Semaine d’un sériephile (42) : en mode rétro ! Les décalés made in England

Chers lecteurs de Séries Chéries, aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’autre chose que de héros sans peur et sans reproche à la MacGyver, ou de héros torturés à la Walter White (Breaking Bad), ou encore de salauds mégalos tels Frank Underwood (House of Cards). Non, aujourd’hui j’ai envie de vous parler de losers.

Attention, il y a losers et losers. Le perdant dépressif, pourquoi pas, mais l’inadapté haut en couleur et complètement barré c’est tout de même plus joyeux. Pour ce genre de personnages, mieux vaut se tourner vers la série made in UK, car ce qu’il y a de bien avec la télévision anglaise, c’est qu’elle ose tout. C’est même à ça qu’on la reconnait. Alors si vous aimez les personnages décalés, plongez avec nous dans un petit voyage nostalgique avec Mr. Bean, Absolutely Fabulous ou Les Allumés. Bienvenue au pays des joyeux farfelus !

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Qui avait dit que j’étais un loser ?

Gaffes, bévues et boulettes

Comment oublier Mr. Bean ? Un costume défraîchi, une allure d’idiot du village et un sens des convenances très, hum, personnel, Bean est l’anti-héros ultime. La série n’a duré que 14 épisodes et pourtant elle a su marquer les mémoires. Il faut dire que le personnage interprété par Rowan Atkinson est un OVNI. Grand enfant dans l’âme, il est en permanence en décalage avec la réalité. Faire quelque chose d’aussi simple que ses courses ou aller chez le coiffeur est pour lui une aventure quasi insurmontable. Bean semble souffrir d’une totale incapacité à faire face à tout ce qui l’entoure. Non seulement il ne peut s’adapter, mais plus encore il fera tout pour s’enfoncer dans un inextricable bourbier de catastrophes idiotes.

Mr. Bean c’est une méthode quasiment brevetée, une manière d’agir que lui seul possède. Pour faire face au moindre problème, une seule solution pour Bean : la plus improbable.

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Bean, c’est avant tout un charisme sans nom.

Dès le premier épisode on comprend que le chemin de la vie est une longue souffrance pour lui. Bean veut se baigner, pour cela il doit enlever ses vêtements et se mettre en slip. Oui, jusque-là c’est passionnant je vous l’accorde. Problème : il y a un homme sur la plage qui peut le voir. Que fait Bean ? Va-t-il se cacher ? Bien sûr que non. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Il choisira bien évidemment d’enlever son pantalon en le faisant glisser par son slip… Oui oui, c’est possible mais je vous préviens il y a des pertes. La logique de l’idiotie en action ! La simplicité ne fait pas partie de son vocabulaire. Il ne peut que prendre une succession sans fin de chemins contournés pour au mieux y laisser sa dignité ou au pire aller droit à la catastrophe.

Mais au fait, pourquoi est-il si couillon ? C’est un peu ce qu’on se demande pendant toute la série. La première raison tient peut-être au fait que Bean ne peut communiquer avec autrui. Tout au long de la série, il n’échange que quelques mots avec ceux qui l’entourent. Il est un peu comme un petit enfant, réduit à quelque mots et surtout à des grognements ou à des grimaces. Tout ça ne remplace pas une conversation et c’est ce qui fait de Bean un personnage hors du monde. Il est lunaire au sens premier du terme, il flotte au milieu des autres et ne peut se raccrocher qu’à sa propre maladresse.

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On est pas bien là, à la fraîche, détendu ?

Hors cadre, rêveur et enfantin, Bean a beaucoup en commun avec les héros comiques du cinéma muet. On pense par exemple à Charlot ou aux personnages joués par Buster Keaton. On retrouve cet humour burlesque et ce comique de situation qui se passent du verbe pour ne jouer que sur le visuel. Mais là où Charlie Chaplin et Keaton réenchantaient le quotidien avec des personnages poétiques, des losers chanceux parvenant à surmonter toutes les épreuves du monde pour mieux les sublimer, Rowan Atkinson propose une vision un peu plus ironique. Mr. Bean est un anti-héros pathétique. Il ne triomphe jamais ou alors par le plus grand des hasards. C’est un loser absolu mais c’est aussi ce qui le rend sympathique. Ce personnage déjanté nous permet de nous moquer de nos habitudes, de nos codes, justement parce que lui ne les maîtrise pas. Bean est un enfant perdu dans un monde d’adultes, un personnage régressif qui nous fait du bien en introduisant un peu d’innocence dans un monde peut-être un peu trop sérieux.

Ah, j’oubliais qu’il existe une autre théorie à l’attitude si étrange de Bean. Il pourrait s’agir en réalité d’un extraterrestre. Mr. Bean serait-elle une série de science-fiction ? Nous aurait-on menti ? Au début de certains épisodes Bean s’écrase atterrit sur terre dans un halo de lumière. Jamais nous ne saurons ce que veut dire cette arrivée en fanfare ni même si l’action a vraiment lieu. Pourtant elle existe bien. Alors qu’en faire ? Bean serait-il le messie de la gaffe, l’élu de la bêtise universelle ? Ou bien un alien venu faire du tourisme ? Ça expliquerait bien des choses…

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Alien ou messie, une chose est sûre, il vient d’ailleurs !

