Etude de pilote : Penny Dreadful

Londres, fin du XIXème siècle. Vous entendez le bruit des sabots, et des roues de calèches sur les pavés, les rues sont noyées dans un épais brouillard, il fait frais. Autour de vous, c’est calme, entre haut-de-forme et queue-de-pie pour les hommes, corsets et tournures pour les femmes, vous vous frayez un chemin vers des quartiers plus sombres, insalubres, peuplés de gens qui errent, de prostituées… Avant de regagner votre hôtel, vous décidez qu’un peu de lecture ne vous ferait pas de mal et avec un penny en poche, vous vous procurez ce petit livre d’histoires macabres que l’on appelle un “Penny Dreadful”.
C’est dans cette atmosphère que se situe Penny Dreadful, quelques années après les meurtres sanglants de Jack L’Eventreur. On ne pouvait rêver meilleur contexte.

Imaginée par le scénariste John Logan (Gladiator, Aviator, Lincoln, Skyfall et plus récemment Noé), et co-produite par Sam Mendes, Penny Dreadful bénéficie d’un superbe casting, avec en tête Josh Hartnett (que l’on n’avait pas revu à la télévision depuis Cracker), Eva Green (une habituée des rôles de femmes mystérieuses, notamment vue dans Camelot) et Timothy Dalton (qui a fait un petit tour par Chuck).

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Le pilote, diffusé prématurément sur internet, pose les bases de cette nouvelle série d’épouvante diffusée sur la chaîne Showtime. Il y aura du sang, de la violence, de la peur, et des gens de la haute société. On se ballade entre les bas-fond des quartiers pauvres de Londres et les intérieurs luxueux des maisons victoriennes. Vous aurez notamment l’occasion de visiter des souterrains a priori déserts ou des caves qui sont en fait des morgues. L’avantage de la température sans doute, mais bonjour l’odeur entre cadavres et moisissures.

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Des personnages torturés

Le personnage qui nous fait entrer dans cet univers étrange se prénomme Ethan Chandler (Josh Hartnett). Séduisant Américain et excellent tireur, il est recruté par une certaine Vanessa Ives (Eva Green) pour un “job de nuit” (Night Work, est le titre de l’épisode).
Leur rencontre nous en apprend beaucoup sur le jeune homme car Miss Ives a le sens de l’observation (perspicacité ou médiumnité ?) et ne se gêne pas pour lui exposer ses théories concernant le profil de son interlocuteur : il avait les moyens de s’assurer un futur confortable et au final il n’est plus qu’un loser alcoolique, qui s’intéresse aux femmes et pas qu’aux célibataires, et qui est obligé de se grimer en cow-boy pour assurer un spectacle de province.

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Intrigué par la proposition de Vanessa Ives, Ethan Chandler se rend donc à Londres pour le fameux travail. On introduit alors un troisième personnage : Sir Malcolm Murray. C’est pour lui que Miss Ives travaille. Il s’agit d’un explorateur qui a beaucoup voyagé par le passé et qui ne semble plus avoir d’attache familiale. On apprend rapidement que sa fille, Mina, a été kidnappée par quelqu’un (ou quelque chose) et qu’il est à sa recherche. Sa relation avec Vanessa Ives reste un mystère mais cette dernière semble très liée au sort de Mina Murray.
Vanessa Ives est l’un des personnages les plus énigmatiques de l’épisode. D’une beauté froide, elle est calme mais son regard perçant est perturbant . Elle cache une part d’ombre en elle mais il est difficile de déterminer ce qui cloche. Séduisante mais dangereuse.

Les personnages sont tout d’abord confrontés à des vampires égyptiens. L’Egypte tient une place importante dans le récit car, par la suite, lors d’un entretien avec un égyptologue (interprété par Simon Russell Beale), Sir Malcolm discute de hiéroglyphes, du Livre des morts et de théories de l’Apocalypse. On en déduit que la mort est au cœur de l’intrigue, que cela soit au travers des assassinats qui ont lieu dès le début de l’épisode, des vampires, ou encore avec l’apparition du personnage de Victor Frankenstein, médecin légiste.

