Semaine d’un sériephile (19) : la rentrée de janvier

Le mois de janvier concurrence septembre avec le retour de quelques unes de mes séries fétiches : Community, Girls, Sherlock et Shameless US.

Community

Après le désastre de la saison 4 (pour moi, seuls cinq épisodes sur treize sont réussis), et surtout après de houleux démêlés entre la production, les scénaristes et les acteurs, Community est revenue le 2 janvier avec deux épisodes sous le signe de la renaissance.
Dan Harmon, showrunner* des origines, avait été remercié à la fin de la saison 3 : il était devenu trop imbuvable, et NBC avait voulu accommoder Chevy “Pierce” Chase, ex-star des années 80 qui n’appréciait – logiquement – pas que son patron se foute de sa gueule en public. Ce choix a eu un succès mitigé, si bien que Chevy a été poussé vers la porte de sortie, et aujourd’hui Harmon est de retour aux commandes de sa série. Comme pour insister sur l’échec de ses remplaçants, il baptise le premier épisode de la saison 5 Repilot (toujours aussi sympa).
Beaucoup de fans (je m’inclus dans le lot) l’attendaient comme le messie. Un messie qui est un peu un gros con, certes, mais est aussi capable d’exploits créatifs et le dépositaire de l’identité du show. Celle-ci a été malmenée depuis deux ans, et il est nécessaire de recréer des bases stables pour repartir de plus belle. La tâche est ardue, d’autant plus que le casting est lui aussi en mutation : Chevy Chase, donc, semble avoir été évincé, et Donald Glover a annoncé (à mon grand désespoir) qu’il quittait la série en cours de saison.

community 2

Faire apparaître un acteur en hologramme pendant 10 secondes pour son dernier épisode. Ça, c’est de la rancune

Force est de constater que la reprise en main de la série ne tient pas toutes ses promesses. Le premier épisode est amer, et très peu drôle. Le “Repilot” est pensé non comme un nouvel élan, mais comme un retour aux origines, sur un registre d’autant plus sombre que c’est celui de l’innocence perdue. Les personnages ne sont plus les sympathiques misfits emplis d’espoir des débuts. Les scénaristes veulent à tout prix justifier leurs retrouvailles et leur retour à Greendale. Déjà la saison dernière, le Community College posait problème : pourquoi les personnages y étaient-ils encore, alors qu’ils étaient vraisemblablement diplômés ? Un an plus tard, on assiste à une pessimiste négation des quatre saisons précédentes, et je suis dubitative face à ce reboot. La série atteint ici les limites du méta* : elle semble à la fois revendiquer ses imperfections et s’en excuser, comme lorsque Donald “Troy” Glover déplore le départ de Zach Braff dans Scrubs.
Le deuxième épisode est plus réussi, sans avoir totalement trouvé ses repères. Les problèmes de la “renaissance” de la série font place à plusieurs bonnes idées, et à un morceau de bravoure de Danny “Abed” Pudi. Je nourris donc encore de l’espoir pour cette saison 5, et j’espère que les scénaristes sauront dépasser les considérations de “crédibilité” et de “cohérence” qui ne sont pas la force de la série. Personnellement, si vingt saisons égalent la saison 3, j’accepterai sans broncher que les personnages restent vingt ans à la fac.

Girls

Lena Dunham faisait son grand retour le 12 janvier avec les deux premiers épisodes de la saison 3 :  Females Only et Truth or Dare, du Girls en grande forme. La saison 2 s’achevait sur une parodie de happy end digne d’une comédie romantique :  Adam traversait Brooklyn sans cheval blanc mais torse nu pour sauver Hannah de ses T.O.C., et Marnie renouait avec Charlie après avoir réalisé qu’elle l’aimait toujours (et qu’il était devenu très riche, soyons honnêtes). Quelques semaines plus tard (dans la série), la situation est plus en demi-teinte.
On retrouve Jessa, qui avait disparu pendant trois épisodes, en cure de désintoxication, et le bonheur de Marnie a été de courte durée. Shoshanna, qui gagne en importance en ce début de saison, est devenue une party girl qui enchaîne les aventures la nuit, et étudie fait la sieste le jour. Je suis dubitative en ce qui la concerne. Jusqu’ici, ses quelques apparitions et répliques (et ses chignons, et ses expressions faciales, et ses tics de langage) constituaient de bienvenues parenthèses comiques, et la question de sa relation avec Ray était aussi cynique qu’intéressante : peut-on aimer un loser ? Mais son personnage est si vide qu’il risque de devenir antipathique avec plus de temps à l’écran. Shoshanna m’apparaît comme une caricature de fille pourrie gâtée, futile et pas vraiment futée ; il est plus facile d’en rire que de s’y identifier. Par ailleurs, Zosia Mamet est aussi charismatique que ses collègues, et j’espère qu’en étant sur le même plan qu’elles, elle obtiendra des intrigues intéressantes qui approfondiront son personnage et lui permettront d’évoluer.