Bazinga !

Beaucoup moins connue en France que Mr. Bean, Les Allumés (Spaced en version originale) a pourtant été l’un des premiers terrains d’expression de trois talents britanniques bien connus des amateurs de films joyeusement décalés : Simon Pegg, Nick Frost et Edgar Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz ou Le Dernier Pub avant la fin du monde).

Les Allumés, c’est l’histoire de deux jeunes paumés, Tim (Simon Pegg) et Daisy (Jessica Stevenson). Tous deux sont à un tournant de leurs vies : Tim vient de se faire larguer par l’amour de sa vie et Daisy a décidé de prendre sa vie en main en quittant le squat où elle végétait entre deux joints de cannabis. En se rencontrant par hasard dans un bar, ils se découvrent des similitudes et décident de mettre en commun leurs (faibles) énergies. C’est ainsi que nos deux marginaux se feront passer pour un couple afin d’obtenir un logement. Tout sauf crédibles, ils auront pourtant de la chance en obtenant un appartement dans un immeuble qui semble posséder le plus haut taux de marginaux au mètre carré d’Angleterre.

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Non non ce n’est pas un groupe de rock punk des années 90

Les histoires de colocs me direz-vous, rien de bien original. De Friends aux Filles d’à côté beaucoup de séries se sont penchées sur le sujet. Le plus des Allumés tient sans doute à sa folie ! Cette série ne se prend jamais au sérieux et fait la part belle à une galerie de personnages hauts en couleurs. Au-delà de Tim et Daisy, tous les personnages de la série ont quelque chose d’hors-norme. Brian Topp, le voisin, est un artiste contemporain ne travaillant que sur les thèmes de la violence et de l’agression et qui comme si cela ne suffisait pas ne peut peindre qu’entièrement nu. On peut citer aussi le meilleur ami de Tim, Mike Watt (Nick Frost), collectionneur d’armes et de matériel militaire passant son temps à jouer à la guéguerre. Oubliez le réalisme, bonjour le grand n’importe quoi. Tant mieux, c’est justement ça qui fait la force de cette série.

Tous ces personnages pourraient être montrés comme des losers, mais la force des Allumés tient dans la manière de montrer que ces traits de caractères un peu « spéciaux » sont leur force. Ne nous emballons pas, la série n’est pas non plus une œuvre militante mais elle a cette qualité de faire la part belle à des personnages totalement déjantés qui assument leur originalité et en font même un mode de vie.

Les Allumés est aussi l’une des premières séries à s’intéresser à un nouveau type de personnages : les geeks. Alors oui, aujourd’hui, quand on parle de geeks en colocation, difficile de ne pas penser à Big Bang Theory. Mais attention, ce terme peut recouvrir plusieurs sens. Dans cette série britannique, les nerds sont assez loin de Leonard, Sheldon et toute la clique. A l’opposé de brillants savants, Tim et Daisy représentent une autre facette de la culture geek, celle des rêveurs et des passionnés de mondes imaginaires.

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D’où je suis un geek ??!

Tim et Daisy sont des artistes, du moins ils essaient de l’être. Tim est un dessinateur de bande dessinée très inspiré par les histoires de monstres et de savants fous. Seul petit problème, il n’ose pas montrer ses planches à un éditeur de peur de se faire ridiculiser. Quant à Daisy, elle est écrivaine, enfin elle aimerait bien… Se retrouver devant une machine à écrire provoque chez elle une irrépressible envie de dormir. Difficile dans ces conditions d’aligner plus de deux lignes. Bref, nos deux anti-héros sont loin de la success story. Peu importe, leurs passions les font vivre d’une autre manière. Tant dans les dialogues que dans la mise en scène, la série fait appel à de nombreuses références à la science-fiction, aux jeux vidéo ou encore à la bande dessinée. Les Allumés reflète ainsi la vision du monde de ces personnages, un monde où la culture geek permet de se libérer du quotidien en transformant tout évènement en délire ludique. Tim et Daisy ont peut-être tout de losers, mais ils sont sauvés par leur imagination.

L’esthétique de la série tire elle-même parti de la culture geek comme d’un potentiel de références et d’inspirations. Elle se met au diapason des personnages pour mieux refléter leur univers. Edgar Wright, futur réalisateur de Shaun of the Dead, a réalisé tous les épisodes des Allumés. Il est rare que l’on cite un réalisateur pour une série mais l’implication de Wright a ici donné une patte particulière à cette sitcom. Au niveau de sa mise en scène, il n’hésite pas à multiplier les références à la culture populaire entre cinéma, séries et jeux vidéo. Au cours d’un épisode on peut ainsi voir une dispute entre Tim et Daisy se transformer en combat du jeu Tekken. Rien de plus banal qu’une dispute entre colocataires, sauf quand l’imagination de grands enfants s’en empare. Ce sont ces petites touches, ces clins d’œil qui apportent toute sa personnalité à cette série et en font l’une des premières productions conçues par des geeks et s’adressant à des geeks.

