Semaine d’un sériephile (54) : Plongée dans l’animation US

Chez Séries Chéries, nous essayons dans la mesure du possible de parler de tous les genres de séries. Du drame psychologique à la série horrifique, chacune mérite son coup d’œil ou sa critique acérée. Pourtant, mea culpa, voilà un petit moment que nous n’avions pas parlé de séries d’animation. Qu’à cela ne tienne, ces dernières semaines je me suis (re)plongé dans trois séries américaines qui prouvent que, lorsque l’on parle d’humour animé, on aurait bien tort de s’arrêter juste aux doyens confirmés que sont aujourd’hui Les Simpsons ou South Park. Au menu du jour, trois séries piquantes, irrévérencieuses mais aussi extrêmement différentes, The Boondocks, Archer et Bob’s Burgers.

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Ne t’énerve pas Archer, promis cette fois on parle de toi !

The Boondocks : Don’t f**k with Martin Luther King !

Vous aimez l’humour familial et bon enfant ? L’esprit de famille et les bons sentiments ? Alors circulez, y a rien à voir ! La série a beau avoir pour personnages principaux deux enfants et leur grand-père, toute ressemblance avec une série familiale s’arrête là. Si vous cherchez le Cosby Show, manque de chance, vous allez être déçus.

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Famille au bord de la crise de nerf ? Non juste la famille Freeman.

La cellule familiale traditionnelle en prend un coup avec les Boondocks. La série nous raconte la vie quotidienne de deux enfants, Huey et Riley Freeman vivant avec leur grand-père Robert. Qu’est-il advenu des parents des enfants ? On ne sait pas et de toute façon on s’en fiche un peu. La famille sert surtout de prétexte et de point de départ. Ce sont avant tout le voisinage ou l’actualité qui viennent chambouler l’existence des personnages pour, le plus souvent, les pousser à se mobiliser dans les missions les plus absurdes. Une chose est sûre, on ne peut pas reprocher à cette série d’être monotone ou répétitive, car tout est possible dans The Boondocks. Réconforter un rappeur gangsta qui vient de se faire tirer dessus ? Mais bien sûr voyons ! Aider un Martin Luther King revenu d’entre les morts à organiser son retour en politique ? Rien de plus normal. Attendez-vous à tout et surtout aux moments les plus improbables.

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Martin Luther King comparé à Ben Laden ? Dans les Boondocks, c’est possible.

La série d’Aaron McGruber ne part pas pour autant dans tous les sens. Quelle que soit la forme que prennent les épisodes, The Boondocks ne cesse de revenir à son sujet de prédilection : l’identité afro-américaine. Huey et Riley semblent en représenter deux visages totalement opposés. Riley a beau avoir 8 ans, il est déjà totalement immergé dans l’imaginaire gangsta rap avec tout ce que cela représente d’idéal viril, de flingues et de look bling bling. Au contraire, Huey est un enfant très mature, engagé dans un combat pour la reconnaissance d’une identité black au-delà de tous les stéréotypes et militant activement pour l’égalité entre blancs et noirs. Ça pourrait être un conte, une fable intitulée « le gangsta et l’intellectuel », c’est en tout cas ce qui fait la force de la série. En croisant des points de vue radicalement différents, ce sont tous les clichés existant autour de la culture afro-américaine qui en prennent pour leur grade. Aucun sujet n’est tabou. Racisme et culte du gangsta rap sont renvoyés dans les cordes à grands coups d’humour noir et d’ironie acide bien mordants.

