Coup de projo sur Bojack Horseman

Sortie en août 2014, Bojack Horseman est un petit bijou made in Netflix encore peu connu dans nos vertes contrées. Comme beaucoup, vous êtes passés à côté ou vous ne la connaissez pas encore ? C’est bien dommage mais ne vous inquiétez pas : une cure de cheval est toujours possible.

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Bojack Horseman, héros sans emploi

Sexe, drogue et équitation ?

Cette série a été créée par Raphael Bob-Waksberg, auteur relativement inconnu (ne le prends pas mal, hein), et peut déjà compter au niveau de ses points forts son superbe casting : Will Arnett (inoubliable dans Arrested Development, il a déjà doublé La Grande Aventure Lego et Ratatouille), Aaron Paul (Breaking Bad), Alison Brie (Community, Mad Men et – elle aussi – La Grande Aventure Lego) ainsi que Amy Sedaris, actrice et humoriste américaine. Un casting non seulement talentueux mais aussi parfaitement adapté à une galerie de personnages plutôt haute en couleur et en caractères déjantés.

Attention par contre si vous avez cru que cette série était le dernier spin off de Mon Petit Poney ! Ne montrez pas ça à des enfants, sauf si vous souhaitez les traumatiser ou finir avec un procès ! Sexe, drogues, humour sarcastique et noir y sont omniprésents.

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Non, Bojack n’est pas tout à fait un dessin animé jeunesse.

Mais de quoi parle-t-on au fait ? Bojack Horseman est un acteur has-been, narcissique et dépressif, vivant dans son petit monde limité aux murs de sa villa hollywoodienne. Il s’accroche aux restes de sa gloire passée, le rôle principal d’une sitcom familiale à la Madame est servie durant les années 90. Bojack semble coincé entre son squatteur parasite Todd et son agent/ex-petite amie Princess Carolyn. Celle-ci ne cesse de lui mettre la pression pour qu’il sorte enfin son autobiographie dans l’espoir fou que sa carrière rebondisse enfin. Bref, sa vie est une fête.

L’histoire démarre sur l’envie, que dis-je, le besoin de Bojack d’être aimé et reconnu à nouveau. Pour se faire, une seule solution, raconter sa vie dans un livre. Enclin à la procrastination (reflet plus léger de sa bien réelle dépression), Bojack est contraint à faire appel à un ghost writer. Entre alors en scène Diane Nguyen, qui se trouve être la petite amie du rival de Bojack : Mr. Peanut Butter (un homme labrador à la langue toujours bien pendue).

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Une galerie de personnages pas tout à fait comme les autres.

Le Merveilleux monde d’Hollywood

S’il s’agit d’une comédie, le drame est partout. Ne vous contentez pas des deux premiers épisodes qui ne sont tout au plus qu’une mise en bouche sympathique. Tout en gardant le fil conducteur, soit l’écriture des mémoires de Bojack, chaque épisode de 25 minutes aborde un thème ravageur. Entre autres joyeusetés, la difficulté de vieillir pour une enfant-star (épisode 3), la trahison et la mort (épisode 8) ou encore le thème de la solitude, presque omniprésent dans la série.

La dépression est l’un des sujets majeurs de Bojack Horseman. Toujours avec un regard humoristique, sans jamais minimiser son impact, ce thème est très finement traité. Le générique l’illustre clairement. Avec une musique à la fois entraînante et planante, on voit tout ce qui entoure le personnage de Bojack vivre et s’animer, tandis que lui reste le regard vide, « face caméra », fixe, presque absent du monde qui l’entoure.

Au cours du récit, chaque personnage prend de l’ampleur et se montre plus complexe. Derrière la naïveté bête de Todd se cache un artiste qui cherche à s’exprimer. Diane, avec son intelligence aiguë, est en pleine contradiction entre le rejet d’une société hollywoodienne intrusive et superficielle, et l’envie d’en faire partie et d’être reconnue en tant qu’écrivain. Bojack, le personnage central de la série, a tout de l’antihéros, et le traitement narratif auquel il a droit ne lui fait pas de cadeau. Mais c’est aussi là la force de cette série. Pas de place pour les bons sentiments et les fins heureuses. La vie est galère, débrouille-toi avec ça.

