Coup de projo sur Indian Summers

C’est ce soir que la première saison d’Indian Summers s’achève sur Arte. Diffusée depuis fin septembre sur les ondes franco-allemandes, cette série britannique a déjà beaucoup fait parler d’elle puisqu’elle connait un véritable succès critique. Après visionnage des huit premiers épisodes, nous sommes aussi totalement conquis et avons hâte de découvrir le dénouement de cette fresque historique élégante.

l-r: Ralph (Henry Lloyd Hughes), Alice (Jemima West) Cynthia (Julie Walters), Sooni (Aysha Kala) Aafrin (Nikesh Patel)

Une Inde aux deux visages, qui envoûte nos sens

Les British, en terme d’esthétisme dans les séries, on le sait, sont la crème de la crème. Après Downton Abbey ou Peaky Blinders, nous savions à quoi nous en tenir. Avec une lumière toujours très travaillée, tout est parfaitement pensé et exécuté. Le moindre détail d’une scène est parfaitement mis en valeur, allant de la composition d’un bouquin en arrière plan du décor au léger pli du col d’un énième splendide costume d’époque. Pourtant, le résultat va encore au-delà de nos espérances lorsque nous découvrons les premières images d’une Inde des années 30, magnifiée et envoûtante, aux deux visages.

Le premier, authentique, dont les saris multicolores et les maisons très modestes aux teintes acidulés nous éblouissent, est peuplé de ses véritables habitants. Bruyant, vivant, grouillant, des silhouettes bigarrées qui défilent sans cesse devant nos yeux sans crier gare : c’est l’âme de ce pays.

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On sent la poussière voler, la chaleur dont l’ombre des maisons nous épargne, et même les épices. A la manière du film The Lunchbox, nous voyageons aussi du côté des papilles, avec une envie incessante de sentir et de goûter tous ces plats appétissants et parfumés.

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Le second visage de l’Inde, et celui sur lequel la série s’attarde le plus, est celui anglicisé des quartiers coloniaux. Le style « British » très classique, où les beiges et blancs cassés semblent régner, est simplement incrusté à ce pays sans réellement s’en imprégner ou s’en inspirer. Ainsi, voir évoluer des fonctionnaires britanniques et leurs familles dans un tel décor offre un mélange détonnant où deux cultures semblent « cohabiter », se superposer, sans jamais se rencontrer.

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Des costumes et des coiffures vintages à souhait

À côté des saris chamarrés qui étincellent, on peut dire que les habits des colons semblent bien plus sobres, neutres, voire incolores. Mais même s’il n’y a pas cette touche pigmentée et chatoyante dans les coloris des tenues des British, il est néanmoins indéniable que nous découvrons des garde-robes raffinées, où les femmes se transforment en muses et les hommes en grands dandys chics.

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À travers une volonté de reconstituer avec justesse cette véritable fresque historique, tous les éléments représentant cette époque semblent réunis. Les modes vestimentaires, les coiffures 30’s à base de gomina pour les hommes, les chignons ou coiffures à crans pour les femmes : on ne lésine pas. Cela s’étend même jusqu’aux attitudes à adopter en société, et aux danses de jadis. Tout est convoqué pour nous faire faire un bond 80 ans en arrière et nous éblouir. On adore.

MASTERPIECE Indian Summers Sundays, September 27 - November 22, 2015 at 9pm ET Part Three Sunday, October 11, 2015 at 9pm ETSooni gets into trouble. Witness tampering runs riot. Ramu confronts Armitage at the annualfair. Dougie confesses to Sarah. Shown from left to right: Rick Warden as Ronnie, Olivia Grant as Madeleine, and Henry Lloyd-Hughes as Ralph (C) New Pictures and Channel 4 for MASTERPIECE in association with All3Media International This image may be used only in the direct promotion of MASTERPIECE. No other rights are granted. All rights are reserved. Editorial use only.

