Etude de pilote : DC’s Legends of Tomorrow

Alors que les super héros semblent s’accorder une petite pause dans les salles avant les déferlantes Batman vs Superman puis Captain America : Civil War, la stratégie de déclinaison des univers DC et Marvel sur petit écran se poursuit avec une toute nouvelle série diffusée depuis le 21 janvier sur CW. Legends of Tomorrow, spin off de The Flash et Arrow et se déroulant donc dans le même univers ne vise rien de moins que d’obtenir le même succès que ses superhéroiques devanciers. Après deux épisodes diffusés, peut-on déjà dire pari réussi ?

hoplegends

Attention les yeux, les Légendes débarquent !

Les pieds nicklés sauvent le monde

L’histoire de Legends of Tomorrow ressemble un peu à un fantasme de geek. Imaginez un peu, une intrigue réunissant personnages de superhéros et voyage dans le temps, une sorte de crossover entre Doctor Who, The Avengers et X-Men Days of Future Past, comment imaginez mieux ? Il ne manque plus que quelques voyages spatiaux et deux ou trois sorciers pour faire carton plein. Nous n’en sommes qu’aux premiers moments de la série, qui sait si toute la panoplie de la série fantastique ne nous attend pas au tournant.

L’histoire de cette nouvelle série commence en 2166. La terre entière est au bord du chaos. Vandal Savage (Casper Crump), un supervilain immortel particulièrement maléfique, vient de terminer la conquête du monde. Avec pertes et fracas apparemment puisque notre sauvageon ne laisse que ruines et flammes derrière lui. Le contexte est posé, le méchant de service s’annonce un peu plus badass que le petit braqueur de service. C’est dans ce contexte qu’intervient Rip Hunter, membre des maîtres du temps et expert en voyages temporels de son état. Défiant les règles de son ordre imposant un respect de la continuité temporelle, Hunter s’improvise justicier en remontant le temps afin de former la plus grande équipe de héros sans emploi, capables de modifier le cours de l’histoire en empêchant Savage de mettre à exécution ses plans mégalos.

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Beware, Saroumane Savage guette !

Avant de parler des héros en question, arrêtons-nous un moment sur Rip Hunter. Le bougre a non seulement pour particularité d’être le quasi homonyme du cultissime Rick Hunter mais aussi une sorte de version US de Doctor Who avec accent british à la clé. Faut-il y voir une simple coïncidence ? Arthur Darvill, l’interprète de Hunter, s’est illustré dans le passé dans quelques épisodes du plus célèbre des maîtres du temps anglais… Au passage, de David Tennant combattant les Daleks jusqu’au Visiteur du futur, on remarquera que le manteau long marron est particulièrement tendance chez les explorateurs du temps de tout poil.

les voyageurs du temps

Tendances Voyageurs temporels, collection automne-hiver.

Le début de la série nous permet d’apprendre à connaître une équipe de super justiciers hauts en couleurs. Tous liés de près ou de loin aux aventures d’Arrow et de Flash, The Atom, White Canary ou Captain Cold sont apparus à un moment ou à un autre dans les deux séries à succès de DC. Si jusqu’à présent leurs apparitions avaient été plus ou moins anecdotiques, ces personnages se voient ici offrir l’occasion de compter et de marquer l’histoire. Ce côté seconds couteaux des justiciers à la manque pourrait être un handicap, pourtant la série trouve son originalité justement dans ce défaut apparent. Puisque l’on ne peut pas être les Avengers bis, autant jouer la carte des outsiders que l’on attend pas. Sans jamais tomber dans la parodie, Legends of Tomorrow lorgne volontiers du côté des Gardiens de la Galaxie avec un assemblage de marginaux plutôt décalés, terreau idéal pour un assortiment de bonnes répliques et de situations cocasses.

