Etude de pilote : The Man in the High Castle

Forte de ses deux Golden Globes pour Transparent, Amazon a sorti une quatrième fournée de pilotes quelques jours plus tard. Les projets sont plus variés que jamais puisque aux séries traditionnelles s’ajoutent désormais le documentaire (The New Yorker Presents), l’animation (Buddy: Tech Detective, Sara Solves It, The Stinky & Dirty Show, Niko and the Sword of Light) et de manière générale les programmes familiaux (Just Add Magic, Table 58). Celui qui a fait le plus parler de lui n’est cependant rien de tout ça : il s’agit d’une fiction violente et sombre, en prises de vue réelles, destinée à un public adulte et averti. The Man in the High Castle est l’adaptation d’une uchronie de Philip K. Dick parue en 1962 dans laquelle l’Allemagne et le Japon ont gagné la Seconde Guerre mondiale.

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C’est pas si mal les panneaux publicitaires finalement

L’univers prétexte de la série est évidemment son point fort, et cela vaut a priori le coup de la regarder pour lui seulement. L’intrigue prend place dans des Etats-Unis scindés en deux, à la manière de l’Allemagne de l’après-guerre, avec un territoire allemand, un territoire japonais et une zone neutre entre les deux. La Guerre mondiale a en effet ici duré jusqu’en 1948 pour un dénouement différent de celui qu’on connaît : l’Axe a fait usage de la bombe H et vaincu les Alliés. La représentation visuelle de ce postulat est aussi fascinante que l’élaboration de cet univers parallèle est soignée. Omniprésence de svastikas et de soldats armés, jeu télévisé nazi, cendres dans l’air… Une multitude de détails glaçants matérialisent ce cauchemar pour créer un effet assez réussi d’inquiétante étrangeté. La série vient de plus rejoindre les rangs de toutes celles qui doivent effectuer une reconstitution historique : elle se déroule en 1962 mais son ambiance semble plus 40’s, sûrement à cause du retard pris par la guerre. Les différentes intrigues qui sont amorcées nous font découvrir la situation à plusieurs échelles, entre le quotidien des habitants de ces territoires occupés et les coulisses du pouvoir en place. D’un côté, les vaincus oscillent entre lassitude, complaisance et rébellion, avec l’existence d’une Résistance clandestine ; de l’autre, l’accord fragile passé entre Japon et Allemagne est menacé par des luttes de pouvoir et intentions belliqueuses internes, avec la promesse d’une guerre après la disparition d’un Führer malade. L’épisode est structuré par le voyage de deux apprentis résistants aux intentions plus ou moins claires, Joe et Juliana, qui se retrouvent fortuitement en zone neutre. Au centre de l’action se trouve un objet qui pourrait faire basculer ce récit d’anticipation dans le fantastique : une pellicule nommée The Grasshopper Lies Heavy, qui montre de réelles images d’archives de la fin de la guerre.

La Seconde Guerre mondiale, en tant qu’événement crucial, est évidemment l’objet de nombreuses fictions, notamment américaines ; en changer l’issue constitue un excellent moyen de montrer combien le déroulement de la Libération a été décisif pour tout le reste du siècle. C’est en grande partie grâce à leur intervention militaire que les Etats-Unis ont pu asseoir une forme de domination mondiale, et c’est dans la lutte contre les nazis que s’est cristallisée une dimension importante de l’identité américaine, reflétée dans toute la production culturelle du 20è siècle : l’opposition concrète du Bien et du Mal. Ce pilote semble s’y prêter un peu trop littéralement avec le cliché d’Allemands sadiques, de Japonais sournois et superstitieux et de Résistants héroïques. Espérons que la révélation finale et la présence de Frank « X-Files » Spotnitz au scénario aideront à remettre en cause cet apparent manichéisme.

La suite aurait aussi tout intérêt à être moins pressée. Parce que la série n’a pour le moment droit qu’à un seul épisode, et doit convaincre les spectateurs avec celui-ci seulement, la pression qui pèse sur le pilote est encore plus importante que d’habitude : on vote sans avoir connaissance d’éléments dont disposent habituellement les chaînes pour faire leurs choix, par exemple la note d’intention ou la description des arcs narratifs de toute la saison.  C’est sûrement la raison pour laquelle ce pilote est si dense, le récit se dépêche comme pour présenter tous les protagonistes et réunir les personnages principaux à tout prix. Cette hâte dessert cependant l’épisode, qui aurait gagné à s’attarder plus longtemps sur le quotidien et l’entourage de Joe et Juliana chacun de leur côté pour nous les rendre plus attachants, quitte à ce qu’ils n’apparaissent pas encore ensemble à l’écran.

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On se fait la bise ?

L’univers de The Man in the High Castle est si captivant qu’il appelle à être plus amplement développé : pour voter pour le programme, c’est d’ailleurs par ici. Sur toute une saison, toutefois, il faudra que le récit et les personnages soient à la hauteur… Un problème auquel le livre d’origine n’a pas tout à fait échappé.

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‘The Man in the High Castle’ producer Frank Spotnitz on his Amazon pilot

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