Semaine d’un sériephile (44) : en mode rétro ! Les Anglais dans l’espace

Si je vous dis science-fiction, à quelles séries pensez-vous en premier ? A Star Trek ? A Stargate SG-1 peut-être, voire même à Battlestar Galactica ? OK, tout cela est très bien mais une bonne série d’anticipation doit-elle être obligatoirement américaine ? Si pour vous l’exploration de l’univers rime en effet toujours avec séries U.S, alors laissez-moi vous proposer un petit voyage vers une autre galaxie, vers un imaginaire tout aussi riche que celui de l’oncle Sam, si ce n’est même plus, celui des créations made in UK.

Nos voisins d’outre-Manche nous ont offert quelques pépites en matière de SF sur lesquelles j’ai envie de me pencher aujourd’hui. Au programme donc : le space opera des années 70 Cosmos 1999, la trop méconnue Blake’s 7 et la cultissime série Red Dwarf. Alors oui, j’entends déjà venir quelques réclamations. Comment, j’oserais parler de séries de SF britanniques cultes sans parler de Doctor Who ? Ne vous inquiétez pas amis whoviens, Séries Chéries a pensé à vous avec un coup de projo spécialement consacré à ce brave docteur à découvrir ici.

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Hello ladies ! Vous aimez les astronautes anglais ?

Cosmos 1999. Ground control to Major Tom.

De Cosmos 1999 on a parfois l’image d’une série de science-fiction un peu trop marquée par les années 70. Sa musique de générique très disco, ses costumes en pattes d’eph’, évidemment tout ça fait un peu kitsch. Pourtant, on aurait tort de s’arrêter à ces quelques clichés. Cosmos c’est d’abord un concept assez fou, l’histoire d’une équipe d’astronautes piégés sur la Lune lorsque le satellite échappe à l’attraction de la Terre. Plus de 300 personnes se retrouvent ainsi condamnées à une vie d’errance à travers les galaxies à la recherche d’un lieu où vivre. Un peu plus original que le traditionnel vaisseau pour explorer l’espace non ?

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L’équipage Alpha, entre astronautes et groupe disco.

Partageant le même destin et la même quête, les personnages de Cosmos 1999 forment plus qu’une équipe, ils sont une sorte de famille recomposée. A leur tête, un chef charismatique, le commandant Koenig (Martin Landau). Énergique et volontaire, il incarne le père pour les membres de la base lunaire. Dans le rôle de la mère on trouve le Dr Helena Russel (Barbara Bain). Par sa fonction de médecin et par ses avis pleins de bon sens, elle représente la mère protectrice et apaisante. Quant aux autres rôles principaux, on est complètement dans le modèle de la famille traditionnelle. Le rôle du fils intrépide, digne successeur du père, revient au pilote Alan Carter (Nick Tate) et celui de la fille douce et sentimentale à Sandra Benes (Zienia Merton). Le professeur Bergman (Barry Morse), la voix de la science et de la raison, pourrait quant à lui symboliser la sagesse des anciens dans le rôle du grand père aguerri. Cette répartition des rôles et les liens qui se créent entre ces différents personnages apportent une vraie richesse à la série. On ne suit pas une équipe d’explorateurs à la Star Trek, mais plutôt une société humaine de fortune à la recherche d’un nouveau commencement.

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Koenig et Russell. Les Adam et Eve nouvelle génération.

La force de Cosmos 1999 c’est aussi les thématiques qu’elle aborde. De la manipulation mentale aux paradoxes temporels, en passant par les univers parallèles, tout peut arriver dans cette série. Mais ce qui frappe surtout c’est le pessimisme qui ressort de la plupart des intrigues. Dès le départ, la catastrophe survenue sur la Lune est provoquée par l’irresponsabilité des hommes. Incapables de gérer les déchets nucléaires sur Terre, ils ont fait le choix de les stocker sur la Lune, se servant du satellite comme d’une gigantesque décharge publique au risque d’en faire une bombe à retardement. Plus tard dans la série, l’équipage est confronté à une colonie humaine pratiquant des manipulations génétiques horribles en vue de trouver le secret de l’immortalité. Les questions d’éthique dans la recherche scientifique, et plus largement de la vanité sous toutes ses formes, se retrouvent régulièrement dans le collimateur de la série. Même le rapport hommes-machines est analysé : dans un épisode, l’équipage de la base Alpha est confronté à un super ordinateur programmé pour faire bénéficier toute la planète d’un bonheur total. La solution géniale trouvée par le système informatique ? Faire dormir tout le monde éternellement pour que la souffrance n’existe plus. Dans Cosmos 1999, la croyance en la technologie et au progrès comme vecteurs du bonheur humain est une désillusion.