shoshanna

Quand je parlais d’expressions faciales…

En parlant d’évolution, tous ces jeunes hipsters paumés deviennent peu à peu adultes, et ça se voit beaucoup en ce début de saison 3. Ray est manager, Marnie daigne travailler dans son café (et abandonne ses rêves de carrière dans la chanson ?). Surtout, Hannah semble bien lancée dans l’écriture de son livre et s’est installée avec Adam, toujours sympathique mais si étrange qu’il semble destiné à être homme au foyer. Tous deux reçoivent même Shoshanna et Marnie pour un dîner presque parfait : tacos et glace.
Ces changements n’empêchent pas la série d’être fidèle à elle-même, tout comme Jessa. Les deux épisodes sont drôles, avec leur lot de passages embarrassants, de scènes de sexe explicites et de sarcasmes. Le virage plus sombre qu’avait pris la série en fin de saison 2 semble toutefois rester en suspens, avec par exemple l’addiction de Jessa. Personnage auto-destructeur et souvent agaçant, son traitement gagnerait selon moi à être plus « dramatique » et moins sardonique. Le propre de la série est son second degré, sa posture décalée, entre ironie latente et hype assumée. Mais quand Jessa lie une amitié avec un camarade de désintox’ de l’âge de son père, et que celui-ci lui explique que son attrait pour elle était purement sexuel, j’aurais trouvé intéressant que la séquence change de ton. Plutôt qu’une réponse mi-amusée, mi-scandalisée, un peu d’émotion sincère et de mélancolie étaient tout à fait justifiées – et même plus justifiées que la plupart des doléances et crises d’Hannah, venant d’un personnage dont on connaît les problèmes familiaux.
En bref, ce retour ne m’a pas déçue, mais ne m’a pas agréablement surprise non plus. Girls n’est pas dénuée de fond, et j’apprécie sa légèreté dans la forme, mais elle risque de devenir une parodie d’elle-même si elle n’appréhende jamais sa substance au premier degré. La troisième saison, occasion du renouvellement ?

Shameless US

La saison 3, une de mes plus belles surprises de 2013, s’était achevée sur une note très sombre pour la fratrie Gallagher. Lip était promis à l’université, et Fiona s’entendait plutôt très bien avec son patron, certes ;  mais à côté de ça, Ian s’engageait dans l’armée, Frank fuyait l’hôpital dans un état désastreux, et l’on voyait Steve/Jimmy pour la dernière fois. Le 12 janvier, la série revenait sans tout à fait me rassurer sur le sort des différents personnages.
De manière générale, de nombreux changements ont eu lieu entre la saison 3 et la saison 4, et les spectateurs ne sont pas les seuls à devoir s’adapter. La majorité des personnages sont confrontés à des environnements et des situations qui leur sont étrangères, et leur débrouillardise habituelle ne sera peut-être pas suffisante pour leur permettre de s’en sortir intacts.
En l’absence (inexpliquée) de Jimmy, Fiona accepte avec plaisir les avances de son patron, gendre idéal et middle class ; en même temps, sa carrière progresse, et elle peut enfin profiter d’un emploi stable et pour lequel elle est douée. Mais, si quand les choses se détérioreront avec ce gentil garçon qui est son supérieur hiérarchique, cela risque de mettre sa position dans l’entreprise en péril. Erreur stratégique, donc, d’autant plus que son avancement risque de passer uniquement pour une promotion canapé auprès de ses collègues…
Comme elle, Lip et Debby font des choix plutôt discutables. La cadette de la famille, jusqu’alors toujours raisonnable, pâtit à la fois de l’absence de ses frères aînés et de l’influence néfaste des précoces jeunes filles de son quartier défavorisé. Cette équivoque amitié qu’elle noue avec un jeune homme à la fois sympathique et inquiétant me fait craindre le pire pour le reste de la saison. Debby est l’un des personnages les plus touchants, et j’espère que sa crise d’adolescence (bien méritée après trois saisons de comportement responsable) ne prendra pas une tournure dramatique, au risque de me traumatiser.

