Semaine d’un sériephile (37) : en mode rétro ! Les arts martiaux font la loi

Everybody was kung fu fighting. Those cats were fast as lightning. Vous l’aurez compris, aujourd’hui je ne vais pas vous parler de Sous le soleil. Non, je crois qu’il serait temps de parler de séries où la loi des coups est la plus forte, où les coups de pieds ont plus d’impact que la meilleure des répliques, bref il est l’heure de parler d’arts martiaux en séries !

Les pays d’Asie n’ont pas tout à fait le monopole sur le karaté. Bien avant les Kill Bill de Quentin Tarantino, les arts martiaux ont su traverser les frontières pour devenir une référence universelle. C’est particulièrement cet aspect qui m’intéresse aujourd’hui. Art du combat aussi bien que philosophie de vie, les arts martiaux symbolisent l’Asie. Reprendre cette culture dans des productions US pourrait permettre la création d’un dialogue interculturel. Mais comment s’y prennent-elles ? Influence stylistique, reprise de l’esprit du combat ? Ou tout simplement défouloir jubilatoire ? En avant pour un petit voyage avec trois séries aussi différentes qu’emblématiques d’un certain esprit du combat : Le Flic de Shanghai, Walker Texas Ranger et pour finir la série qui a apporté les arts martiaux sur le territoire américain, Kung Fu.

Chuck Norris In 'Walker, Texas Ranger'

Toi, tu commences à me baver sur les rouleaux…

Donner des baffes oui, mais avec style

Le Flic de Shanghai est Sammo Law (Sammo Hung), un homme apparemment inoffensif, un peu potelé, un peu âgé, le fonctionnaire tranquille en somme. Et pourtant, méfiez-vous de l’eau qui dort… Policier à Shanghai, il rejoint la police de Los Angeles dans le but de retrouver la trace d’un dangereux chef de triade chinois. Adepte des enquêtes musclées, il va quelque peu bousculer les traditions US en montrant que quelques coups de poings et de pieds valent parfois plus qu’un long interrogatoire.

Sammo arrive en étranger, il ne maîtrise pas les codes et les habitudes du pays dans lequel il arrive. Parlant peu, au milieu de personnes plutôt volubiles, économe de ses gestes et plutôt guindé, il semble être toujours en décalage par rapport à ses nouveaux collègues de la police de Los Angeles. Il symboliserait même une certaine vision de la Chine, austère mais diablement efficace.

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Qui a dit que j’avais l’air pépère ??

Les différences culturelles se cristallisent surtout dans le tandem Sammo/Terrell (Arsenio Hall). Ce duo d’opposés n’est pas sans rappeler celui formé par Jackie Chan et Chris Tucker dans la série de films Rush Hour. Le Flic de Shanghai a d’ailleurs débuté alors même que le premier film sortait sur les écrans, en septembre 1998. Simple hasard ou opportunité marketing ? On retrouve en tout cas cette allure de buddy movie avec le flic exubérant et son partenaire taciturne mais virtuose dans la distribution de coups de pieds. Très différents dans leur manière d’aborder les enquêtes, les deux flics vont pourtant devenir complémentaires. Terrell permet à Sammo de s’intégrer en l’initiant à la culture US tout en se familiarisant lui-même aux arts martiaux. Le melting pot US porte ses fruits et tout le monde finit ainsi par apprendre les uns des autres. La vie est belle, le monde est merveilleux.

Si le message positif est au rendez-vous on en vient presque à regretter que le thème du déracinement et de la difficulté d’adaptation ne soit pas plus mis en jeu. C’aurait pu être le sujet même de la série mais les difficultés sont aisément effacées par le bon esprit émanant de tous les collègues de Sammo. Tout le monde est presque trop gentil dans cette série. Le Flic de Shanghai est avant tout centré sur le côté plein les yeux des combats. Oubliez la complexité et détendez-vous, le spectacle commence.

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Hey, ils sont où Starsky et Hutch ?