Un été indien loin de la bruine anglaise

Il est agréable de découvrir ces nouveaux personnages anglais loin du temps pourri habituel du Royaume-Uni. Ici, pas d’averses ou de ciel gris : place à l’exotisme et au soleil. La chaleur étouffante qui s’écrase sur ces corps pâles, si bien mise en image ici, viendrait presque nous donner aussi des bouffées de chaleur. Cette nature forestière si sauvage, jouxtant un empire colonial tiré à quatre épingles, nous dépayse et participe à cette sensation générale d’échappée. L’estampe estivale apparaît alors comme une véritable bénédiction : lorsque nous plongeons nous-mêmes dans la rudesse de l’hiver, Indian Summers fait perdurer encore un peu nos souvenirs de vacances ensoleillés.

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Les demeures secondaires de Simla sont aussi, pour certains personnages, synonymes de vacances. Alors qu’elles permettent aux fonctionnaires britanniques d’échapper à l’asphyxie de New Delhi dans la fraîcheur des contreforts de l’Himalaya, leurs femmes s’y ennuient. En dehors du club, il n’y a pas grand chose à faire pour rythmer leurs journées, à part se prélasser et fumer. Chill à l’ancienne, en somme.

De multiples romances interdites

Il est cependant une activité qui tiendra toujours tout le monde en éveil : l’amour ! Encore faut-il aimer la personne… Dans Indian Summers, il est apparemment impossible de faire simple : un Anglais marié et père de famille tombe sous le charme de sa collègue indienne et devient infidèle, un colon qui a eu un enfant avec une indienne le renie, une Anglaise tombe amoureuse d’un Indien… les histoires d’amours impossibles ne manquent pas.

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Ce qui rend ces amours impossibles est très clair. Indian Summers, à travers de nombreux cas de figure différents, nous dévoile l’interdit silencieux autour des relations amoureuses entre Britanniques et Indiens. Faire un enfant à une Indienne et les abandonner passe encore, mais voir une femme anglaise dans les bras d’un Hindou ou d’un Parsi est inimaginable. À l’image de Downton Abbey où l’amour était défini par des carcans sociaux, Indian Summers montre ici à travers le prisme de l’amour l’une des facettes de la colonisation.

Un portrait du colonialisme réaliste et monstrueux…

Le colonialisme, Indian Summers est loin de l’illustrer comme un monde de Bisounours. Même si cette série est produite par le Royaume-Uni, le moins que l’on puisse dire est que les Anglais ne ménagent pas l’image de leurs aïeux. Ce qui ressort est avant tout un racisme omniprésent, tantôt sous-jacent, tantôt parfaitement assumé. Quoi qu’il en soit, sa manifestation est toujours violente. L’oeuvre dénonce donc les horreurs qui ont eu lieu pendant cette occupation.

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Ce qui fait l’originalité de cette série est finalement ce qui a pu lui être reproché : ne pas traiter de la chute de l’Empire Britannique des Indes du point de vue du peuple indien. Loin du combat de Gandhi et des soulèvements (même s’ils sont évoqués et esquissés), Indian Summers est d’autant plus incisive vis-à-vis des Britanniques qu’ils sont au premier plan, dans la ligne de mire des téléspectateurs. En suivant de l’intérieur cette décrépitude lente du colonialisme, à travers la vie de ses colons, on accède à un angle de vue plus rare de ce pan de notre Histoire.

Sans tours de force violents, Indian Summers dépeint de manière finalement assez distanciée une véritable ségrégation raciale. Mais cette distanciation sans commentaires appuyés est justement nécessaire pour faire jaillir la véritable monstruosité de certains colons : froide et implacable.

Le Club : une haute « bourgeoisie » et son opulence dérangeante

Le ton est donné. « Club interdit aux chiens et aux Indiens » : telle est la phrase d’accueil du Club où se retrouvent les colons de Simla. Une fois les portes franchies, c’est parti pour un spectacle dont on ne sort pas indemne. Le Club est une véritable plongée au sein de ce petit monde d’entre-soi, sclérosé et sclérosant, où chacun est en représentation et doit tenir son rôle.

