Semaine d’un sériephile (78) : Familles au bord de la crise de nerfs

Cette semaine, la famille est à l’honneur sur Séries Chéries, et ce sous toutes les formes. Il faut dire que le sujet semble particulièrement de saison et notamment sur la chaîne ABC. Deux nouvelles séries viennent en effet de faire leurs premiers pas sur le network américain avec The Real O’Neals côté comédie et la très froide The Family côté thriller. Si la cellule familiale constitue le sujet de ces deux séries, gageons que les célébrations de Thanksgiving s’y annoncent d’ores et déjà bien différentes. Bonnes surprises ou pétards mouillés, elles méritent bien en tout cas un petit visionnage un peu plus en profondeur.

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The Real O’Neals :  la vie n’est pas qu’un long fleuve tranquille

Nouvelle sitcom made in ABC, The Real O’Neals repose sur un principe tout ce qu’il y a de plus traditionnel, l’irruption d’un grain de sable venant faire dérailler une machine un peu trop bien huilée. La série nous conte les mésaventures des O’Neal, famille d’origine irlandaise, catholique pratiquante et qui parait être le foyer idéal, tel que rêvé dans toutes les suburbs bien comme il faut des États-Unis. Menée d’une main de maître par la mère de famille, Eileen (Martha Plimpton), obsédée par le contrôle de toute sa petite troupe, le foyer ressemble plus à une brigade où chacun joue son rôle contraint et forcé. Évidemment ce qui devait arriver ne manque pas de se produire : les apparences volent bientôt en éclats et dès le premier épisode la cata est bel et bien là. Nous apprenons ainsi le divorce prochain des parents, l’anorexie de l’aîné, la cleptomanie galopante de la fille ou encore l’homosexualité du fils cadet. Bref, ce n’est plus un grain de sable, c’est une véritable tempête qui s’abat sur la quête de perfection d’Eileen. Pour le spectateur, une chose est sûre, ce ne sera pas une avalanche de subtilité qui le submergera.

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La première chose qui frappe malheureusement dans The Real O’Neals, c’est la constante maladresse dans la manière dont la sitcom s’empare de ses sujets. Le coming out impossible de Kenny (Noah Galvin) se retrouve non seulement vite évacué mais surtout il se retrouve mis sur un pied d’égalité avec l’anorexie de Jimmy (Matt Shively) et les pulsions de vol de Shannon (Bebe Wood) dans un grand gloubiboulga de problèmes personnels. Comparer ce qui relève de la maladie et ce qui n’a strictement rien à voir, on peut dire que les prémices s’annoncent légèrement problématiques. D’un point de vue narratif, ce grand mélange conduit aussi à ne plus vraiment savoir ce que la série a à nous dire. Quel est le sujet ? L’acceptation de l’homosexualité dans une famille marquée par les traditions ? Les secrets dans le foyer ? Le rapport aux apparences ? Un peu de tout ça ? Pour l’instant, difficile de faire son choix et de trier ce qui nous est amené. Tous ces éléments ont beau être intéressants en soi, on reste sur sa faim devant un menu certes alléchant mais un brin trop chargé. Espérons que la série prenne vite un peu plus de consistance en abordant pour de bon les sujets qu’elle a choisi d’initier, sans cela l’apéritif s’annonce un peu dur à dépasser.

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En ce qui concerne la forme, là encore la promesse est des plus classiques. Que vous soyez fans de The Middle, de Modern Family ou de The Goldbergs nul doute que vous serez bien vite en terrain connu. Il faut avouer qu’il est rare de voir une telle série se démarquer sur sa forme ou sur l’originalité de sa mise en scène. Pourtant, une idée entre toutes parvient tout de même à apporter une vraie personnalité à The Real O’Neals. Le fils cadet, Kenny, est à la fois le personnage principal et le narrateur de la série. Ado particulièrement imaginatif, il nous fait vivre toutes les situations depuis son point de vue. Or cette perspective peut à l’occasion se teinter de toutes les fantaisies possibles et imaginables. Un doute sur la pose d’un préservatif ? Pourquoi ne pas demander son avis au modèle de la pub pour dentifrice ? On parle de Jésus à table ? Pourquoi ne pas le convoquer ? Comme Ally Mc Beal rêvant en son temps d’un bébé danseur, le monde de l’imaginaire s’invite dans la réalité pour mieux le commenter et y apporter un regard décalé. L’idée fonctionne particulièrement bien dans le contexte du quotidien étouffant de The Real O’Neals. Ces moments de fantaisie agissent comme de véritables soupapes de liberté au sein de la famille trop guindée de Kenny. Croisons les doigts pour que l’idée continue de faire son chemin, elle pourrait bien constituer l’un des éléments les plus attachants et les plus originaux de la série.
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The Family : dix ans plus tard sur la place des grands hommes ?