Qu’en est-il des arts martiaux dans tout ça ? On pourrait résumer cet aspect en un mot : virtuosité. On ne peut pas s’empêcher de penser à Jackie Chan en voyant combattre Sammo. Utilisation de l’espace et des objets aux alentours, sauts en tous sens et rapidité, on retrouve ce côté cascadeur fou rendu célèbre par Chan dans ses films. Rien d’étonnant à cela. Sammo Hung et Jackie Chan ont beaucoup en commun. Sensiblement du même âge, les deux acteurs ont été formés ensemble à l’Académie d’étude du théâtre chinois de Hong Kong. Leurs parcours se sont poursuivis de concert avec de nombreux films réalisés par Sammo avec Jackie Chan dans le rôle principal dont Soif de Justice, Le Flic de Hong Kong, First Mission ou encore Dragons Forever.

Chez Sammo Hung comme chez Jackie Chan on retrouve cette même conception des arts martiaux comme une chorégraphie à la fois folle et extrêmement maitrisée où tout peut être utilisé pour apporter du spectaculaire dans l’action. Si Jackie Chan utilise souvent cette technicité pour apporter aussi de l’humour dans les combats, Hung se concentre plutôt sur une efficacité redoutable des mouvements. Regarder un épisode du Flic de Shanghai c’est un peu regarder un feu d’artifice d’action. Les arts martiaux deviennent ainsi un spectacle graphique, un défouloir complet pas très réaliste mais extrêmement prenant. On rejoint là le cinéma hong kongais des années 80, plus léger que celui porté par Bruce Lee dans les années 70, plus proche du divertissement mais aussi plus accessible pour un large public.

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Un casier ? Un visage ? Une rencontre.

Le Flic de Shanghai a été une série éphémère, avec seulement deux saisons au compteur. Simpliste et assez anecdotique au niveau de ses intrigues elle acquiert tout son intérêt si on la considère comme une porte d’entrée vers le cinéma d’action hong kongais. Portée par un acteur majeur de ce genre, elle nous permet de nous initier à une mise en scène de l’énergie où l’action impulse l’intrigue. Les arts martiaux peuvent être une fin en soi et cette série le montre bien. Si vous aimez les feux d’artifice, la série pourrait bien parvenir à vous entraîner dans son tourbillon d’action.

Je mets les pieds où je veux… Et c’est souvent dans la gueule…

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Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est.

Chuck Norris est plus qu’un acteur, c’est un mythe, une légende. Une histoire née avec un combat contre Bruce Lee dans La Fureur du Dragon en 1972. Depuis, à force de nanars et de répliques à l’emporte pièces, Chuck Norris est devenu une icône de la culture du n’importe quoi. Au cours de ce magnifique parcours, Chuck nous a offert son interprétation du héros avec un grand H, Walker Texas Ranger.

Véritable cow-boy des temps modernes, le ranger Cordell Walker lutte pour défendre la loi et l’ordre dans la ville de Dallas, Texas. Pour combattre le crime, il ne connait qu’une réponse : la voie du combat. Avec sa brigade adepte des arts martiaux, le ranger redresse les torts et fait aussi figure d’aide sociale en permettant à des jeunes de se détourner de la voie de la délinquance et de la drogue pour retrouver le chemin du bien. Quel homme ce Walker !

Mélange de cow-boy, de guerrier hong kongais et de prédicateur, ce shérif des temps nouveaux offre une interprétation édifiante de ce que peut signifier être un héros. Oubliez les nuances de gris, les personnages torturés ou les tentations, le représentant de la loi est ici l’incarnation du bien. Protecteur des innocents et des valeurs familiales, le shérif se retrouve institué dans le rôle du héros parfait doté d’une morale inébranlable. On est bien loin du western moderne ou des personnages d’un Sergio Leone, ou même d’un John Ford.

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Welcome in Texas !

Cordell Walker n’est pas qu’un flic chargé de résoudre des crimes, il est aussi un mentor et un père délivrant la parole de la justice et aidant ceux qui en ont besoin à retrouver des repères. On ne compte plus les épisodes où on le voit apprendre les arts martiaux à de jeunes adolescents de quartiers difficiles. Le ranger offre une chance, une considération pour les plus défavorisés, un peu à la  manière d’une association religieuse finalement. En assumant constamment cet aspect un peu mièvre de l’espoir et de la rédemption toujours possible, cette fiction devient une espèce d’OVNI parmi toutes les séries policières et les séries d’action. Franchement, vous imaginez un peu Jack Bauer en train de donner des cours de déminage ou Dexter en train d’apprendre l’égorgement parfait ?…..