debby

La puberté chez les Gallagher

Lip, lui, était trop sûr de lui, et tombe de haut dans une fac où son nom et ses origines sociales le placent tout en bas de la chaîne alimentaire. Habitué à réussir tout ce qu’il entreprend, il lui faudra comprendre que même un génie autoproclamé doit travailler un peu à l’université. Le voir retourner au bercail sans diplôme est une vraie éventualité, et serait une terrible déception. Ian, qui vit probablement une situation encore plus dure dans l’armée, n’apparaîtra sûrement pas dans cette saison. Je prie seulement pour son retour sain et sauf à la prochaine saison, ou peut-être au season finale ? (Et pour son mariage heureux avec Mickey Milkovich, mais c’est une autre histoire). En attendant, il faut se contenter de ce tumblr officiel, probablement tenu par un stagiaire de chez Showtime.
La série manie toujours aussi bien le mélange des registres, entre l’outrancier le plus tapageur et la mélancolie crève-cœur. Plus sombre et moins déjantée que la série UK dont elle est l’adaptation, elle recèle toujours des moments fous, à la limite du crédible tant ils outrepassent la plupart des normes qui nous sont inculquées, et qui pourtant semblent réels et ont un sens. Si cette saison est à la hauteur de la dernière, tous les spectateurs risquent de passer un très bon moment, avec des épisodes qui s’annoncent très intenses.

Sherlock

Histoire vraie : entre le 15 janvier 2012 et le 1er janvier 2014, si vous tendiez l’oreille la nuit, n’importe où dans le monde, vous pouviez alors entendre les sourds violons d’innombrables et désespérées lamentations. 716 jours, 17 184 heures, c’est le temps que les sherlockians éperdus et autres cumberbitches ont dû attendre pour retrouver leur raison de vivre. Plus d’un million de minutes passées en apnée dans un monde gris et fade, un monde sans Sherlock.
(Et aujourd’hui, rebelote).
Dans The Recheinbach Falls, le célèbre détective était laissé pour mort, et son fidèle compagnon Watson inconsolable. Le fait que la série s’inspire librement d’intrigues centenaires, et qu’une saison 3 était annoncée, avait légèrement vendu la mèche : Sherlock is alive ! Après avoir batifolé en Terre du Milieu et dans l’espace, les deux compères ont donc daigné revenir sur nos écrans pour trois nouveaux épisodes.
Le plaisir de retrouver ces personnages et cet univers est indéniable. Tirades-mitraillettes, Palais Neuronal, répliques qui tuent et bromance : tout y est. Mais la saison 3 apparaît principalement comme une saison de transition. Moffat et Gatiss, les créateurs et scénaristes, ont manifestement voulu renouveler le show tout en récompensant les fans pour leur patience. De ce fait, deux choses m’ont manqué : aucun épisode n’adopte le format habituel de l’enquête, et le vide laissé par Moriarty n’est pas réellement comblé en termes de tension et d’intensité.
The Empty Hearst est un cas d’école de fanservice*. À peu près 98% des images de ce premier épisode sont destinées à constituer une armada de gifs, toute prête à envahir tumblr. En deux ans, Gatiss et Moffat ont probablement eu l’occasion de constater l’ampleur du phénomène sur le web, et n’ont pas eu à chercher bien loin pour réutiliser les obsessions de leurs nombreux adeptes. Forcément, c’est très drôle, peut-être même trop drôle ; au milieu des clins d’œil et des moustaches, il y avait une intrigue « sérieuse » qui n’a pas du tout réussi à exister. Vous y avez cru, vous, à cette tentative d’attentat ? Les retournements de situation étaient attendus, et ce premier épisode m’a laissé une impression de frénésie, un déluge d’images, de situations, de blagues montées très rapidement parce que trop longtemps retenues.

sherlock

Mariage pour tous ?

De fait, les effusions des retrouvailles ont laissé place à deux épisodes que j’ai trouvé plus intéressants – avec quelques réserves, surtout sur la fin du troisième épisode. Quelques scènes ponctuelles m’ont encore donné l’impression que le show se regardait exister avec beaucoup d’autosatisfaction, dans une posture semblable, finalement, à celle du personnage principal : Sherlock, avec tous ses défauts, se sait irrésistible. C’est d’autant plus dérangeant que, ces deux dernières années, j’ai eu l’occasion d’apprendre que Steven Moffat et Martin Freeman avaient leurs propres défauts, et qu’ils pouvaient donc être plus modestes en ce qui concerne, plus particulièrement, la diversité et la place des femmes dans leur série. L’addition de deux personnages féminins dans cette troisième saison semble être une réponse directe à diverses accusations, mais n’est à mon sens pas complètement une totale réussite. L’approfondissement de la relation entre Sherlock et son frère Mycroft, par exemple, est beaucoup mieux géré que la relation amoureuse de Watson… Ce sont décidément les personnages masculins qui marquent le plus dans cette série, à l’instar du « méchant » de cette saison, qui n’a pourtant que peu de temps à l’écran et aurait mérité d’être plus développé. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir hâte de voir la saison 4.

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