11/22/63 : est-ce une bonne idée d’adapter Stephen King ?

Jusqu’à maintenant, Stephen King n’a pas été gâté par le petit écran. Entre les récentes Under the Dome et Les mystères de Haven, on ne peut pas dire que les scénaristes aient tiré le meilleur parti des ouvrages de celui qu’on considère comme le maître de la littérature à suspense. Depuis le 15 février 2016, Hulu a mis en ligne son adaptation de 11/22/63, dernier best-seller en date pour King, dans lequel on suit Jake Epping dans sa mission pour remonter le temps et empêcher l’assassinat de Kennedy.

France Stephen King

Un projet alléchant sur le papier

Comme le titre de ce paragraphe l’indique, le projet avait réuni tous les atouts pour faire une série bien menée et Hulu a su s’entourer. Côté écriture, Stephen King a bénéficié du talent de Bridget Carpenter, scénariste / productrice intervenue sur rien de moins que Friday Night Lights, Parenthood ou récemment The Red Road. Pour la réalisation, on compte des habitués de la télévision, mais également Kevin Macdonald (réalisateur du Dernier roi d’Ecosse) et James Franco. Ce dernier est d’ailleurs impliqué un peu à tous les stades du projet, puisqu’en plus d’être l’acteur principal, il est également crédité à la production aux côtés de J. J. Abrams. Et qui de mieux que l’homme à qui l’on doit Felicity, Alias ou encore Lost pour porter à l’écran un thriller porté sur le voyage temporel ?

https://youtu.be/KNiVxwXn9CU

Pour un pilote en demi-teinte

Après un trailer aguicheur, il convenait de vérifier si le projet tenait la route. Première constatation : le premier épisode dure 1h20 (60 minutes pour les suivants). Pas un problème en soi mais on sait à l’avance que le rythme choisi sera plutôt celui du récit long et le format celui du téléfilm en plusieurs parties, plaçant d’emblée 11/22/63 dans la catégorie de ce que j’appelle les « séries mixtes ». Ce concept est bien pratique pour évoquer ces œuvres calibrées pour un public haut de gamme qui, voulant montrer leur ambition, ne font plus avec les règles standardisées de la télé mais tentent de créer des formats hybrides avec des éléments venus du cinéma (acteurs, formats, écriture). Catégorie où l’on peut placer récemment Vinyl, la série de Scorcese. Le ton est donc tout de suite donné avec cet épisode. On n’aura pas affaire à une série de genre, mais on prendra le temps de fouiller le récit. Pourtant, à la fin, le ressenti est mitigé. Effectivement le produit respecte tout à fait ses ambitions de série haut de gamme grâce à une réalisation très soignée, une jolie reconstitution des années 60, un récit clair dont l’oscillation entre séquences de suspense, présentation des personnages, psychologie et sentimentalisme marche très bien. Mais, et c’est le risque à chaque fois pour ce type de projet (poke Netflix), la déception est également au rendez-vous. Le mélange, s’il est bien mené, demeure plutôt fade. A vouloir tirer la série vers des sphères plus hautes, on perd l’efficacité du genre et la psychologie n’est pas assez fine et poussée pour être au niveau d’une oeuvre plus « auteuriste ».

Une bonne adaptation ?

Ayant été de celle qui ont réussi à se motiver pour lire les 1000 pages du bouquin, l’autre question est celle de la réussite de l’adaptation. Pour cela il faut évoquer l’oeuvre originelle.

112263

Pour la faire courte, les points négatifs sont : c’est long, il y a du verbiage inutile, c’est beaucoup trop sentimental, les scènes de suspense sont plutôt rares, et je rajouterai que c’est long. Tout cela étant compensé par un concept intrigant chouettement pensé, toujours crédible, un personnage intéressant qui devient un héros pour la seule raison que sa vie est sans intérêt, et surtout, le talent de Stephen King pour dépeindre des ambiances. Le problème majeur pour la série, contrairement à d’habitude, c’est qu’elle est très fidèle à l’oeuvre. On y retrouve donc quelques-unes de ses qualités. Malheureusement, sans la capacité à recréer une atmosphère 60’s différente de l’image vintage qu’on s’en fait, et dont la présentation simplifie clairement l’ambiguïté de Jake Epping/James Franco. Plus grave, on y retrouve aussi beaucoup de ses défauts. Et c’est peut-être là le problème majeur de 11/22/63 : avoir confié à un écrivain l’adaptation de son propre livre. Or, il aurait fallu quelqu’un d’extérieur, ayant conscience des défauts préexistants (comme celui de la longueur), qui aurait travaillé à condenser la narration originale. Malheureusement Hulu a plutôt choisi de s’appuyer sur des noms connus pour attirer sans prendre de risque.

11.22.63

Alors 11/22/63 est-elle un échec pour Hulu qui démarre dans la création de série ? Si cette adaptation de Stephen King est de bonne facture, il n’en ressort pas moins un manque d’originalité et d’efficacité, peut-être dû au choix du matériau d’origine, mais aussi de la volonté de faire une série de qualité, loin de tout formatage, sans jamais s’en donner les moyens.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s