout en faisant preuve d’un sens aigu de la justice, d’une vraie éthique du partage et d’une intelligence surplombante. Cette position avantagée est à la fois un ressort comique (Arthur maîtrise parfaitement le langage contrairement à certains de ses hommes qui ne comprennent pas toujours ce qu’il raconte) et permet à la série de prendre un passionnant virage dramatique à partir de la saison 4, emmené par la désillusion progressive du roi face à l’échec de ses troupes. Le personnage de John, campé par Simon Astier, comporte moins d’enjeux. Engagé dans un combat assez manichéen et caricatural entre le bien et le mal, il est souvent le joujou un brin passif des forces surnaturelles.

Astier

Mec dans le vent

Vainqueur : Astier l’ainé a su faire de son Arthur un personnage aussi drôlatique que tragique. On ne peut que s’incliner devant le roi.

Kaamelott 2 – Hero Corp 0

Round 3 : Les meilleurs personnages secondaires

Kaamelott et Hero Corp rassemblent une belle bande de bras-cassés dont la hauteur de la mission est souvent inversement proportionnelle aux capacités intellectuelles. S’ils sont particulièrement attachants dans Kaamelott (mention spéciale pour Perceval, le débile-surdoué hyper fidèle à son roi) ils bénéficient de super pouvoirs à l’absurdité hilarante dans Hero Corp. On posera en (gros) bémol l’insupportable personnage de Jennifer, la dulcinée de John, qui rassemble tous les clichés de la « copine chiante », dépendante, inconséquente, autocentrée et sans autre objectif personnel que celui de prendre la tête à son mec. Elle se transforme d’épisode en épisode en un véritable boulet, qui à défaut de faire avancer l’intrigue, la ferait reculer. Mis en regard avec la belle évolution du personnage de Guenièvre, épouse malaimée d’Arthur dont la finesse émergeant de l’idiotie va peu à peu révéler les failles du roi, on n’a qu’une envie : la dégager.

round3

John et Jennifer, autre exemple de couple dysfonctionnel

Vainqueur : Avantage pour Kaamelott une fois encore. Se multipliant comme des petits pains, les personnages d’Hero Corp se noient peu à peu dans des intrigues parfois inabouties ou contradictoires.

Kaamelott 3 – Hero Corp 0

Round 4 : La meilleure réalisation

Créateurs, scénaristes (coscénariste pour Simon Astier), dialoguistes, et acteurs principaux de leurs séries… les frères Astier en sont également les réalisateurs. Dans Kaamelott, qui boxe dans la catégorie théâtre filmé et plans fixes, l’action est majoritairement reléguée en hors-champ. Jusqu’aux deux dernières saisons. La narration y devient chronologique, le format s’agrandit, et la caméra se met véritablement en mouvement, ce qui n’est pas selon nous, sans ratés : ralentis dramatiques excessifs, musique invasive (mention spéciale pour les dernières séquences des saisons 5 et 6).… cohabitent en mauvaise entente avec des scènes de dialogue sobres et puissantes. Le statut d’homme-orchestre d’Alexandre Astier qui assure à la série son intégrité trouve peut-être ici une limite.

HCSF

Une victoire au bout du tunnel

Vainqueur : Malgré le minuscule budget d’Hero Corp, les scènes d’actions et les effets spéciaux sont tout à fait corrects ce qui donne –enfin- la victoire à la série de Simon Astier.

Kaamelott 3 – Hero Corp 1

Vainqueur final : Kaamelott

Voila un paquet d’années que Kaamelott s’est assuré une place de choix dans notre cœur pour son écriture hilarante et profonde. Pas de bol pour nous, la suite de la légende arthurienne, censée prendre la forme d’une trilogie ciné et un spinoff, se fait attendre depuis 2009 (!) pour une sombre histoire de conflit entre Alexandre Astier et CALT Productions. On patientera en regardant la saison 4 d’Hero Corp, qui sera diffusée à l’automne sur France 4. Parce qu’on l’aime bien Simon Astier. Regardez Off prime, d’ailleurs, ça déboite !

En bonus, pour les néophytes, une vidéo pour saisir la profondeur des théories philosophiques Kaamelotto-Astiérienne :

5 réponses à “Kaamelott vs Hero Corp

  1. Comparer un programme court à une série, quelle drôle d’idée, à moins que les frères soient l’objet de la comparaison ?
    Hero Corp n’avait aucune chance dans votre « analyse », c’est bien dommage.

  2. Complètement stupide de comparer les deux séries… On peut simplement dire que ce sont les deux seules séries françaises (hors séries policières où quelques uns sont pas mal) qui surnagent. Largement. Mais vouloir les comparer, c’est aberrant.

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