Semaine d’un sériephile (56) – Plongée dans l’animation US – Partie 2

Il y a un peu plus d’un mois nous vous avions conviés sur Séries Chéries à la découverte de quelques séries d’animation à voir ou revoir absolument. Bonne nouvelle pour les amateurs du genre, nous étions bien loin d’en faire le tour et il est temps de continuer la séance de rattrapage. Aujourd’hui à l’honneur : les séries Adult Swim.

Si vous êtes amateurs de séries d’animations drôles et déjantées, il y a de fortes chances que le nom d’Adult Swim vous parle. Partageant le même canal que Cartoon Network, AS est une sorte de double maléfique caustique de l’illustre chaine d’animation des Supers nanas et autres Ben 10. Diffusée uniquement le soir, Adult Swim ne déploie sa folie que lorsque les petits dorment à poings fermés et que les grands prennent le pouvoir. Plongeons donc dans le grand bain avec trois séries pas piquées des hannetons qui montrent qu’en matière de folie, Adult Swim s’y entend. Au menu du jour : Mike Tyson Mysteries, Black Dynamite et Rick and Morty.

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Non Adult Swim ce n’est vraiment pas pour les petits enfants.

Mike Tyson Mysteries : Les Mystères à l’Ouest

Vous êtes-vous déjà demandé ce que peut faire un sportif célèbre une fois le temps de la retraite venu ? Commentateur sportif à la manière d’un Bixente Lizarazu ou bien vendeur de piscines comme l’illustre Stéphane Guivarc’h ? Quand on s’appelle Mike Tyson tout ça parait quand même vraiment trop facile. Non, pour une légende il faut une reconversion légendaire. Et si Mike se mettait plutôt à mener des enquêtes en compagnie d’un fantôme de lord anglais et d’un pigeon parlant ?

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Youhou ! Vive la retraite et les tigres volants !

Mike Tyson a raccroché les gants. Jusque-là, rien de plus vrai. Ce que nous ignorions tous, c’est que le cogneur légendaire avait deux passions secrètes, bien cachées durant toutes ces années. L’amour des pigeons et la passion des enquêtes. Comment lier les deux ? En fondant une agence de détective très spéciale ne recevant ses missions que par pigeons voyageurs. Cela vous parait grotesque ? Pourtant, il y a du vrai dans le délire : Tyson est bel et bien colombophile. Qui a dit que les séries comiques ne pouvaient pas être instructives ?

Pour les maniaques de la rationalité, les férus de logique et d’ordre, un petit conseil, laissez tout de suite tomber cette série, ce n’est pas pour vous. Avec Mike Tyson Mysteries on ne s’embarrasse pas de choses aussi futiles. Mener des enquêtes d’accord, mais pas question de faire comme l’enquêteur lambda. Pas de meurtre ou de disparition au programme, non, il faut un peu plus de panache à Tyson et compagnie. Et c’est ainsi que le célèbre cogneur se retrouve à aider un célèbre écrivain à finir son dernier livre, à découvrir pourquoi il est devenu un serial killer d’astronautes ou encore à mener une quête effrénée à la recherche de la réponse à cette importante question : la magie existe-t-elle ? Les mystères sont bien là et ne manquent pas d’inventivité, c’est certain. Seule ombre au tableau, en l’espace de 10 minutes il ne faut pas s’attendre à du True Detective. Passé la surprise du contexte déjanté dans lequel on tombe à chaque épisode, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. De mystères absurdes en réponses folles, on se promène dans un joyeux foutoir sans jamais avoir un vrai fond auquel se raccrocher. Si vous aimez les séries légères qui ne se prennent pas la tête, Mike Tyson Mysteries pourrait vous convenir mais personnellement je suis resté un peu sur ma faim.

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Et alors ? Ça vous défrise de voir un pigeon boire une bière ? On n’a pas le droit à son moment de détente comme tout le monde ?

Cela dit, la série possède un vrai potentiel. Sa force ? Son équipe de bras cassés, assemblage de personnages complètement barrés aux personnalités plus détonantes que jamais. L’équipée sauvage est donc composée de Tyson, de sa fille adoptive, la brillante Yung Hee, du marquis De Queensberry, éminence grise de l’équipe et fantôme de son état, et enfin de Pigeon, un homme transformé en volatile noyant son amertume dans l’alcool. Tous ces personnages n’ont rien en commun et pourtant, étonnamment, ça marche. L’humour nait tout autant des situations que des échanges surréalistes entre les personnages. Assister à une joute verbale entre un pigeon obsédé parlant de masturbation et un fantôme, c’est un plaisir rare. Dommage tout de même que l’on en sache encore très peu sur ces joyeux lurons. Souhaitons que les prochaines saisons permettent à tous de gagner en profondeur.

Si l’on rit dans cette série grâce à ces personnages, on rit aussi beaucoup des situations folles traversées dans chaque épisode. Le ressort classique de la série consiste à mélanger le réel avec les éléments les plus étranges qui soient pour créer un décalage efficace. Si l’on est un tant soit peu amateur d’humour absurde c’est plutôt efficace et diablement réjouissant. Une chose est sûre, avec Mike Tyson Mysteries on ne risque pas de s’ennuyer, les délires les plus déjantés peuvent pleinement s’exprimer.