On peut légitimement se demander si la série peut nous intéresser lorsque l’on n’est pas franchement concernés par la question de l’identité black. Est-ce que l’on peut être sensible à l’humour malgré tout ? Je serais tenté de répondre oui, parce que cette série va bien au-delà de ce sujet. Ce sont toutes les hypocrisies et les défauts de la société occidentale qui font l’objet de critiques de la part des Boondocks. Les médias en particulier sont une cible régulière de la série. Le culte des apparences et de la célébrité ainsi que le renforcement des clichés valorisés par une certaine télévision fait régulièrement l’objet de la satire des Boondocks. Peu importe qui l’on est, on ne peut qu’être sensible à l’intelligence de cette série. South Park n’a pas le monopole de l’ironie, et la qualité d’écriture de The Boondocks inscrit assurément cette série dans le haut du panier des séries satiriques.

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On peut avoir 10 ans et être un militant un peu radical. On ne plaisante pas avec Huey !

Qu’en est-il du style ? Ce serait dommage de parler d’animation sans évoquer les partis pris graphiques du créateur de cette série. La première chose que l’on remarque, ce sont les influences mangas d’Aaron McGruber. On sent tout de suite une filiation avec des séries d’animation comme Samurai Champloo ou Cowboy Bebop. Cela se voit non seulement dans les traits des personnages mais aussi dans l’animation. Une simple bagarre de bar prend bien souvent des airs de combat d’arts martiaux épique. La série se démarque radicalement de la plupart de ses homologues américains grâce à ces choix. Tant mieux, cette patte si particulière donne une vraie élégance à la série, on aurait bien tort de s’en plaindre.

Originale, maline et souvent très bien écrite, The Boondocks parvient à être drôle sans tomber dans la facilité. A recommander à tous les amateurs de satires intelligentes et totalement décomplexées.

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Légère influence des films d’action asiatique non ?

Archer : L’homme à l’ego d’or.

Vous êtes fans de James Bond et vous êtes toujours demandés ce que l’agent 007 faisait entre chaque mission ? Vous êtes nostalgiques d’Austin Powers et d’OSS 117 ? Alors vous pourriez bien être amateurs de Sterling Archer, un agent secret pas tout à fait comme les autres.

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Grosse mission en perspective pour l’agent Archer.

Ce n’est pas que Sterling soit un mauvais espion. Au contraire, il semble même avoir un don naturel pour combattre le terrorisme sans même s’en apercevoir. Le problème est que Sterling Archer est un salaud. Egoïste, prétentieux, borné, méprisant, l’agent Archer cumule les défauts jusqu’à en faire le plus insupportable de tous les sales types. Et encore, s’il n’y avait que lui ! Ses collègues accumulent aussi des traits de caractères disons très « personnels », pour le meilleur comme pour le pire. De la secrétaire nymphomane à la propre mère d’Archer, chef de l’agence d’espionnage ISIS et alcoolique égocentrique, il y en a pour tous les goûts.

Il faut dire avant toute chose qu’Archer n’est pas vraiment une série d’espionnage traditionnelle. Dans cette série les missions surviennent presque par accident et ne sont quasiment jamais au cœur de l’intrigue. Le vrai sujet, ce sont les à-côtés, la vie de bureau qui précède chaque mission. Au lieu de montrer l’affrontement dantesque entre Archer et un espion russe, la série passera infiniment plus de  temps à nous montrer les prises de bec entre le comptable et la responsable des ressources humaines. Question originalité, le pari est assez réussi : on aura rarement vu le monde de l’espionnage comme ça. Archer se définit comme une sorte de mélange improbable entre James Bond et Parks & Recreation avec même une pointe de The Office. Ce principe prend totalement à contre-pied tout l’imaginaire traditionnellement associé à l’espionnage. Au lieu de se retrouver avec des sauveurs du monde respectables et admirables, on se retrouve avec des imbéciles autocentrés. L’image du héros sans peur et sans reproche en prend un sacré coup.

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Une belle équipe de vainqueurs.

