Histoire d’une chaîne : Canal +

canal

Historique de la chaîne

Au début des années 80, il n’existe encore que trois chaînes en France. En 1982, François Mitterrand annonce la création d’une quatrième, privée et à vocation culturelle, financée ni par la redevance, ni par la pub, pour ne pas faire d’ombre aux autres. C’est donc du modèle des chaînes à péage américaines comme HBO que vont s’inspirer les conseillers du Président pour élaborer le projet. André Rousselet, un proche de Mitterrand, est nommé à la tête de Canal 4, qui deviendra Canal + suite à une erreur d’impression. Cette proximité avec le pouvoir en place est une bonne chose lorsque l’Etat, en freinant le marché de la vidéo et en ne taxant pas la vente des décodeurs, permet à Canal de se développer, mais Rousselet en contrepartie a bien du mal à mettre à distance le pouvoir politique, qui désire une chaîne culturelle, compliquant quelque peu la mise en place d’une identité cohérente. Après deux ans de travail, la chaîne est lancée le 4 novembre 1984 auprès de 186 000 abonnés. Ci-dessous, la vidéo du tout dernier test réalisé par la chaîne avant le lancement officiel. Alain Chabat est déjà là, mais pas où on a l’habitude de le voir.

Les premiers résultats ne sont pas bons. Il y a trois raisons à cela. D’abord, l’annonce en 1985 de la création de deux nouvelles chaînes privées gratuites (La Cinq et TV6), qui incite les spectateurs à attendre de voir s’il n’auront pas la même qualité gratuitement avant de s’abonner à Canal +. La deuxième raison, c’est l’erreur marketing qui a été faite au moment du lancement de la chaîne. Les fondateurs de Canal ont au départ misé sur les foyers aisés des grandes villes au lieu de viser un public plus large et populaire. La troisième raison est technique, et concerne entre autres le début du piratage de décodeurs. Pour contrer cela, Canal + met en place les plages horaires « en clair » qui doivent être une vitrine de leurs programmes, donnant aux gens l’envie de s’abonner et misant sur des programmes plus grand public. Et ça marche. En 1989, Canal +, qui était déficitaire jusque là, a 3 millions d’abonnés et fait 774 millions de bénéfices. Voici l’un des premiers programmes humoristiques de la chaîne :

Dans les années 90, le fait marquant est la prise en main progressive de la chaîne -qui est devenu le groupe Canal+- par Vivendi. La tentative d’en faire un leader mondial des télécommunications tourne court et dans les années 2000, l’entreprise traverse de graves difficultés économiques l’obligeant à une restructuration sociale, ce qui est à l’origine du turnover de la présidence du groupe. Aujourd’hui, la chaîne est en perte de vitesse, concurrencée par les nouveaux modes de consommation de l’audiovisuel (notamment Netflix) ou encore les nouvelles chaînes sportives. Elle tente de se diversifier en misant sur la création de programmes originaux, la vidéo à la demande (Canalplay et Canalplay Infinity), et les séries, notamment avec un partenariat éditorial avec OCS (Orange Cinéma Séries) en 2011 puis la création en 2013 de la chaîne CANAL+ Séries.

Ligne éditoriale

Depuis le début, Canal + mise sur une triple thématique : le porno, le cinéma (surtout récent et en multidiffusion) et le sport. À son lancement, la chaîne propose cinq films par jour et la diffusion de sports peu présents sur les écrans comme la boxe ou le catch, en plus du sacro-saint football. Le premier film porno de l’histoire de la télévision française, Exhibitions 1, est diffusé le 31 août 1985. Pour autant, malgré ces thématiques déjà présentes au lancement de la chaîne, Canal n’a pas encore d’identité propre. C’est en voulant toucher une plus large population qu’elle initie des programmes phares qui donneront à la chaîne sa raison d’être. Avec des personnalités comme De Caunes, Coluche, Les Nuls, c’est l’irrévérence, la subversion et le politiquement incorrect qui sont mis à l’honneur. Pendant très longtemps, la chaîne a été le laboratoire de l’humour français, avec un parisianisme assumé, à l’époque où parisianisme rimait avec ouverture, fun et coolitude. Mais il est difficile d’être toujours à la pointe et de se renouveler. Un exemple significatif : l’épisode de De Caunes, récemment dépassé par l’engouement « jeux vidéos » sur le plateau du Grand Journal.

NPA

Antoine De Caunes avant la chute.

Les séries sont depuis quelque temps un moyen de reprendre le terrain perdu. Cet engouement est pourtant assez récent. Rien à noter dans ce sens au lancement de la chaîne, qui rediffuse quelques programmes comme la version 60’s de Batman ou Le Frelon vert. La première phase, dans les années 90, consiste à diffuser des séries qui collent à l’humour incisif de la chaîne. C’est pour cela que ce sont les séries comiques qui sont privilégiées, mais pas n’importe lesquelles : celles qui osent tout, et de préférence les séries d’animation. Canal + achètera donc Les Simpsons, South Park, Daria et créera son propre produit avec les Lascars. L’autre genre favorisé est la sitcom. En version américaine, avec Spin City, mais aussi en VF, avec H, sitcom française portée par des auteurs maison, Eric, Ramzy et Jamel. On assistera même à un crossover de ces tendances avec Moot-Moot, série d’animation créée par Eric et Ramzy en 2007.

H

La relève Canal + à son apogée.

Si aujourd’hui Canal + mise sur les séries pour rester dans le coup, c’est que ses choix de programmation ont payé au début des années 2000 avec des séries américaines comme 24h chrono, Desperate Housewives, The Shield… Pour beaucoup de jeunes spectateurs, Canal + est associé à la découverte des premières séries américaines de « l’âge d’or ». Forte de ce succès, la chaîne tente de rester pionnière et développe des fictions françaises à un moment où plus personne ne pense que la France est encore capable de rivaliser avec les américains. C’est d’abord Engrenages qui sort de leurs ateliers de création, puis Braquo et les Revenants. Contrairement aux choix faits dans les années 90, le ton de ces nouveautés françaises est plus sombre, sérieux et dramatique. On sent également un goût très prononcé pour un genre qui existe aussi dans le cinéma : le polar à la française. Outre la création FR, le deuxième angle d’attaque du groupe pour rester pionnier et toucher l’étranger, c’est la production internationale. Initiée à toute petite échelle avec un accord de co-financement d’une saison d’Engrenages avec la BBC, le vrai manifeste de cette nouvelle ambition est la production de Borgia, série qui va chercher showrunner* et acteurs de l’autre coté de l’Atlantique. Versailles, prochain projet en cours de tournage, est la digne héritière de l’ambition de la petite chaîne française devenue grande.

Borgia

Mais le plus grand talent de Canal+, qui la différencie des autres, a toujours été celui de savoir vendre ses projets et créer l’événement.

Séries cultes

Années 90

HBlague à partLes Lascars

Années 2000

EngrenagesLes RevenantsBraquoMaison ClosePlatane – Borgia

Ils ont fait découvrir en France

Les SimpsonsDariaSouth Park24 H ChronoDesperate HousewivesBig LoveDamagesThe ShieldMon Oncle CharlieSix Feet UnderDexterRomeSpin City

2 réponses à “Histoire d’une chaîne : Canal +

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