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Les compagnons de la joie en tournée.

Qu’en est-il de l’animation me direz-vous ? C’est incontestablement l’un des points forts de la série. Avec ses couleurs vives et ses traits très légers, le style graphique s’inscrit clairement dans la lignée des aventures de Scooby-doo. On a parfois l’impression que Sammy et Véra vont débouler au prochain décor. Plus encore que l’hommage au chien farceur, c’est à un genre et une époque entière que Mike Tyson rend hommage. A travers ce parti pris graphique, on pense à Jonny Quest ou à la série animée originale de Batman. Grâce à Tyson, ce sont toutes les séries d’aventures vintage des années 60 – 70 qui reviennent à notre mémoire. Une réussite totale.

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Non mais t’énerve pas Mike, elle est sympa quand même ta série.

Black Dynamite : Don’t mess with the Dynamite b**tch!

Adapter un film en série ce n’est pas banal. A part Stargate ou Highlander, peu ont réussi l’exercice et encore moins à rester dans les mémoires. Pourtant c’est de l’un de ces OVNI dont je vais vous parler maintenant, une adaptation inattendue de l’un des films les plus étonnants de ces dernières années : Black Dynamite.

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Bienvenue dans les années 70 !

A la fin des années 2000, un film échappant à toutes classifications débarquait sur les écrans. Son nom : Black Dynamite. Mélange de comédie déjantée et de film d’arts martiaux, ce film a surtout réussi à ressusciter un genre que l’on croyait oublié à jamais, la blaxploitation. Aah les années 70. Les grosses voitures, le disco, les pattes d’eph. Une époque où les justiciers portaient des manteaux de cuir et tabassaient des proxénètes sur de la musique funk ! Eh oui, plus qu’un courant filmique fait par et pour la communauté afro-américaine, la blaxploitation c’était aussi de l’action et encore de l’action. Le film de 2009 avait fort bien respecté cet esprit en reprenant à la lettre l’imagerie de l’époque. Bonne nouvelle, c’est aussi le cas de la série.

Au-delà de la blaxploitation dont elle reprend les codes, la série est un hommage à tout ce qui a fait les années 70. On croise au fil des épisodes des célébrités tels les Jackson Five, Isaac Hayes ou encore Bob Marley, souvent d’ailleurs dans les rôles les plus improbables. Les références cinématographiques ne manquent pas non plus et peuvent même devenir non seulement des influences mais le principe même des épisodes. Je vous renvoie notamment au début de la saison 2 avec un épisode construit autour des Dents de la mer ou un autre mettant en scène une bataille entre clans à la manière du film The Warriors. C’est toute une culture qui se retrouve ici parodiée pour notre plus grand bonheur. Question inventivité on fait difficilement mieux.

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Même en animation, Bob Marley sait se faire plaisir.

Mais au fait, il se passe quoi dans cette série ? Le principe ne diffère pas beaucoup de celui du film. Le danger rôde et la meilleure façon d’y faire face reste encore et toujours le coup de pied en pleine face. A cet égard nous avons affaire à des spécialistes avec l’équipe de justiciers héros de la série. Black Dynamite lui-même tout d’abord. Défenseur des faibles et des innocents, maniant le kung fu comme personne. Il est le Mâle avec un grand M, l’incarnation vibrante de la virilité. A ses côtés, Cream Corn, aussi préoccupé par l’état de sa mise en plis que par le combat contre le crime, Bullhorn, le bon vivant par excellence aimant la nourriture et les femmes, et enfin Honey Bee, l’atout charme du groupe, aussi séductrice que dangereuse. En bref, une belle bande de personnages hauts en couleur, complémentaires et extrêmement efficaces dès lors qu’il s’agit de s’envoyer les pires vacheries à la tête. Alors oui ils sont construits à partir de stéréotypes, ce n’est pas bien fin mais malgré tout dans cet univers, ça marche et c’est bien là tout ce qui compte.

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Team Dynamite, le funk et le cool en action.

Si l’on parle de finesse, il faut parler de l’humour. Amateur de jeux de mots subtils et de raffinement passez votre chemin, dans Black Dynamite on ne fait pas vraiment dans la demi-mesure. Question répliques c’est rythmé et énergique : on nage dans les bitch, les motherfucker avec une pointe de asshole pour relever le tout. Rien de plus normal finalement, c’est exactement la même chose dans la plupart des films de blaxploitation, c’est la culture du genre. Au-delà de ça, ce qui fait l’originalité de la série, c’est qu’elle ose tout. Faire intervenir des stars du porn au sexe énorme, des requins racistes ou des gangs de transexuelles SM ? Mais bien sûr, allons-y ! L’humour est plus que potache, il est limite gênant. Pour les amateurs d’humour noir et de vannes improbables c’est un vrai feu d’artifice.

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Black Dynamite met les pieds où il veut et c’est souvent dans la gueule. Y compris pour les requins racistes.