On retrouve ainsi Hawkgirl (Ciara Renée), une sorte de Wonderwoman ailée accompagné de son mari Hawkman (Falk Hentschel), The Atom (Brandon Routh) éternel Superman raté en reconversion, mélange entre Iron Man pour l’armure multifonctions et Ant Man pour le rapetissement, Firestorm héros double composé du professeur Stein (Victor Garber) et de Jax Jackson (Franz Drameh) ou encore White Canary (Caity Lotz) et le duo de méchants en reconversion Captain Cold (Wentworth Miller) et Heatwave (Dominic Purcell). Si la moitié de cette équipée sauvage est constituée de méchants ou anciens assassins sans foi ni loi, il apparaît dans les premiers épisodes que l’on s’en fiche à peu près royalement. Rip Hunter, tel un conseiller d’orientation pour héros chômeurs, s’en vient proposer une nouvelle voie à toute cette joyeuse bande et tout le monde s’engouffre dans cette carrière sans grand doute existentiel. Personne ne semble inquiet du potentiel de trahison de ces méchants en reconversion, tout semble parfaitement normal dans le monde des bisounours (niveau complexité on repassera). L’idée n’est de toute façon pas là, le but semble plutôt d’être efficace avant tout. Par contre, difficile de ne pas penser à une convention geek devant l’assemblage de héros hétéroclites faisant vaguement penser à tout un tas de personnages plus connus, le tout autour d’un Doctor Who du pauvre. Les cosplayers en bande sauront assurément se faire plaisir pour honorer cette équipe de joyeux drilles.

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Ne sont-ils pas fringants nos héros ?

Au niveau du casting, on est un peu dans le who’s who d’anciennes gloires de la série TV. Entre les grandes retrouvailles de Wentworth Miller et Dominic Purcell sept ans après le dernier épisode de Prison Break ou Victor Garber resté dans la mémoire de nombreux sériephiles pour son rôle de père de Sydney Bristow dans Alias, on ne peut qu’être sensible à ce petit côté nostalgique qui parlera sans doute aux anciens adeptes de la trilogie du samedi. Niveau jeu d’acteurs, le côté très grandiloquent de la fresque de super-héros n’aide pas vraiment les comédiens à jouer de subtilité. Tous sont légèrement condamnés au sur-jeu, mention spéciale à Captain Cold/Wentworth Miller qui, trop investi dans le rôle d’un voleur, se prend à froncer les yeux et le nez toutes les deux répliques dans une sorte d’imitation presque parfaite du raton laveur en période de chaleurs. Si Bradley Cooper a un coup de fatigue pour jouer les ratons dans la suite des Gardiens de la Galaxie nul doute que Wentworth est paré pour le rôle.

Racoon time!

Une série sans prise de tête

Pris entre la noirceur un peu factice d’Arrow et l’optimiste vaille que vaille de Flash, Legends of Tomorrow pourrait créer une autre voie dans l’univers DC. Ici il sera plus question de décalage que dans toute autre série existante de l’univers de Batman et Superman. Le principe du voyage temporel et de l’équipe de pieds nicklés s’y prête, et le décalage est permanent. Ces personnages ne semblent jamais vraiment à leur place et leurs répliques ne sont que petits traits d’humour commentant la difficulté à coexister ou à s’intégrer dans un monde en changement constant. Une idée plutôt intéressante qui permet à Legends of Tomorrow de rapprocher l’esprit DC de celui de Marvel.

Ce qui est nettement moins intéressant en revanche, c’est la légèreté qui va de pair avec l’humour de la série. A force de jouer la carte de la série détendue qui ne se prend jamais au sérieux, on ne prend effectivement plus rien au premier degré. Résultat, les moments d’émotion tentés par la série tombent dangereusement à plat. La mort d’un personnage ou le drame d’un autre nous parlant de la perte de son enfant ne parviennent pas vraiment à nous émouvoir. On en vient à considérer le tout comme un divertissement sympathique mais rarement à s’investir vraiment dans les personnages.

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En même temps, difficile de faire passer une émission affublée d’un masque pareil.

Si la série n’est pas dénuée de qualité dans ses premiers épisodes, sa désinvolture la rend finalement bien proche d’une rediffusion de l’Agence tous risques. Même petites blagues, même esprit action/humour et surtout mêmes personnages un brin caricaturaux, la frontière entre les deux séries revient à une question de pouvoirs et d’effets spéciaux tandis que l’esprit s’affiche comparable sur bien des points. Pourtant, là où The A-Team réussissait en nous rendant attachant des personnages sortis tout droit d’un cartoon, on se prend à douter en ce qui concerne Legends of Tomorrow. Que les personnages soient des héros en marge ou non, nous avons besoin en tant que spectateurs de nous sentir impliqués dans leurs aventures. Derrière l’esprit sympathique on cherche encore une profondeur chez les personnages voire même de vrais objectifs, quasi absents pour l’instant si ce n’est chez Hunter, Hawkman et Hawkgirl.

