Hercule Poirot vs Maigret

Il faut vraiment que les scénaristes arrêtent de se lâcher sur la fiction policière. C’est vrai quoi, après les romanciers, les étudiants, les anciens soldats, les vieux, voilà que des pâtissiers s’auto-proclament “investigateurs”. Sérieusement ? Arrêtez de me faire croire, à moi, Marion, auteur sur le blog Séries Chéries que n’importe qui peut se lancer dans une carrière d’enquêteur. Niveau crédibilité = 0.

Je dis STOP. Comme si tout ce beau monde pouvait remplacer notre bonne vieille police ! Non je ne suis pas porte-parole de l’Alliance Police Nationale, mais il est essentiel de remettre les choses au point de temps en temps et de revenir aux basiques. Et quand je dis “basiques”, je pense à l’époque où la comparaison d’ADN n’existait pas, où il n’y avait pas de bases de données informatiques, pas de profiler ni de luminol pour trouver un coupable. Tout reposait alors sur un esprit aiguisé, un sens très fin de l’observation et de la logique. Ni plus ni moins.

Je pourrais nommer Sherlock Holmes, mais entre Sherlock et Elementary, je trouve que ce personnage est largement exposé, il est donc intéressant de se pencher sur des figures dont on parle peu : ce ne sont pas le commissaire Maigret et Hercule Poirot qui me contrediront. Un véritable match France/Belgique (voire France/Angleterre mais bon, je ne veux pas créer la polémique…) a lieu ci-dessous. Vous êtes prévenus, il n’y aura pas de round pour départager le meilleur enquêteur. Impossible. Ce serait comme de comparer Columbo et Monk. Au final, ce qui compte c’est le résultat, pas la méthode. Pas vrai Vic Mackey ?

TCA SUMMER PRESS TOUR 2012

Pas la peine d’insister Sherlock ça ne marchera pas, aujourd’hui on ne parlera pas de toi. Je ne craquerai pas…

ROUND 1 : La bataille du style

Oui, oui, même dans des séries policières les personnages peuvent faire attention à leur look. En l’occurrence, Jules Maigret et Hercule Poirot se définissent par leurs habitudes vestimentaires. Le travail de précision effectué par les écrivains qui leur ont donné vie nous aide à comprendre certains de leurs traits de caractère. Donc le style est très important pour mieux cerner nos deux personnages.

Jules, pour faire simple et sans aller dans le détail de la couleur des rayures de son pyjama, porte un pardessus, un complet veston, et ajoute toujours un chapeau de type “mou”. Un autre accessoire indissociable : la pipe.

Hercule porte le même genre d’ensemble, donc ce n’est pas sur ce point que nous pouvons les départager. Il possède également un chapeau de type “melon” (très populaire jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale). Son atout séduction (ou en tout cas le détail qui tue) c’est sa moustache “en croc”, comme celle de Salvador Dalí.

Vainqueur : N’étant ni fan des porteurs de moustache ou des fumeurs de pipe, le choix s’avère difficile. Je penche cependant pour l’élégance d’Hercule Poirot, son côté “distingué”, son souci du détail. Il est maniaque… mais c’est tout à son avantage.

Poirot moustache

Hercule Poirot, hipster avant l’heure

Hercule Poirot 1 – Maigret 0

ROUND 2 : Le plus patriotique

Pas besoin de rentrer dans des discussions géopolitiques. Je vais faire simple : mon étude express repose exclusivement sur la propension des deux personnages à sortir des frontières de leur pays respectifs, ainsi que sur leurs habitudes alimentaires. Alors, qui de Jules ou d’Hercule représente le mieux son pays ?

Intéressons-nous d’abord au personnage de Jules Maigret. Celui-ci reste dans l’Hexagone tout au long de sa carrière, à l’exception d’un détour par la Suisse dans Maigret voyage. Problème d’argent, de temps, manque de curiosité ? Qu’importe. Jules Maigret est français, il reste donc en France.Évoluer dans la France d’après-guerre, c’est aussi un bon moyen de renforcer ses racines et de rester fidèle à un pays, à une population qui a connu l’horreur de la guerre. Par conséquent, ses goûts culinaires restent classiques : blanquette de veau, bouillabaisse et tête de veau en tortue, cassoulet, sole dieppoise, soupe à l’oignon, fricandeau à l’oseille, canard à l’orange etc…