C’est bien joli de briser des mythes mais est-ce que cette série parvient à faire rire ? Je crois honnêtement qu’avec Archer, ça passe ou ça casse. La série ne se prend jamais au sérieux et ça se voit. Humour potache et situations déjantées s’accumulent, avec toujours cette recherche du bon mot ou du quiproquo idiot. Le problème est que la série a tendance à user et abuser de certaines situations, voire même à jouer le jeu des répliques bas de plafond. Je n’ai rien contre dans l’absolu, mais à la quinzième blague sur la relation ambiguë entre Archer et sa mère, personnellement je décroche. Cette série ne s’embarrasse de toute façon d’aucun filtre. Elle ose tout, y compris le plus grand n’importe quoi. Tout est tellement amplifié jusqu’à la caricature, du côté des personnages comme dans les situations, que l’on ne peut pas rester indifférent. Personnellement il m’a manqué un peu plus de fond pour vraiment entrer dans l’univers de cette série. Des personnages horribles et hystériques pourquoi pas, mais à ce moment-là donnez-nous quelque chose à quoi nous raccrocher. La série prend plus d’ampleur avec le temps et parvient à se diversifier mais l’humour si particulier ne passera définitivement pas avec tout le monde.

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Un humour fin et subtil. Ou pas ?

Graphiquement il n’y a par contre pas grand-chose à redire. L’univers graphique de la série colle totalement à son sujet. Pas de déformation ou de stylisation enfantine, les personnages d’Archer sont très proches de proportions réelles. Ce qui donne toute sa personnalité à cette série c’est le traitement très pop art de ses personnages comme des décors. Chaque objet, chaque silhouette est délimitée par un épais trait noir qui nous donne l’impression d’être plongé dans une bande dessinée signée Andy Warhol. Pour un récit qui rend hommage aux films d’espionnage des sixties l’impression est totalement réussie.

Si je n’ai pas été complètement séduit par Archer je ne peux tout de même que la conseiller aux amateurs de récits d’espionnage et aux adeptes de l’humour de sale gosse à la South Park. Si vous réunissez ces deux conditions, nul doute que vous pourriez bien être charmés par cet univers complètement barré.

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Une ode aux années 60, 70 voire même 80.

Bob’s Burgers : Ma petite entreprise connait pas la crise.

Lorsque l’on parle de série d’animation drôle et familiale, forcément on pense immédiatement aux Simpsons. Difficile de chasser sur le terrain du maître incontesté de l’ironie bon enfant. Et pourtant, un petit restaurant de rien du tout et ses occupants déjantés pourraient bien changer la donne. Vainqueur des derniers Emmy Awards catégorie animation, Bob’s Burgers s’affirme depuis quelques années comme l’outsider, le concurrent numéro 1 de la famille jaune. La relève serait-elle enfin arrivée ?

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Une famille pas tout à fait comme les autres.

Le point de départ de Bob’s Burgers est on ne peut plus simple : une famille tout à fait banale, deux parents et leurs trois enfants vivent et travaillent ensemble. Leurs journées sont rythmées par l’activité du petit burger familial que le père -Bob- tente péniblement de faire fonctionner. Bob et Linda ont déjà fort à faire avec le restaurant mais il leur faut en plus gérer leurs trois enfants, turbulents et pour le moins « décalés », Tina, Gene et Louise. Pas d’aventures à travers le monde, pas de planète à sauver, juste une famille normale avec ses petits tracas et ses sautes d’humeur. C’est simple mais c’était aussi à peu de détails près le synopsis de départ des Simpsons, preuve s’il en est que le concept est efficace et peut donner lieu à toutes les aventures possibles et imaginables. Il ne faudrait pas pour autant prendre Bob’s Burgers pour une simple copie de son ainée. Là où la famille de Springfield multiplie aujourd’hui les escapades à travers le monde pour renouveler ses intrigues, la famille de Bob réinvente l’image de la famille traditionnelle avec une fantaisie nouvelle et un grain de folie tout à fait personnel.

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Une famille unie autour d’un comptoir. C’est beau.

