Top 4 des feuilletons de cape et d’épée des années 1960

Ma grand-mère m’a dit un jour que les séries télé de « [son] époque » étaient géniales. Accordant peu de crédit au jugement d’une personne qui établit son emploi du temps en fonction des horaires de Plus belle la vie, je lui ai répondu qu’elle regardait sans doute le passé avec « nostalgie » et de manière « pas très objective. » Depuis, j’ai jeté un œil du côté des feuilletons français de cape et d’épée des années 1960. Je craignais de ne visionner que des trucs nounouilles du type Thierry La Fronde dont Les Inconnus ont pas trop mal saisi l’essence.

J’ai cependant découvert quelques feuilletons qui méritent assurément d’être remis en lumière. En voici le top 4, dans l’ordre croissant de mes préférences :

4) Lagardère (1967)

Immense succès public en son temps, Lagardère -adapté du célèbre Bossu de Paul Féval- est un feuilleton que l’on pourra qualifier d’inégal. Oui, il y a des longueurs dans la narration. Oui, les nuits américaines sont ratées. Oui, Lagardère ne sait pas faire du cheval. Oui, certains costumes ressemblent à des déguisements de carnaval. Oui les monologues-face-au-miroir déclamés par le fieffé Philippe de Gonzague sont kitschs… Mais le souffle romanesque est là. Parce que Jean Piat -en dépit d’une nuque longue assez dégueu quand il incarne le chevalier de Lagardère et d’un couvre pif peu ragoutant quand il est grimé en Bossu – est excellent. Et parce que la série bénéficie du thème musical le plus accrocheur de tous les temps, qui résonne dans ma tête à chaque petite victoire du quotidien !

 

3) Les compagnons de Jéhu (1966)

Qu’on se le dise, la télévision française des années 60 adorait Alexandre Dumas et l’a copieusement adapté, du rébarbatif Chevalier de Maison rouge -qui marque la naissance du genre de la série historique bien d’chez nous en 1963 – à cette version tout à fait ratée des Trois mousquetaires (1969) dans laquelle D’Artagnan a au moins 20 ans de trop pour être crédible. Parmi ces relectures Dumassiennes, c’est incontestablement Les compagnons de Jéhu – récit de la lutte acharné d’un soldat bonapartiste et d’une troupe de bandits royalistes – qui se distingue. Des dialogues et des lames aiguisées portés par des comédiens aussi beaux (Coucou Claude Giraud) que bons, un rythme toujours soutenu, des mouvements de caméras ambitieux, une bande-son à la subtile dissonance qui tient le spectateur en alerte.. tous les ingrédients sont là pour faire de ce feuilleton un incontournable de l’ORTF.

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En voilà un qu’on aimerait suivre sur Instagram ! #chilling

2) Jean de la Tour Miracle (1967)

Tiré d’un bouquin du XIXe siècle signé Joseph Arthur de Gobineau, Jean de la Tour Miracle est une espèce d’anti-héros qui n’est pas plus noble de cœur que talentueux aux armes. Attifé d’un cœur d’artichaut gros comme une pastèque, ce fringant jeune homme est souvent victime de son attraction pour les femmes. Il est également régulièrement le joujou de ses opposants dans les intrigues qui opposent Catholiques et Protestants au milieu du XVIe siècle. Mais il conserve la certitude qu’il a la carrure du héros valeureux. Et il met tant de conviction dans l’arnaque qu’on ne peut qu’accepter de le croire. Le charme fou de ce personnage est beaucoup à mettre sur le talent du regretté Patrick Dewaere -qui par la précision de ses mimiques et de ses intonations – sait retranscrire en une demi-seconde toutes les émotions de ce La Tour miracle qui mène la danse d’un feuilleton fort bien ficelé et très amusant.

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Puisqu’on vous dit qu’il mène la danse !

1) Le chevalier Tempête (1967)

Incontestablement mon coup de cœur de la décennie. Le chevalier Tempête, qui narre les aventures guerrières et amoureuses du vaillant François de Recci sous le règne de Louis XIII, est la preuve qu’on peut façonner une bonne série historique sans nécessairement l’adapter de la littérature. Encore faut-il d’excellents scénaristes : c’est le cas de André-Paul Antoine et Pierre-André Bréal qui ont imaginé une intrigue extrêmement dynamique, et des dialogues -tantôt amusants, tantôt poignants, toujours percutants – qui n’ont rien à envier à Dumas. La réussite est totale : du premier au second rôle, tous les personnages sont intéressants. Même les femmes, trop souvent réduites aux rôles d’amoureuses dans ce genre de programme, tiennent la dragée haute aux hommes. Si l’héroïne, d’abord très affirmée, se met à déconner légèrement à partir du moment où elle s’éprend du héros (« depuis que je t’aime, je ne vis plus que pour toi » gnagnagna), elle est largement compensée par la poigne de l’espionne de Richelieu (Claude Gensac, qui n’a décidément pas besoin de Louis de Funès pour être délicieuse) et l’irrésistible énergie de de la vieille tante du héros (Denise Grey, aussi géniale que dans La Boum.) Si on peut déplorer quelques couacs dans la réal (on signale une petite perche qui s’égare dans le coin d’un plan de l’épisode un, on est impressionné par quelques scènes d’ambiance hyper chiadées (matez plutôt ouverture de l’épisode 4. Une merveille on vous dit !

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Tempête dans nos coeurs

Le point on-est-pas-partenaire-mais : Vous pouvez trouver plusieurs de ces séries sur le site internet de l’Institut National d’audiovisuel (INA).

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