MASTERPIECE Indian Summers Sundays, September 27 - November 22, 2015 at 9pm ET Part Five Sunday, October 25, 2015 at 9pm ETRalph plays politics at his engagement bash. Eugene tells Cynthia a shocking secret. Adamand his mother make a surprise visit. Shown from left to right: Olivia Grant as Madeleine and Henry Lloyd-Hughes as Ralph (C) New Pictures and Channel 4 for MASTERPIECE in association with All3Media International This image may be used only in the direct promotion of MASTERPIECE. No other rights are granted. All rights are reserved. Editorial use only.

La jolie potiche qu’on affiche à son bras, mais dont on ne doit pas entendre le son de la voix, qu’on demande en mariage pour entrer dans les rangs et pouvoir obtenir un poste plus haut placé au gouvernement ? L’homme d’affaire ruiné et dépressif, qui a tué tout seul son business et se noie dans l’alcool et un racisme sans nom contre les Indiens pour ne pas voir sa propre médiocrité ? La gardienne des lieux, qui au-delà de vouloir faire plaisir à ses invités, est en fait le chef d’orchestre de ce show de marionnettes ? Voilà ce qu’est le Club ; un bal d’extravagance et de grand n’importe quoi.

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On boit, on fume, on danse, on chante les bonnes chansons du pays, on fricote avec toutes ces femmes quelque peu polissonnes, même les femmes mariées (surtout les femmes mariées). Elles n’attendent qu’une chose : qu’on les détourne de l’ennui quotidien dans lequel elles sombrent en vivant dans ce pays dans lequel elles n’ont jamais été épanouies. Ce pays dont elles ne connaissent rien, qu’elles n’ont pas vraiment choisi (on suit monsieur « mon mari »), dont elles méprisent la culture, l’occultent, l’ignorent pour tomber finalement dans un dédain raciste.

Extras - From Lady with fan l-r: Alice (Jemima West), Madeleine (Olivia Grant), Ralph (Henry Lloyd Hughes), Eugene (Edward Hogg)

Entourés par un peuple en souffrance, dont la présence parmi eux est sensée se justifier par la nécessité de les aider, nous découvrons au contraire les colons dans cette opulence de parures coûteuses, à boire et manger plus que de raison, dans cette insouciance douce où leur seule préoccupation est leur plan de carrière. Les seuls échanges avec les Indiens se résument à leur demander de leur servir à boire et à manger, de les laver, de les transporter, ou de s’occuper de leurs enfant.

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Lorsque les masques tombent, le Club dévoile les traits les plus sombres des personnages d’Indian Summers.

Un duo de anti-héros mortifiant

Il y aurait tant à dire sur les personnages de cette série, lesquels sont aussi nombreux que variés, et permettent de croiser les points de vue sur le colonialisme et la cohabitation très ambivalente entre Indiens et Britanniques. Ainsi, il n’y a pas qu’une voix, qu’une vérité, qu’un portrait de cette époque, mais bien une vraie chorale d’opinions, de sentiments, et c’est ce qui fait la force de cette série. Tout est empreint de nuances, ni tout noir ou tout blanc, et on apprécie de voir les facettes de cette réalité.

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Il est néanmoins un duo d’anti-héros qui mérite d’être nommé : Ralph Whelan et Cynthia Coffin. Ces derniers ont cette capacité à pouvoir se montrer des plus agréables comme des plus haïssables. Alors que Ralph est un fonctionnaire très haut placé, dans les bonnes grâces du Vice-Roi, Cynthia est la propriétaire du fameux Club colonial de Simla.

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Tantôt doucereux et séducteurs, tantôt menteurs et comploteurs, ce sont des êtres hautement manipulateurs, et prêts à tout pour atteindre leurs objectifs. Ce duo étonne quand il oscille entre amitié inter-générationnelle et adoption spirituelle, où mère et fils orphelins se sont bien trouvés. Ce sont des personnages complexes : Cynthia est discrète, ne dévoile jamais son jeu, et Ralph enchaîne mensonges et cachotteries car il ne semble pouvoir placer sa confiance en personne. Ce sont des êtres esseulés et profondément meurtris, mais cette union se fait-elle pour le meilleur ou pour le pire ?

En bref, Indian Summers est une bonne série, qui combine chic de la reconstitution tout en affrontant son passé colonial. À ne pas manquer ce soir sur ARTE !

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