Au tour d’Hercule Poirot maintenant : ancien chef de la Sûreté de la Police belge, il est blessé pendant la Première Guerre mondiale et envoyé en Angleterre avec d’autres réfugiés. Il se mettra à son compte, à Londres, et deviendra détective privé. Il a des manières et une allure so British, qui font que beaucoup de gens le pensent anglais, et il leur rétorque systématiquement qu’il est bel et bien BELGE. Il se rend très souvent en France, il y passe ses vacances et/ou y enquête sur des meurtres. Son travail le mène également dans des régions plus lointaines telles que le Moyen-Orient (Meurtre en Mésopotamie) ou l’Egypte (Mort sur le Nil). C’est par ailleurs, lors de ce dernier voyage, que l’on apprend qu’Hercule boit du Petrus. Il apprécie également la crème de menthe, la crème de cassis, et les tisanes. Il ne parle quasiment jamais de nourriture belge, mais il critique souvent la nourriture anglaise comme lors de cette conversation avec Arthur Hastings, dans The Yellow Iris :

Hastings:  Rien de tel que la cuisine anglaise, pas vrai M. Poirot ?
Poirot:. Et bien Hastings, quand il fait froid et sombre dehors, et que c’est tout ce qu’il y a à manger… (il avale une bouchée et sourit), on fait avec.

Vainqueur : Maigret. Et je ne l’ai pas choisi parce que je suis française, c’est juste un fait. Poirot n’avait qu’à mieux promouvoir sa Belgique natale (et y retourner plus souvent) au lieu de critiquer les Anglais qui l’ont si gentiment accueilli.

maigret faim

A la bonne franquette !

Hercule Poirot 1 – Maigret 1

ROUND 3 : Le meilleur décor/contexte social

Ici, c’est une affaire de goût. Préférez-vous la France des années 50 ou l’Angleterre (et autres destinations poirotesques) des années 30 ?

Le commissaire Jules Maigret exerce son métier à Paris, principalement, mais aussi dans la campagne, la France profonde. L’atmosphère est quasiment toujours la même : brumeuse, sombre, étouffante, voire glauque.

Hercule Poirot baigne quant à lui, dans un climat d’entre deux guerres, avec des touches d’art déco. Il a des goûts luxueux, aime les bons restaurants, les hôtels chics, le confort de la 1ère classe lorsqu’il voyage dans l’Orient Express ou lors d’une croisière sur le Nil, ses clients sont souvent aisés… Le tout participe à donner une ambiance glamour à la série.

Vainqueur : Hercule Poirot. Luxe, élégance, argent, plage et soleil quelquefois…tout ce qu’on ne verra pas dans Maigret, mais c’est aussi ce qui fait son charme.

poirot article 4

Hercule est dans la place

Hercule Poirot 2 – Maigret 1

ROUND 4 : Le meilleur générique

Un générique de série TV c’est important, d’autant plus si cette dernière est une série d’enquêtes, car il apporte une ambiance particulière. En fait, tout commence au générique (idem pour les séries horrifiques mais ce n’est pas mon propos ici). Le générique c’est la marque de fabrique, la première impression que l’on a d’une série.

Comme je l’ai décrit rapidement au round 3, les deux séries se situent dans deux contextes très différents. Il est donc logique que leurs génériques respectifs le soient aussi. Celui de Maigret est lugubre, assez sinistre, on sent que son terrain de jeu ne sera pas des plus réjouissants. Concernant le générique d’Hercule Poirot, c’est une autre affaire. On dénote un peu plus de légèreté, de subtilité, de finesse (la faute au saxophone ?).

Vainqueur : Maigret sans hésiter. Qu’il s’agisse des images ou de la musique d’accompagnement, tout y est. On entre de plain-pied dans l’univers de la série. Et il y a de fortes chances que si vous n’aimez pas ce générique, vous n’aimiez pas la série. J’ajouterais aussi, même s‘il ne fait pas partie de cette battle, que l’Inspecteur Barnaby se positionne juste derrière Maigret . Frissons et malaise assurés !

Barnaby battle

Rhoo ça va, je t’ai mis en numéro 2 Tom, n’abuse pas non plus.

Hercule Poirot 2 – Maigret 2

Vainqueur final

Et c’est sur un score ex æquo que se termine ce choc des titans, ce combat de fins limiers, Bruno Cremer contre David Suchet, Georges Simenon vs Agatha Christie. Pour les fans d’enquêtes policières, ces deux séries (et même ces séries de livres) sont des fondamentaux, des must-have pour qui veut étudier la psychologie humaine, tout déchirer au Cluedo ou se la jouer à la Sherlock Holmes. Vive le retour aux méthodes traditionnelles ! Car Les Experts c’est sympa, mais tout le monde n’est pas doté d’un labo dans son sous-sol, ou n’a pas un entomologiste sous la main. Quand le crime arrive, il prévient rarement. Là, au moins, vous serez prêts. J’dis ça, j’dis rien.

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