Lectures sériephiles : Friends et la génération X

Plus de dix ans après la fin de la série, Friends continue à hanter les mémoires collectives. De nombreuses sitcoms ont tenté de remplir le vide laissé par la fin du show, mais à part peut-être How I Met your Mother, les avatars ne resteront pas dans les annales. Autre preuve : depuis quelques temps des articles à charge ou dithyrambiques fleurissent sur la toile. Pour quelles raisons parle-t-on encore aujourd’hui de Friends ? Est-il possible de trouver tant de matière dans une sitcom, au point de créer une nouvelle littérature ? C’est avec toutes ces questions en tête que je me suis lancée dans la lecture de Friends – Destins de la génération X, travail de l’universitaire Donna Andréolle, paru aux PUF. Et j’y ai trouvé quelques éléments de réponse.

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Le livre propose une explication qui permet de comprendre l’importance de Friends dans notre culture. Elle serait le reflet d’une nouvelle génération. Donna Andréolle s’attache au fil des pages à montrer comment on retrouve les particularismes de la génération X dans Friends. Pour rappel, la génération X est celle qui est née après le baby-boom (entre 1960 et 1982 pour faire large), caractérisée par son envie de rupture avec les valeurs traditionnelles de la génération précédente, mais aussi par une sorte de désillusion due aux difficultés à faire aussi bien que ses parents. Friends a tenté de mettre en scène cette jeunesse qui quitte les suburbs pour venir vivre en ville et y trouver un accomplissement professionnel et personnel. Ce départ symbolise également une rupture avec la famille traditionnelle, remplacée par une famille « amicale ». Et c’est ce que dépeint Friends : un groupe d’amis, qui ont quitté leurs familles dysfonctionnelles pour aller s’installer dans des appartements et tenter de suivre des carrières inspirantes. Exit le modèle dominant de la sitcom familiale dans une grande maison avec jardin.

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Une autre caractéristique de la génération X, qu’on appelle aussi génération MTV, c’est sa capacité à naviguer entre critique et acceptation d’une culture « pop » et commerciale. Et Friends a bien intégré cela, par exemple en se réappropriant les codes du soap, naviguant entre comique et drama, mais aussi en les détournant pour s’en moquer – notamment avec le personnage de Joey acteur de Des jours et des vies, soap existant vraiment -. L’auteur du livre Friends – Destins de la génération X liste toutes les caractéristiques qui montrent parfaitement en quoi Friends est le reflet d’un nouveau public.

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Devant cette évidence, on peut alors trouver une explication sur la place qu’occupe la série dans notre imaginaire collectif et de sa longévité dans les débats. Si nous avons tant de chose à en dire, c’est parce qu’on s’y reconnait. On y adhère, mais on remarque également les travers, qui ne sont que les reflets de ceux de la société. Ainsi, les discours autour de Friends s’intensifient et se multiplient car ils dépassent inconsciemment le simple cadre de la fiction pour évoquer une génération entière. D’autant plus que la génération suivante, celle qu’on appelle Y, a également été élevée avec les multiples rediffusions de la série. Et peut-être voyons-nous encore plus clairement ce que Friends véhicule et ressentons-nous le besoin de juger la génération précédente, de nous y identifier mais aussi de la liquider. Parler de Friends, c’est dans tous les cas parler de nous-mêmes.

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Malheureusement, rares sont les analyses sur la série qui la replacent dans un contexte de production pour comprendre ses spécificités, son originalité et en quoi elle diffère des sitcoms habituelles, raison d’un succès interplanétaire jamais démenti. Succès qui est interrogé dans le livre très universitaire de Donna Andréolle. Si comme nous, vous souhaitez comprendre ce qui fait de Friends une série générationnelle au-delà de son humour toujours efficace et bien écrit, Friends – Destins de la génération X est un bon début.

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Friends – Destins de la génération X, par Donna Andréolle, PUF.

Une réponse à “Lectures sériephiles : Friends et la génération X

  1. Friends, bientôt 11 ans que c’est fini et 10 ans de plus que ça a commencé. Dieu que le temps passe ! Les épisodes ont été rediffusés à outrance mais perso c’est toujours un plaisir d’avoir la série en fond sonore. Merci D17.

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