Mini-série : une série comme les autres ?

Quand je fais le point sur les séries que j’ai suivies en 2014, un constat inéluctable s’impose : j’ai presque complètement arrêté de regarder des séries au long court. Devant l’objectif de productivité, c’est-à-dire la satisfaction que procure une série finie (control freak ? je ne vois pas de quoi vous parlez), les mini-séries ont envahi dangereusement le monde de mes fictions.

De quoi s’agit-il au juste ? Une série avec un petit nombre d’épisodes par saisons comme In the Flesh ou une série avec une histoire qui s’étend sur un nombre limité d’épisodes comme Les Pilliers de la Terre ?

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In the Flesh, des Revenants version UK

Un genre mal connu ou un format à part ?

La mini-série ne date pas exactement d’hier. Popularisée aux Etats-Unis avec la diffusion de Roots, la célèbre saga sur l’esclavage dont je vous ai déjà parlé, elle est familière aux publics anglo-saxons mais on sait rarement la définir de manière stricte. Pour moi, c’est net, qu’importe le nombre d’épisodes (I, Claudius par exemple comporte 13 épisodes), c’est l’absence d’une seconde saison qui détermine le format. Son histoire est ainsi terminée d’avance, contrairement aux séries classiques dont les scénaristes brodent l’histoire au cours de sa diffusion. Si les anglais appliquent cette définition de manière stricte à des programmes entre 2 et 5 épisodes, les Américains sont beaucoup plus laxistes. Ainsi, quand Les Revenants font un carton au festival Sundance, ils parlent d’emblée de mini-série.

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Roots, mini-série américaine des années 70.

Si la mini-série est avant tout un format, c’est aussi le support privilégié pour des adaptations d’œuvres littéraires classiques, ou des sagas au format lourd : en gros des téléfilms obèses. En Angleterre, on adaptera toutes les œuvres classiques de la littérature, de Shakespeare à Jane Austen, en France on préférera les sagas de l’été, et aux USA, les grands mythes de la culture chrétienne occidentale (Jésus de Nazareth et Roots notamment).

Vers un raccourcissement des programmes

Le format des séries subit depuis ces dernières années de profondes mutations et une diversification qui n’est pas pour déplaire aux téléspectateurs. Où sont passés les Lost, les Desperate Housewives de 24 épisodes en 40 minutes ? On en trouve encore, mais aujourd’hui c’est le format câblé qui prime : 10 à 13 épisodes de 50 voire 60 minutes. Qu’est-il arrivé au petit écran ? La grève des scénaristes de 2007-2008 aura contribué largement à changer la donne et à rendre les chaînes beaucoup plus prudentes. Problèmes budgétaires, frilosité des producteurs, coûts de productions élevés de séries blockbusters comme Game of Thrones : tout contribue à privilégier un format court.

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The Slap, mini-série australienne.

Pendant ce temps la mini-série suit son petit bout de chemin. En perte de popularité dans les années 1990, elle revient en force ces dernières années. Les chaînes historiques américaines se lancent à cœur perdu dans cette aventure (Hatfields & McCoys, Klondike) tandis que l’excellence des mini-séries anglaises devient internationale. C’est le modèle du genre.

Un format en phase avec de nouvelles pratiques ?

Pour moi, la mini-série entraîne une consommation des séries très différentes des pratiques « addictives » qu’on a tendance à mettre en exergue dans les médias. Les séries au long court et celles diffusées selon le modèle Netflix entraînent un phénomène dit de binge watching* : qui n’a pas passé une journée entière à enchaîner des épisodes dont chaque cliffhanger* rend la nécessité de continuer plus intense ? Cette pratique s’articule mal avec l’abondance de séries qu’on peut avoir sur nos écrans en 2014 et l’impression de goulet d’étranglement qui en découle me fait privilégier les mini-séries à des pratiques de plus en plus chronophages. La série classique, c’est l’art de la répétition, et le symptôme de l’abondance de notre société de consommation. La mini-série se savoure comme un plaisir plus éphémère et se positionne sur une offre de rareté.

Il se pourrait bien également qu’elle soit la solution à la convergence de plus en plus forte entre les écrans de cinéma et télévisuels. Combien sont les réalisateurs depuis plus de 20 ans à s’essayer au petit écran, principalement par le biais de la mini-série ? Croisement entre le film et la série, le format s’adapte très bien aux envies des réalisateurs. Après David Lynch (Twin Peaks), Lars von Trier (L’Hôpital et ses fantômes), c’est au tour de Jane Campion de changer de cadre et de durée. Elle a imaginé avec son complice australien Gerard Lee une mini-série de six heures, présentée dans les festivals de cinéma de Sundance, Berlin et Cannes en 2013 : Top of the Lake, diffusée en novembre sur Arte.

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L’Hôpital et ses fantômes, la mini-série terrifiante et barrée de Lars von Trier.

Des séries comme Sherlock, dont l’espace entre les différentes saisons la font largement passer pour une mini-série, ou Top of the Lake permettent bien plus d’expérimentations en salles de cinéma en mal de spectateurs qu’une série de 6 saisons telle que Les Soprano. L’avenir nous dira si elles resteront un genre mineur ou imposeront la mode du mini au reste des séries !

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