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Si, si, j’vous jure c’est un peu sombre comme série.

La série délivre un message moralisateur : les tentatives humaines pour conquérir et maîtriser la nature et l’espace sont toujours montrées dans leurs aspects les plus négatifs et les plus sombres. On est loin de l’idéal triomphant de la conquête spatiale façon Star Trek. Dans Cosmos, l’homme semble invité à abandonner toute vanité pour mieux accepter que l’univers le dépasse. Eh oui, une série de science-fiction peut aussi devenir une leçon d’humilité.

Enfin, je ne peux pas parler de Cosmos 1999 sans parler de son esthétique. Le directeur des effets spéciaux de la série, Brian Johnson, avait travaillé quelques années auparavant sur 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et il est difficile de ne pas voir des similitudes entre les deux créations. Dans Cosmos comme dans 2001, l’espace est d’une blancheur immaculée, aseptisé, sans défaut. L’idée de la perfection scientifique se traduit dans l’harmonie épurée des décors. Bon, cette esthétique inclut aussi les fameux costumes pattes d’eph, mais cela fait partie du charme d’une série vintage.

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Fly me to the moon and let me play among the stars

 Blake’s 7, la révolution sera kitsch ou ne sera pas

L’histoire de Blake’s 7 nous plonge en pleine tyrannie galactique. La fédération Terran règne sur la Terre et sur de nombreuses autres planètes. Un homme ayant soif de justice se dresse face à l’oppresseur, son nom : Roj Blake (Gareth Thomas). Bientôt accompagné de cinq compagnons d’armes et d’une intelligence artificielle, Blake a l’intention de renverser la toute puissante fédération. Hum… Une bande de rebelles ? Un empire maléfique ? Ça ne vous rappelle rien ? Le pitch de la série ressemble quand même beaucoup à quelque chose commençant par Star et finissant par Wars non ?

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Ça va pas être possible pour le concert d’Abba les gars.

Blake’s 7  étant apparue sur les écrans seulement quelques mois après la sortie du premier volet de la saga de George Lucas, on peut sans doute miser sur la coïncidence. Mais les deux projets n’ont finalement pas tant que ça en commun. Là où Star Wars joue à fond la carte du manichéisme avec son héros valeureux et son méchant bien maléfique, Blake’s 7 s’avère un peu plus complexe. Roj Blake a pourtant tout du parfait candidat au rôle de l’élu dans le récit classique de science-fiction. Volontaire, charismatique, il collectionne les attributs du héros idéal. Et pourtant. Déterminé dans son combat contre la fédération, il devient peu à peu si obsédé par la révolution qu’il en oublie toute prudence, quitte à provoquer la mort de ses compagnons d’armes. Les limites entre héroïsme et fanatisme sont parfois minces. Défendre une bonne cause, très bien, mais à quel prix ? Entre l’élu et le dictateur, il n’y a parfois qu’un pas.

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Servalan, la grande méchante de Blake’s 7. Et probablement une grande source d’inspiration pour Jeanne Mas

En plus du héros paradoxal, le point fort de la série c’est son équipe, disons, particulière. Blake’s 7 reprend l’esprit des Douze salopards de Robert Aldrich : une bande de marginaux qui se retrouvent confrontés à une mission qui les dépasse pour sauver le monde. Ils n’ont pas forcément les mêmes motivations, leurs caractères s’opposent, et pourtant ils vont devoir se faire confiance. Tout au long de la série, même si les membres de l’équipe changent en cours de route (Blake y compris : il disparaît en fin de saison 2) l’enjeu reste le même : est-ce que l’on peut coexister, est-ce que l’on peut se faire confiance ?

Chaque personnage a sa spécialité. Génie de l’informatique, pilote, guerrier… tous ont une force distinctive qui se révélera vitale pour le groupe. Ces différences sont à la fois une force qui enrichit l’ensemble et un obstacle à surmonter pour assurer la cohésion des éléments du groupe. Cette répartition des tâches fait aussi beaucoup penser au système des classes dans les jeux de rôles comme Donjons et Dragons ou Final Fantasy. Il n’y a pas d’elfes ni de magiciens à barbe blanche dans Blake’s 7, mais le message est proche : on ne sauve pas l’univers tout seul, pour les jedis surpuissants et invincibles, faudra repasser.