30 millions d’amis ?

Parti pris un brin audacieux, la série a fait le choix d’un anthropomorphisme complètement assumé. C’est déroutant mais il me semble que l’on peut (ou pas) l’interpréter comme on veut. D’un point de vue esthétique c’est drôle, et côté écriture c’est plutôt malin. Chaque personnage a la personnalité de l’animal qu’il représente et les auteurs n’hésitent pas à s’en servir pour créer de très bonnes situations ou répliques absurdes. Et puis, d’un autre côté, le mélange peut créer une certaine gêne. Le côté zoophile entre animaux et humains, ça peut être drôle dans un sens un peu potache, mais ça peut aussi refroidir.

 

Si l’anthropomorphisme peut surprendre, on s’y fait précisément parce que les caractéristiques des personnages sont réelles et justes. Ils sont si humains qu’au bout d’un moment on ne voit plus les animaux mais bien plutôt ce qu’ils représentent.

Alors pourquoi avoir mélangé des animaux avec des humains ? Oserons-nous faire une référence à La Fontaine qui se servait d’animaux caricaturaux pour dénoncer les travers des hommes ? Allez, oui, on ose ! Et puis pourquoi pas au fond ? C’est aussi ça qui est bon avec les dessins animés, on fait ce qu’on veut !

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Les dauphins peuvent ils avoir une vie sexuelle épanouie ? Un sujet brûlant.

T’as le look coco.

Pour ce qui est de la technique, il faut bien avouer que l’animation manque globalement de fluidité. On peut constater que le générique est très soigné, avec une musique jazzy composée par Patrick Carney (The Black Keys), et une très belle séquence de bad trip dans l’épisode 11 prouve que ce n’est pas un manque de savoir-faire, mais plutôt un choix (budgétaire, à mon humble avis).

La mise en scène reste assez classique, pas de surprises particulièrement déjantées au niveau de la narration à signaler. On trouve tout de même une certaine récurrence d’une technique bien connue des fans d’How I Met Your Mother, la technique du saut dans le passé, alias le traditionnel flash-back, à l’effet drolatique toujours très efficace pour amener un peu de dynamisme dans la narration.

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Niveau dessin, on est très premier degré : ligne de contour noir, aplats de couleurs primaires, yeux globuleux. Toutefois, de belles subtilités dans le traitement des textures, telle que la peau de Bojack, ou encore dans les décors viennent égayer un peu le tableau. Le trait naïf associé à des figures très réalistes et dans l’air du temps (je pense aux styles vestimentaires, ou encore aux détails des intérieurs…) donne non seulement une personnalité propre à la série mais surtout une vraie force humoristique dans le décalage visuel.

Ce décalage que seul le dessin animé peut engendrer entre naïveté de la forme et sombre ironie du fond est très bien exploité par Happy Tree Friends d’Aubrey Ankrum et Rhode Montijo, qui mélange les dessins tout mignons d’adorables bestioles avec d’épouvantables accidents mortels, ou encore chez Rick and Morty de Dan Harmon et Justin Roiland, où le trait enfantin ne cache pas les grossièretés sans nom que profère Rick. On est peut-être pas tout à fait dans le même registre avec Bojack mais l’efficacité est la même.

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Amour, Gloire et Poney ?

Au niveau de ses thèmes et de son ton, difficile de ne pas penser à certaines séries animées qui avaient déjà en leur temps montré la voie de l’ironie mordante. Bojack Horseman dépeint un milieu du showbiz aussi malsain et pourri que celui illustré par Profession : critique d’Al Jean et Mike Reiss mais plus globalement, j’ai retrouvé dans cette série la vision désabusée du monde que j’aimais tant chez l’incontournable Daria de Glenn Eichler, Susie Lewis Lynn et Mike Judge.

Avec Bojack Horseman, Netflix prouve encore une fois sa volonté de suivre et dépasser ses maîtres : HBO pour le ton « comedy drama » et, une fois n’est pas coutume, MTV pour son ton provocateur et insolent. L’ambition est là et avec Bojack soyez prévenus, pas de faux semblants. Bienvenue dans un monde égoïste et superficiel, où chaque faiblesse est une arme d’autodestruction massive. «Alright !»

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Netflix power !

Par Margaux Rivera.

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