Rip Hunter héros torturé ?

Évidemment on ne regarde pas une série de super-héros pour sa subtilité. Seules les séries Marvel made in Netflix ont pour l’instant tenté le pari de la série d’action torturée. Il y a un côté régressif assumé dans l’esprit du super-héros costumé. C’est un peu pour retomber en enfance que l’on regardait Smallville il y a dix ans, c’est pour les mêmes raisons que l’on peut devenir accro aujourd’hui aux aventures de Flash et compagnie. A ce titre, Legends of Tomorrow ne surprend pas. Si l’on cherche une série fun et sans prétention on trouvera son compte dans LoT mais il faut tout simplement accepter un côté terrain de jeux pour enfants, où tout est délégué au fun quitte à être un peu plat voire même à manquer sérieusement de maturité.

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Manque de maturité peut-être mais pas manque de punch.

Pif, paf, pouf, les action heroes sont dans la place

En ce qui concerne la mise en scène, on est dans un spectacle assez attendu entre scènes d’actions punchy et moments de révélations tonitruantes un peu kitsch. Bref, du classique. Ce qui est plus étonnant par contre c’est que les moments d’action oscillent souvent entre le très sympathique et le complètement ridicule. Côté positif, il n’y a qu’à se pencher sur l’épisode 2, où le pouvoir de rétrécissement d’Atom couplé avec ses réacteurs et sa super-force donne l’occasion de voir une simple scène de bagarre se transformer en un feu d’artifice d’effets extrêmement dynamiques digne d’un Assassin’s Creed. Par contre, dans l’épisode 1, on ne peut que s’incliner devant l’hommage involontaire rendu à toute la saga des Power Rangers par le climax de la fuite des héros vers leur vaisseau. Il faut voir au moins une fois la course du professeur Stein sous le feu nourri d’un cosplayeur raté à mi-chemin entre le stormtrooper d’élite et le Terminator en mousse. La foulée gracieuse d’un homme de 65 ans ponctuée de l’éclatement de moult pétards à ses pieds, le tout accompagné par un montage frénétique renforçant toute la détresse du moment, vaut bien son pesant de kitsch. Tommy, le ranger vert lui-même, n’aurait pas renié la bravoure de l’instant.

Chronoscosplay

Chronos, un défi pour les cosplayeurs du monde entier.

Plaisanteries à part, la série n’a pas à rougir de ses effets mais se montre souvent inégale. On se laisse tout de même emporter par l’action mais les quelques moments plus laborieux ont le don de nous faire sortir de l’épisode. Dommage, gageons que la série finira par gommer ces errements avec le temps pour laisser aux nanars le monopole du pétard mouillé.

Legends of Tomorrow ressemble finalement à une sorte d’Expendables du collant fluo. Le plaisir coupable du divertissement sans prise de tête est à l’honneur dans cette série qui pourrait bien surprendre par son esprit digne d’un coffre à jouets pour geeks. Si on peut lui reprocher son côté régressif il faut convenir qu’il s’agit aussi de sa force. Tout dépendra de nos attentes de spectateur, mais pour les nostalgiques de l’enfance et des séries animées du super héros, la série pourrait s’avérer un agréable défouloir. Espérons juste que les personnages gagneront un peu en profondeur au fil des épisodes.

firestorm

T’enflamme pas Firestorm, puisqu’on te dit qu’on croit en toi.

Une réponse à “Etude de pilote : DC’s Legends of Tomorrow

  1. Perso, j’ai trouvé Legends of Tomorrow pas mal. En effet, le côté nostalgique est bien présente avec le duo Miller / Purcell. Mais depuis que Marvel a oivertbla voie je dois reconnaître que j’adore les univers étendues et attend avec impatience une nouvelle apparition de Arrow ou enfin celle de Flash. C’est vrai que la série n’est pas très profonde, mais soyons honnêtes c’est pas ce qu’on demande à des super héros en costume :)

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