Coup de projo sur la web-série Gender Derby

Parce que le web foisonne de projets inventifs, de regards inédits et de propositions originales, je me propose de dénicher pour vous des pépites du web qui auront attiré mon attention.

Pour ce premier rendez-vous, si vous vous intéressez au sport, et que vous aimez les formats innovants, je vous invite à regarder la web-série documentaire Gender Derby. Son titre fait référence à un sport dont vous n’avez peut-être jamais entendu parler : le roller derby, qui se joue en équipe et en patins à roulettes. Principalement féminin et résolument féministe, il est le terrain idéal pour aborder des questions d’identité de genre.

Créée par la réalisatrice queer et féministe Camille Ducellier, et produite par les Nouvelles écritures de France Télévisions (à l’origine des web-fictions de Studio 4, et de la plateforme Youtube IRL), la série est composée de 7 épisodes d’un peu moins de 10 minutes chacun, et se visionne sur Youtube au format vertical, comme des Snaps sur Snapchat ou des Stories sur Instagram, ou comme les vidéos uploadées sur l’application récemment lancée par Instagram – IGTV -, qui a fait le choix de se consacrer uniquement à l’usage démocratisé de la verticalité des prises de vue : quand on dégaine son smartphone pour filmer quelque chose, on penche rarement l’objet pour filmer à l’horizontale. Plus qu’une web-série, Gender Derby est donc une véritable série digitale, conçue pour être visionnée sur l’écran d’un smartphone. En épousant la verticalité du support, la série renforce la proximité du spectateur avec ses personnages. Et, par l’utilisation régulière du split screen – l’image est coupée en deux pour montrer deux angles différents ou deux valeurs de plan d’une même scène – le montage est dynamisé et donne au genre documentaire une vigueur nouvelle. Bref, c’est jubilatoire à regarder du point de vue de la forme, mais c’est tout aussi intéressant dans le fond.

On entre dans la mini-série en découvrant le portrait d’un jeune joueur, Jasmin, aka Fouf la rage, qui se définit comme trans et genderfluid, c’est à dire qu’il se sent appartenir à la fois au masculin et au féminin. Pendant six mois, la réalisatrice a suivi l’équipe Montreuilloise de Jasmin, les Nasty Pêcheresses, pour évoquer avec les joueuses le rapport au genre et la façon dont la pratique du roller derby permet de questionner et de réaffirmer son identité. D’une part avec des interviews franches, où Jasmin et les autres expliquent leur rapport à la transition, qu’elle soit sociale ou hormonale, d’autre part avec la captation d’entraînements et de déconnades, qui permettent au spectateur de ressentir rapidement une proximité et une empathie avec les protagonistes, et à la réalisatrice de dédramatiser son sujet. On s’immisce alors avec plaisir dans un milieu radicalement tolérant et inclusif, où les questions sont ouvertes et où il n’existe pas de réponses binaires, où la pratique du langage est sans cesse interrogée pour s’adapter à la complexité du réel.

Un nouvel épisode sort chaque dimanche à 18h sur la chaîne Youtube IRL :

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