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100 points pour Griffondor !

Ça vous dirait une soirée Botox ?

Absolutely Fabulous n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler une série de losers. Les deux personnages principaux, Edina (Jennifer Saunders) et Patsy (Joanna Lumley) sont plutôt des femmes qui ont réussi. La première est à la tête de sa propre société de relations publiques dans le domaine de la mode tandis que la seconde est une journaliste mondaine. Pourtant, ces deux femmes sont aussi inadaptées au quotidien que Mr. Bean. Quel est leur problème ? S’enfiler des verres de champagne dès le petit déjeuner peut en faire partie, mais pas seulement. Edina et Patsy ont toujours vécu dans un monde où les tendances et les apparences font tout. Ne pas rentrer dans un 38 équivaut à une faute grave, et que dire de l’oubli du maquillage…. Un jour pourtant, l’âge vient forcément frapper à la porte. Quand arrive la quarantaine, puis la cinquantaine, la vie devient vite un enfer et la névrose n’est pas loin. C’est bien là tout le drame de nos deux fashionistas. Comment est-il possible d’accepter de vieillir ? Comment faire face ?

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Vous venez à la Fashion week ?

Pour Edina, vieillir c’est avant tout geindre du matin au soir. Sa vie est une plainte continuelle, un déchirement de chaque instant face à quelque chose de vraiment trop moche. C’est trop injuste, et tant pis si Edina devient ainsi la Calimero de la mode. Pour Patsy, vieillir se résumerait plus à faire semblant. Elle a si souvent menti sur son âge qu’elle l’a elle-même oublié et si par hasard les rides venaient lui rappeler le temps qui passe, le bistouri d’un chirurgien sera toujours son meilleur allié. Tailleur léopard et clope au bec, Patsy semble se voir comme une séductrice éternelle même si son apparence tient plutôt du mélange entre Cruella d’Enfer et une cougar en sortie au Macumba Club.

Ab Fab représente toute l’extravagance que peut prendre l’humour anglais. Déjantée et corrosive, la série ne s’embarrasse pas de demi-mesures. Ses personnages sont tous gagnés par une hystérie galopante et ça se voit. Grands cris et affolement dans tous les sens pour le moindre problème sont une réaction tout à fait à propos dans la moindre des situations. Il ne faut pas être allergique au sur-jeu et à l’exagération, c’est certain, mais il n’empêche que ce côté totalement insupportable convient parfaitement aux personnages. C’est cet affolement qui permet de mettre en valeur leur décalage avec à peu près tout ce qui les entoure. Le monde n’est perçu que comme une agression, comment réagir autrement ?

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Mère fille mode d’emploi… Ou pas.

L’un des aspects les plus intéressants de la série c’est aussi la relation entre Edina et sa fille Saffron. Une relation qui se résumerait plutôt à une longue guerre de tranchées voire à une véritable apocalypse. On est loin de La Petite Maison dans la prairie, ici le modèle familial en prend un coup. Saffron s’est à peu près éduquée elle-même en se construisant à l’opposé de sa mère. Autant Edina est irresponsable et déjantée, autant Saffron est un modèle de sérieux, de rigueur, voire même de sévérité. Peut-être même trop. Et autant dire que les années n’amélioreront pas les choses. Après tout, qui a dit que parents et enfants devaient se ressembler ? C’est assez rare de voir un conflit familial traité hors de l’adolescence, encore plus de voir une relation pareille durer pendant des années. Non seulement ce conflit permet des joutes verbales extrêmement vives et bien senties, mais surtout il donne une profondeur à la série. La voix de la sagesse incarnée par Saffron n’est pas forcément un modèle à suivre. A force de se dresser face à sa mère, elle devient l’extrême inverse quitte à développer sa propre névrose. Il n’y a pas de solution idéale et pas de morale bien-pensante à la fin. La vie de famille peut avoir des allures de guerre mais c’est aussi comme ça que l’on se construit.

Absolutely Fabulous semble totalement assumer son côté caricatural. C’est justement grâce à cette surenchère que la série va jusqu’au bout de son propos, montrer toute la vacuité d’une vanité mal placée. Le culte du jeunisme et l’obsession des apparences en prennent pour leurs grades. Dans un paysage télévisuel envahi par les bimbos au QI de chèvre, ça fait du bien de voir un programme qui se moque un peu de la superficialité.

Et puis bon, au fond, à quoi bon vieillir sans un peu d’excentricité ? Peu importe l’hystérie, on aime Edina et Patsy pour ce qu’elles sont. Comme pour Bean et Tim & co c’est leur nature hors-norme qui fait tout le charme de ces personnages. A quoi bon un monde trop sérieux, vivent les fous joyeux !

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Patsy vient de découvrir l’élixir de jeunesse….

Une réponse à “Semaine d’un sériephile (42) : en mode rétro ! Les décalés made in England

  1. Dans le genre truc british barré, Black Books. Décousu et pas nécessaire la plus sympatoche mais tellement drôle !Pegg et Frost y font une apparition et il y a un sens de la punchline de bâtard qui me faire penser qu’Alexandre Astier a forcément regardé cette série un jour.

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