La série politique à la française : Baron noir

On ne peut que le constater en ce moment, la série française se porte à merveille. Après avoir essuyé de nombreuses critiques, les chaînes osent enfin et proposent des œuvres plus ambitieuses, n’hésitant pas à les promouvoir avec force. C’est le cas de la dernière création originale de Canal +, dont les deux derniers épisodes sont diffusés ce soir.

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Baron Noir, qu’est-ce que c’est ?

Ecrite par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon (Maison Close), la série suit le personnage de Philippe Rickwaert (Kad Mérad) dans sa tentative pour faire élire son ami politique de toujours, Francis Laugier (Niels Arestrup). Dès le pilote, Rickwaert est rattrapé par les magouilles financières qu’il a perpétrées avant la campagne présidentielle dans sa ville. Loin d’utiliser son statut pour sauver son directeur de campagne, Laugier va le lâcher et l’abandonner à son sort, signant son arrêt de mort politique. Baron noir va s’attacher à suivre les tentatives de Rickwaert pour rester dans le paysage politique, en donnant au passage quelques coups vengeurs.

Pourquoi c’est bien ?

Faisons fi du suspense de l’article et affirmons-le tout de suite, Baron noir est une bonne série. Maintenant, tentons d’argumenter cette affirmation.

Synthèse d’influences

On a beaucoup dit de Baron Noir que c’était le House of Cards français. Mais la réussite de la série, ce n’est pas d’adapter ou de copier un modèle à succès, mais plutôt de synthétiser l’influence des deux grands modèles de la fiction politique contemporaine que sont Borgen et House of Cards. Baron noir a pris de l’américaine le suspense, le goût du thriller, la thématique de la vengeance, les problématiques de l’ambition et de la volonté de garder sa place. De l’Europe du Nord, les auteurs ont appris comment montrer le pouvoir de manière réaliste et la nécessité de faire des personnages forts et attachants. Leur talent a été de parvenir à réordonner ces influences pour en faire quelque chose qui tient la route, tout en y insufflant quelques ingrédients bien de chez nous.

Ingrédients franco-français

Canal+ a également tenté de parer un reproche souvent fait à la fiction française en général, celui de ne jamais parler de l’actualité. Or ici, la série se confronte clairement au réel. Il est question de problématiques très contemporaines : la haine réciproque entre gauche caviar et gauche ouvrière, la tradition historique d’arrangements politiques du PS dans certaines régions (notamment le Nord), la peur de la montée du FN et la conscience parfois de jouer son jeu, le goût pour la confrontation politique de la rue, les manifs étudiantes et la manipulation des luttes sociales. On est donc loin d’une pâle copie d’une série à succès.

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Casting équilibré

Le duo choisi pour incarner Philippe Rickwaert et Francis Laugier est intéressant car pensé par rapport au contenu de la série. Kad Mérad, amène son aura « grand public » pour  interpréter le député-maire proche de son peuple qui n’a pas peur de se mouiller auprès de ses électeurs ni de glisser une ou deux vulgarités pour détendre l’atmosphère. Niels Arestrup, pour sa part, incarne une gauche plus élitiste, riche et cultivée, à la fois dans la série mais également pour plaire à un autre type de public, puisqu’il est plus caractérisé par ses choix artistique d’auteur. C’est d’ailleurs la même idée qui prévaut derrière le choix d’Anna Mouglalis. Autour de ce casting central équilibré, on trouve de sympathiques et solides seconds rôles. Mention spéciale à Astrid Whettnall, parfaite dans son rôle d’adjointe fidèle et à Hugo Becker, LA révélation de la série française, présent dans tous les bons coups (on l’a vu récemment dans Chefs sur France 2 et dans Au service de la France sur Arte).

Responsabilité des auteurs

En plus d’être bien, Baron noir est ce qu’on pourrait appeler une série responsable. Tout en n’étant jamais complaisante avec les hommes politiques, les auteurs n’ont pas non plus cédé au chant du « tous pourris » déjà bien installé dans l’air du temps et qui en décourage plus d’un. Si les personnages magouillent et font un paquet de mauvais choix, ça n’est pas exclusivement pour des questions personnelles. Les hommes et femmes de pouvoir ne perdent jamais de vue qu’ils travaillent pour la nation, veulent souvent bien faire et servir le bien commun, mais avec leurs règles du jeu (l’exemple du racket des patrons dans le pilote est à l’avantage des gens plus pauvres par exemple). L’intérêt est double. D’abord pour rendre le propos moins caricatural, mais aussi pour rendre plus attachants des personnes souvent détestées dans la réalité, nécessité absolue pour créer identification et suspense.

BARON NOIR - Episode 1

Des défauts ?

Bien évidemment aucune oeuvre n’est parfaite, et malgré une écriture talentueuse, il y a quelques défauts dans la série, qui sont d’ailleurs récurrentes en France. On peut citer un pilote un poil mou, mettant trop de temps à présenter personnages et situations, et un final trop abrupt. On peut également émettre quelques réserves sur la manière dont sont agencées les histoires intimes et les intrigues politiques, les premières ayant parfois plutôt un rôle illustratif et des enjeux trop mineurs.

Malgré tout, Baron noir reste une très bonne série politique, genre assez mal pourvu jusqu’à maintenant dans notre paysage audiovisuel. Espérons que l’audience décevante de la série, malgré une grosse campagne marketing, ne nous privera pas d’une saison 2.

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