L’originalité de cette série tient sans doute dans son ton et son humour tout en décalage et en absurdités. La famille Belcher n’est pas folle, elle n’est pas déjantée, elle vit tout simplement selon sa propre logique. Prenez pour exemple l’un des premiers épisodes, quand les parents de Linda doivent venir passer un week-end dans la famille pour voir leurs petits-enfants. Problème : Bob ne peut plus supporter sa belle-mère. La solution ? Se cacher en vivant dans le mur de sa maison. Rien de plus normal voyons ! C’est absurde et évidemment tout ça tourne mal, mais c’est aussi très drôle. Ce n’est qu’un petit exemple mais c’est assez représentatif de l’une des grandes forces de la série, se servir du quotidien comme d’une source d’inspiration pour mieux transformer chaque moment à priori banal en une joyeuse fantaisie. On parle très souvent dans cette série de problèmes du quotidien, des petits riens et des petites angoisses qui peuvent nous pourrir la vie mais que les actions loufoques et décalées de la famille Belcher vont totalement transformer. Pourquoi rester dans la morosité quand chaque contrariété peut se transformer en moment burlesque ? Voilà quelle pourrait être la devise de la famille Belcher et franchement on en redemande.

bob wall

Another brick in the wall ?

Attention, il ne faudrait pas croire non plus que l’on est dans le monde des bisounours. La série reste avant tout une satire de la famille américaine. On retrouve d’ailleurs un ton pince-sans-rire et une certaine nonchalance qui ne sont pas sans rappeler une série animée devenue mythique, Daria. Les personnages de Bob’s Burgers semblent partager avec la lycéenne la plus marginale des Etats-Unis le même regard distancié face au monde et ce côté désabusé qui nous avait tant séduits. Lorsque l’on combine ça à la joyeuse folie qui anime la famille Belcher, rien de surprenant à ce que Bob’s Burgers parvienne sans mal à plaire.

L’univers visuel est sans doute moins puissant ou moins séduisant que ceux de The Boondocks ou même d’Archer mais il convient tout à fait à cette série. Ce qui compte avant tout, c’est la qualité de l’écriture et le burlesque des situations. Amateurs d’effets visuels et de prouesses graphiques vous pouvez passer votre chemin, mais vous auriez bien tort.

Une seule question reste en suspens : quand cette série arrivera-t-elle sur les écrans français et surtout pourquoi n’y est-elle pas déjà ?! J’espère vivement que cette injustice sera rapidement réparée.

bobsburgers petition

Ne nous regardez pas comme ça, puisqu’on vous dit qu’on vous aime les Belcher !

Retrouvez ce billet dans la sélection hebdomadaire Séries Mania

2 réponses à “Semaine d’un sériephile (54) : Plongée dans l’animation US

  1. Ne vous laissez pas abattre par la longueur de cet article riche en informations ! Pour quelqu’un qui ne regarde jamais de séries d’animation, Serge m’a transporté dans ce petit monde. Ce n’est pas dit que je devienne fan du genre mais cet article est vraiment agréable à lire, en tant que novice on y trouve tout ce dont on a besoin pour appréhender ce type de programmes. J’en redemande !

  2. Excellent Serge!
    Merci pour cet article qui m’a permis notamment de retrouver « The Boondooks » que j’avais oubliée!
    « Archer » est dingue, mais a le mérite de proposer un nouveau cocktail. (Je n’ai pas encore vue beaucoup d’épisodes, je ne peux pas encore trop en juger)
    Et pour ce qui est de « Bob’s Burgers », rien à dire, c’est pour moi LA série du moment!

    J’en profite pour saluer le jeu de H. Jon Benjamin qui interprète Bob et Archer. Ces deux personnages aux caractères totalement étrangers l’un de l’autres, sont tout aussi drôle, chacun à leur manière. Sans changer le ton de sa voix, H. Jon Benjamin, parviens complètement à me faire oublier l’un quand je regarde l’autre.

    Prochain dessin animé à découvrir: « Bojack Horseman » commencé en Aoûte sur Netflix. ça sent encore le bon gros délire ;)

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