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Sauveurs du monde collection printemps-été 1980.

L’esthétique de Blake’s 7 est un mélange de costumes improbables, d’éclairages néons et de décors kitsch comme ce n’est pas permis. On a un peu l’impression de se retrouver dans un clip d’Abba. Pousser aussi loin l’esthétique disco ça tient presque du chef d’œuvre. Et même si les moyens n’y sont pas, l’impression de grand n’importe quoi qui règne sur la série la rend extrêmement attachante. Allergiques aux années 70, passez votre chemin. Mais si vous aimez le kitsch décomplexé à la Flash Gordon, nul doute que vous serez conquis.

Red Dwarf, voyage voyage, plus loin que la nuit et le jour

C’est l’histoire d’un homme, d’un hologramme, d’un robot, et d’un chat humain condamnés à cohabiter. Une fuite nucléaire a décimé tout l’équipage d’un vaisseau sauf un homme : Dave Lister (Craig Charles), un réparateur de distributeurs automatiques, qui a été plongé dans un sommeil artificiel pour avoir osé apporter un chat sur le vaisseau. Le voilà qui se réveille 3 millions d’années plus tard pour constater qu’il est le dernier être humain vivant de la galaxie, que son chat a évolué en sosie de Vincent McDoom, et que son supérieur insupportable a été ressuscité sous la forme d’un hologramme tout aussi insupportable pour lui tenir compagnie. Bon. Avec un concept comme ça, on a en tout cas la preuve que la télévision britannique est vraiment capable de tout. Imaginez un producteur français ou américain essayant de vendre un pitch pareil, on lui souhaiterait bonne chance.

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Le sens du funk ça se discute pas, tu l’as ou tu l’as pas.

Red Dwarf est une sitcom totalement déjantée. Oubliez les conflits planétaires et les questions philosophiques, ici ce qui compte c’est avant tout l’humour. La dynamique de la série c’est la relation entre Lister et son idiot de collègue hologramme Arnold Rimmer (Chris Barrie). Quelles que soient les situations, qu’ils soient piégés dans une autre dimension, ou dans un monde virtuel, rien ne les empêche de s’envoyer les pires répliques au visage. Ils ne peuvent pas se sentir et c’est tout simplement jouissif. Comme quoi, l’union ne fait pas toujours la force.

Il faut dire aussi que Rimmer est l’un des personnages les plus paradoxaux que l’on puisse voir dans une série. Lâche, arrogant, snob, totalement crétin, il est juste détestable et pourtant on l’adore. Pourquoi ? Parce que son caractère absurde rend n’importe quel événement totalement fou. Tous les personnages ont en commun ce côté outrancier, caricatural. Cette démesure les rend particulièrement attachants car qui aime les personnages trop lisses ? Vive l’hystérie collective !

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Vous la voyez la lueur d’intelligence ? Non ? C’est normal.

Si Red Dwarf est une comédie, elle n’en a pas moins le fond d’une vraie série de science-fiction. Les intrigues font appel à des concepts comme les dimensions parallèles, les boucles temporelles, les trous noirs, la réalité virtuelle, et plus encore. C’est une série drôle bien sûr, mais on pourrait très bien la suivre rien que pour l’inventivité de ses scénarios. L’imagination débridée qui règne entraîne un renouvellement permanent des sujets abordés. On ne sait jamais à quoi s’attendre et c’est toute la force de Red Dwarf : combiner folie et inventivité pour créer un space opera à la fois ambitieux et totalement absurde.

Au niveau de l’esthétique, la série cultive aussi son image décalée. Avec ses vaisseaux colorés, ses monstres grotesques et ses citations visuelles, Red Dwarf ressemble à une bande dessinée. L’image est très proche des extravagances du magazine de BD de science-fiction Métal Hurlant. On est loin de l’espace aseptisé de Cosmos 1999. C’est grandiloquent, c’est très marqué années 80, mais cette esthétique correspond parfaitement à la folie d’une série pas comme les autres.

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Quand on y pense, les Village People de l’espace ça pourrait aussi ressembler à ça.

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