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Un flic ? Un pasteur ? Mieux un ranger !

A tous les niveaux, Walker Texas Ranger est une série excessivement simpliste. Le reflet d’un autre temps où les bons et les méchants étaient bien désignés et faciles à repérer. Aucune complexité dans les enquêtes, aucun doute dans la culpabilité d’un personnage. Tout coule de source et le monde est simple. Une simplicité rassurante finalement. Lorsque tout est limpide et que les méchants sont forcément punis à la fin, on ne peut que croire aux valeurs transmises par les bons shérifs. Cette logique du bon cow-boy est même tellement poussée que l’on se croirait parfois dans une vision idyllique de l’Amérique telle que l’aurait rêvée Ronald Reagan. Faites attention aux méchants communistes et suivez les chapeaux de cow-boys, vive le manichéisme et America Forever my friends !

Et les combats dans tout ça ? Pour poser le contexte il faut déjà dire une chose, tous les personnages de cette série pratiquent les arts martiaux ! Il n’y a pas un drogué, un bucheron ou un clochard qui ne placera pas son high kick réglementaire ! Attention si vous allez au Texas, l’épidémie de kung fu frappe vite et fort… Pour le réalisme par contre, on repassera.

Les combats c’est l’affaire du Walker. Qu’il y ait un ennemi, deux, trois ou même cinquante, lorsque le ranger Walker est dans la place, tout passe, tout casse ! Il est le super héros du coup de pied retourné, l’as de la manchette. Les arts martiaux selon Chuck Norris sont loin de ceux de Sammo Hung et Jackie Chan. Les chorégraphies se montrent beaucoup plus simples et moins impressionnantes mais l’efficacité est au rendez-vous. Ralentis et bruitages viennent amplifier chaque coup pour mieux mettre en valeur toute la force de chaque impact. On rejoint là l’esprit des arts martiaux à la Bruce Lee avec des chorégraphies reposant avant tout sur l’efficacité plus que sur un spectaculaire irréaliste.

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Attention ça descend !

S’inscrivant dans la tradition des films de Kung Fu, Cordell et son équipe se défont des ennemis avec tout le panache des héros traditionnels du genre. Les ennemis sont nécessairement faibles et imprécis dans leurs coups, tandis que Walker et compagnie apparaissent quasiment invincibles. Associés au contexte très traditionnaliste et très manichéiste, les combats renforcent encore l’image du héros dans toute sa splendeur. Walker n’est pas seulement un bon combattant, il semble doué de facultés presque surnaturelles. Veuves et orphelins, ne tremblez plus, le messie est arrivé et il s’appelle Chuck.

 La conquête du Zen

Bien avant Walker et Sammo, une série a participé à la diffusion des arts martiaux en occident. Son nom : Kung Fu. Nous sommes en 1972, David Carradine est Kwai Chang Caine. Métis né d’un père américain et d’une mère chinoise, Caine a été recueilli et élevé par des moines Shaolin après la mort de ses parents. Suivant l’instruction traditionnelle du monastère, il a appris au fil des ans à maitriser le kung fu. Plus important encore, il a appris la sagesse et la force de la méditation.

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Si si il est chinois je vous assure.

L’intrigue de la série commence lorsque le mentor de Caine, maître Po, est assassiné par le neveu de l’Empereur de Chine. Enfreignant la règle de non-violence du monastère, Caine tue le meurtrier de son maître pour ne pas laisser ce crime impuni. Désormais recherché par les autorités chinoises, Caine n’a d’autre choix que l’exil dans la patrie de son père, les États Unis. Parcourant les routes du far west, il tente de retrouver la trace de ses origines tout en échappant aux chasseurs de prime et autres hors la loi peuplant ce nouveau monde.