Il y a quelques semaines, Agathe vous parlait de la série Acquitted, l’histoire du retour impossible d’un homme acquitté d’un crime dans son village d’origine. Si vous avez été séduit par cette série, vous pourriez bien trouver quelques éléments en commun avec le nouveau thriller d’ABC. The Family se situe quelque part dans la même lignée avec cette fois non plus la communauté mais la famille comme lieu de cristallisation d’un traumatisme survenu à l’issue d’un événement brutal, en l’occurrence la disparition d’un jeune garçon. L’histoire est celle des Warren, une famille composée de Claire (Joan Allen), John (Rupert Graves) et leurs enfants Danny (Zach Gilford/Rarmian Newton), Willa (Alison Pill/Madeleine Arthur) et Adam (Liam James/Maxwell James). Une famille soudée dix ans auparavant tandis que Claire concourait alors pour un poste de conseillère municipale au sein de la petite cité de Red Pines, au cœur du Maine. Cadre idyllique, bientôt bouleversé à jamais par le kidnapping du plus jeune fils, Adam.

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Lorsque la série débute, dix ans se sont écoulés depuis le drame. La famille s’est reconstruite comme elle a pu mais les blessures, les mensonges et les non-dits sont plus sensibles que jamais, et la cellule familiale ne conserve plus guère que des apparences. Alors que la page du passé semblait malgré tout se tourner, un jeune homme se présentant sous le nom d’Adam vient soudain redistribuer les cartes pour cette famille toujours autant torturée. Que lui est-il arrivé depuis tout ce temps ? Qui l’a réellement enlevé ? L’homme condamné pour son meurtre est-il totalement innocent ? Autant de questions soulevées qui ne demandent maintenant qu’à être résolues.

Avec un tel pitch, je ne vous surprendrai guère en vous disant que le suspense est au rendez vous. Que s’est-il passé ? Adam est-il vraiment Adam ? Quelle est la responsabilité de chacun dans le drame ? Les questions pullulent et savent nous tenir en haleine d’épisodes en épisodes. On sent peut-être là le savoir faire de Jenna Bans, créatrice de ce nouveau thriller et ancienne scénariste de Desperate Housewives, Grey’s Anatomy ou plus récemment Scandal. La mécanique est bien rodée et fonctionne à plein régime pour nous faire toujours un peu plus douter. La série mise avant tout sur son ambiance très scandinave, où la froideur renforce l’impression que chaque personnage possède son lot de secrets plus ou moins inavouables. Si les personnages sont loin de tous posséder un capital séduction immédiat, on sent qu’ils ont tous en germe un mystère qui les rend terriblement intrigants. Point fort également : le fait de mettre en scène à la fois le point de vue de la famille victime, celui de l’enquêtrice chargée de résoudre l’affaire et celui de l’homme condamné pour le kidnapping d’Adam. Apparemment injustement condamné au début de la série, il semble néanmoins avoir suffisamment de cadavres dans le placard pour rester excessivement louche. Espérons que les promesses ne soient pas vaines, en tout cas elles sont bel et bien là. Voilà de quoi nous donner l’irrépressible envie de creuser plus avant pour savoir de quoi il retourne. Plutôt bon signe pour un thriller !

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Si The Family parvient à être efficace, peut-être est-ce dû aussi en grande partie à l’originalité de sa narration, fonctionnant sur un incessant aller retour entre passé et présent, entre le drame de la disparition et les épreuves rencontrées lors des retrouvailles. Dix ans en arrière, dix ans plus tard, le mystère se nourrit des questions restées sans réponse ou des demi-vérités du passé comme des doutes et des mensonges d’aujourd’hui. Contrairement à l’usage le plus fréquent qui en est fait, le flash back n’est pas ici qu’un élément de résolution ni une réponse évidente, mais plutôt une manière d’ouvrir de nouvelles questions, voire de semer de nouvelles pistes. Il en ressort un dispositif particulièrement ludique qui vient briser la linéarité du récit pour mieux se jouer des attentes du spectateur et de ce qu’il croit d’ores et déjà avéré. Sans devenir un gadget, ce dispositif permet pour l’instant d’avoir l’impression de suivre deux histoires parallèles qui ne manqueront pas de se rejoindre une fois le temps des réponses venu. La psychologie des personnages s’étoffe considérablement par ce double éclairage et surtout notre intérêt ne cesse d’être renouvelé par ce constant basculement.

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Le tableau n’est pas pour autant totalement idyllique, ce serait beaucoup s’avancer. Force est de constater que la galerie de personnages souffre de son côté archétypal. La fille ambitieuse et carriériste, le fils alcoolique, le père écrivain désabusé, tout le monde joue un rôle un peu trop attendu, et on peut avoir l’impression que ces rôles s’insèrent de manière trop mécanique dans l’histoire qui nous est proposée. C’est pour l’instant le vrai bémol qui semble se dessiner : n’y aurait il pas un risque que les pièces du puzzle apparaissent trop vite dans le rôle précis qu’elles sont censées tenir, quitte à nous délivrer toutes les réponses un peu tôt ? Cela ne reste pour le moment qu’une crainte, espérons que la série réserve plus d’inattendu qu’il n’y parait au premier abord.

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Entre la comédie et le thriller dramatique, ABC semble se révéler plus originale et surprenante dans un registre un peu plus riche en suspense. Rien n’est dit pour autant : dans les deux cas de très bonnes idées émergent, notamment au niveau de la forme. Entre jeu temporel et incarnation de l’imagination d’un personnage, il reste à voir lesquelles de ces idées dépasseront le simple gadget pour se concrétiser réellement. C’est peut être seulement à ce prix que les deux séries dépasseront le statut d’alléchantes promesses pour nous rendre définitivement accro.

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