Quatrième et dernier personnage principal présenté dans cet épisode -on n’apprend son nom qu’à la fin, lorsqu’on le retrouve dans sa cave/laboratoire en compagnie de sa création- Frankenstein est un Anglais typique, présenté ici comme un brillant scientifique et non comme un fou. Sans vous dévoiler la fin, c’est certainement le personnage le plus touchant de l’épisode.

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Tous les personnages de la série ont en commun un passé mystérieux et une certaine solitude, une tristesse parfois profondément enfouie. Chacun a ses propres démons et semble poursuivi par une malédiction, qu’elle soit matérialisée par une présence anormale d’araignées qui sortent des murs, par un fantôme ou par les épreuves de la vie. Bientôt rejoints par d’autres personnalités, ils forment un groupe qui combat les forces du mal tapies dans l’obscurité. C’est un peu une sorte de Scooby-gang du XIXème siècle, en plus ténébreux et moins drôle.

Ce qui intéresse d’emblée c’est cet esprit d’équipe qui va se former. Comment les personnages vont-ils s’entendre, quelle sera la dynamique de groupe ? Individuellement, quel impact leur situation personnelle va-t-elle avoir sur l’ensemble ?

Notons qu’il n’y a aucun flash-back pour expliquer le pourquoi du comment de chacun, on rentre directement dans le vif du sujet.

Le XIXème siècle, un décor terriblement efficace

Quand on veut parler de créatures monstrueuses, le décor compte car il définit une ambiance propice à la présence d’éléments surnaturels. Que l’on soit dans un cimetière (Buffy contre les vampires), dans un monde post-apocalyptique (The Walking Dead), ou dans la forêt (Hemlock Grove), chaque série est marquée par un décor.
Choisir la fin du XIXème siècle est intéressant car les croyances dans le surnaturel inondent la littérature anglaise : Dracula, L’Homme invisible, Le Chien des Baskerville, L’Île du Docteur Moreau ou encore Le Portrait de Dorian Gray. A cela s’ajoute une esthétique gothique à la fois sophistiquée et raffinée.

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Le cinéma s’y était déjà essayé sans succès

Comment ne pas penser à La Ligue des Gentlemen Extraordinaires ? Ce film a été pour moi une vraie déception. Le style et les personnages étaient là, mais il manquait un scénario solide qui ne fasse pas passer Dorian Gray pour un simple traître ou Mina Harker pour une femme amoureuse et naïve. Pour un vampire qui a plusieurs siècles d’existence, elle n’a pas retenu grand chose de ses relations amoureuses.
Penny Dreadful, certes, reprend des personnages communs, mais la série est plus appliquée. Au-delà de son esthétisme, les personnages ne tombent pas dans le cliché, ils sont tous plus compliqués qu’il n’y parait et ne sont ni complètement gentils ni complètement méchants.

Vite, la suite

Des assassinats qui terrorisent la ville, des prières en latin hyper flippantes, des vampires égyptiens, une société secrète en formation, et pas de scène de sexe gratuite ? On se recentre enfin sur l’essentiel ! Avec un peu de chance, Dracula ne devrait pas tarder à faire son apparition au sein du petit groupe. J’attends aussi avec impatience Dorian Gray et Brona Croft.

Séduite par les décors et l’histoire, le casting ne m’a pas laissé indifférente : Josh Hartnett est convaincant sous ses cheveux longs et sa moustache, Eva Green est hypnotisante, Timothy Dalton a la classe et Harry Treadaway est la bonne surprise de l’épisode. Avant cette session de visionnage, le personnage de Frankenstein ne faisait vraiment pas partie de mon Top 3, les fous du scalpel ce n’est pas ma came, mon truc à moi c’est plutôt l’immortalité. Mais cette interprétation de Frankenstein fait remonter le personnage dans mon estime. En plus, sa création est vraiment trop chou, constituée de corps d’adultes mais ayant un regard d’enfant qui découvre le monde.

Alex Price article

Pour la suite, j’aimerais bien qu’il y ait un peu plus d’action. Avec sept épisodes restants, il ne reste pas beaucoup de temps à nos héros pour retrouver Mina et régler leurs problèmes perso. En tout cas, une chose est sûre, je vais prendre beaucoup de plaisir à les suivre dans leurs péripéties.

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