Avec Kung Fu, on assiste à la fusion entre deux genres cinématographiques, le western et le film d’arts martiaux. Ces deux genres connaissent alors un regain de popularité avec d’un côté les westerns spaghetti italiens et de l’autre les films de kung fu de Bruce Lee. On pourrait croire au plan marketing mais cette double appartenance est au cœur même de l’intrigue. Ces genres représentent deux cultures, l’Asie et l’Amérique du Nord, avec des codes et des modes de vie totalement différents. L’histoire de ces deux cultures se rencontre à travers le destin de Caine, un homme issu de ces deux origines. Loin d’être un simple cadre ou une simple référence, le mélange entre Chine et Etats-Unis vient interroger la question de l’identité voire même le mythe du melting pot US.

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Oui le chapeau de cow-boy après tout c’est très surfait….

Caine est un homme déraciné. Élevé selon les principes de la tradition chinoise, il arrive sur un continent dont il ne maîtrise pas les codes et les habitudes. Il est à la fois l’étranger et le marginal, une figure assez fréquente des westerns spaghetti de l’époque. On peut penser par exemple à l’homme sans nom dans Pour une poignée de dollars. L’originalité c’est que cet étranger-là déteste la violence. Ça n’a l’air de rien ? Et pourtant ça change tout.

Kwai Chang Caine se confronte à un far west particulièrement farouche. Asiatique et nomade évoluant dans une Amérique rurale et repliée sur elle-même, il doit faire face à un racisme omniprésent. Pourtant, là où un Clint Eastwood aurait fait parler les colts, Caine fera tout pour éviter la moindre violence. Respectant les principes des moines Shaolin, il n’assumera de recourir à la force qu’en tout dernier recours, lorsque tous les autres moyens auront échoué. Ce choix du non-agir rend le personnage complètement atypique et très moderne. Ce que l’on pourrait prendre à première vue pour une faiblesse donne toute sa force au personnage. Pas besoin de jouer les gros bras. L’attente et l’observation peuvent être tout aussi efficaces que la force brute.

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Ouvrez , ouvrez la cage aux oiseaux. Regardez les s’envoler c’est beau !

Kwai Chang Caine rompt totalement avec la tradition du héros omnipotent. C’est un personnage blessé, portant la culpabilité d’un meurtre et recherchant ses origines. Il n’est pas un super héros, il essaie juste de survivre avec sa fragilité dans un monde qui le rejette, c’est déjà beaucoup.

Les combats dans Kung Fu participent aussi à donner de la profondeur à Caine. Après tout, il n’est pas juste un homme lambda. Ancien moine Shaolin, il a ce qu’il faut comme répondant pour clouer le bec des desperados un peu trop entreprenants. Par contre ne vous attendez pas à pirouettes et cabrioles, le cirque de Pékin c’est pas ici.

Caine, c’est la maîtrise et l’art du contre (ne jamais frapper le premier) et surtout, la force du ralenti. Alerte à Malibu n’a rien inventé, déjà à l’époque on savait utiliser un petit ralenti bien placé pour mieux esthétiser l’action. S’inspirant des films de Hong Kong, la chorégraphie se veut avant tout réaliste. Caméra très près des corps, découpage de chaque mouvement, on se retrouve véritablement plongé dans chaque combat. L’esthétique des affrontements devient une esthétique de l’impact où chaque mouvement crée le suspense.

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Kung fu, parce qu’il le vaut bien.

A tous les niveaux, Kung Fu nous immerge dans ce que recouvrent les arts martiaux. A la fois discipline personnelle, philosophie du zen et technique d’auto défense, le kung fu est un mode de vie. Comme quoi, une série peut aussi donner l’envie d’apprendre et de respecter une autre culture.

Une réponse à “Semaine d’un sériephile (37) : en mode rétro ! Les arts martiaux font la loi

  1. hum pour la critique de Walker c’est une mauvaise critique à l’emporte pièce car les différent épisodes sont inégaux étant souvent de différents scénaristes, de différents metteurs en Scènes, on trouvent de magnifiques épisodes, de trés bons méchants bien travaillé ( pas toujours c’est certains) style les méchants de, manga, qui justifie leurs bêtise, un mélange de zen, de chamanisme indien d’Amérique et de christianisme, avec certains épisodes se déroulant en partie ou complètement dans l’ouest historique, (l’ancêtre de Walker).

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