Question parti-pris graphiques, on retrouve une certaine parenté avec le style de The Boondocks. Notamment le dynamisme des traits et la vivacité de l’animation de la série d’Aaron McGruber. Les deux séries partagent la même influence du manga japonais, un gage de qualité graphique qui apporte dans les deux cas beaucoup d’élégance à ces séries. Black Dynamite rajoute à cette patte sa propre originalité, avec une palette de couleurs très seventies qui colle parfaitement à son esprit vintage.

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Le style, tu l’as ou tu l’as pas.

Black Dynamite ne plaira peut être pas à tous mais pour les nostalgiques des années 70 et les amateurs d’humour décomplexé, cette série est une vraie petite perle. A recommander à tous ceux recherchant à la fois de l’action, du fun et du funk !

Rick and Morty : Vers le grand n’importe quoi et au-delà !

« Nom de Zeus Marty !« , « Là où nous allons il n’y a pas besoin de route. » Vous vous souvenez de ces répliques ? Retour vers le futur : une trilogie de films mythiques qui font aujourd’hui partie de la culture populaire. Au milieu de ces films, deux héros, Doc Brown et Marty McFly, ont marqué les esprits au point de devenir de véritables icônes. C’était inévitable, il fallait qu’un jour ils soient parodiés. Mais qui aurait imaginé que le récit de science-fiction pour petits et grands serve de source d’inspiration à un récit bien corrosif et pas familial pour deux sous ?

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Qu’est-ce qu’ils ont tous à nous comparer avec McFly et l’autre vieux débris ?

Oubliez Doc et Marty, ici nous avons affaire à Rick et Morty. Toute ressemblance n’est que pure coïncidence bien évidemment. Rick est un génie, un savant brillant ayant renoué depuis peu avec sa famille. Seul petit problème, il est à la fois mégalomane et égocentrique. Se considérant comme un esprit supérieur, il se permet tout et n’importe quoi tant que son intérêt est en jeu. Quant à Morty, son petit-fils, il est probablement l’adolescent le plus malchanceux du monde. Un peu benêt, il est le cobaye idéal pour son savant fou de grand père. Trop bête pour ne pas se faire manipuler, il est le premier voyageur interdimensionnel malgré lui. Décidément les héros ne sont plus ce qu’ils étaient.

Le cœur de Rick and Morty, c’est la science-fiction. Grâce aux inventions de papy Ricky, le concept de la série se renouvelle en permanence. Voyager à travers les dimensions, être réduits à la taille d’un microbe pour naviguer dans le corps humain ou transformer les chiens en êtres supérieurement intelligents, rien n’effraie Rick l’inventeur. La série reprend les codes traditionnels de la science–fiction mais en les agrémentant d’une sérieuse dose d’ironie qui rend tout de suite les explorations futuristes beaucoup plus caustiques.

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Voyage, voyage, plus loin que la nuit et le jour.

On aurait tort de réduire la série à une fresque épique de science-fiction. Rick and Morty c’est un peu plus que ça. A la frontière des Simpsons et de Futurama, la série mélange récit d’aventures et comédie sur la famille. Les relations familiales ont tout autant d’importance que les épopées de papy génie et son idiot de petit fils. Ce ne sont pas les seuls héros du cartoon : le père de Morty, sa mère et sa sœur Summer ont tout autant d’importance. La plupart des épisodes sont d’ailleurs structurés autour d’un aller-retour entre les péripéties inter-univers et les conflits au sein de la cellule familiale. Non seulement le décalage créé est souvent très drôle mais en plus, des deux côtés, la structure familiale en prend pour son grade. Le grand-père fait découvrir la vie à son petit-fils et les réunions familiales ne sont plus ce qu’elles étaient. La famille traditionnelle est morte. Tant pis et tant mieux, une famille de fous c’est encore mieux.

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La famille de l’angoisse.

Les séries Adult Swim sont rarement destinées à un public familial. Rick and Morty n’échappe pas à la règle en particulier quand on considère son humour. Souvent potache, un peu gras et très acide, le rire dans la série ne laisse pas indifférent. On adore ou on déteste mais en tout cas on ne manque jamais d’être surpris. La série ose tout, y compris le mauvais goût le plus assumé. Se servir d’un SDF comme réceptacle à parc d’attractions biologiques puis le faire exploser dans les airs en répandant ses viscères au-dessus du Texas peut constituer l’exemple d’une bonne blague. Oui, c’est n’importe quoi, un peu crade et limite glauque. La série ne se prend jamais au sérieux et ne connait aucune limite.

Visuellement le style est assez conforme à l’humour, il ne fera pas l’unanimité. Qu’importe, il est totalement adapté à l’esprit de la série. Brut et peu raffiné, il renforce l’idée que peu importe la forme, du moment que c’est efficace, ça passe !

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Comment ça je suis moche ?

Rick and Morty n’a pas fait le choix de la consensualité et c’est aussi pour ça que l’on peut être fan. Personnellement, une série qui ne s’embarrasse pas des convenances pour pousser l’outrance au dernier degré, je ne peux qu’adhérer, ça fait du bien de temps en temps de laisser son cerveau de côté.

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