Top des pires costumes dans les séries « historiques »

Sébastien Passot, notre invité du jour, est costumier. Friand de fiction historique, il nous prête son regard averti pour un article acerbe mais toujours juste.

Quel que soit son époque ou son contexte (contemporain, historique, fantastique), toute œuvre de fiction, série, film, pièce de théâtre ou encore opéra est une production « en costumes ». Ces derniers n’ont rien à voir avec les enjeux de la mode contemporaine, il ne s’agit pas d’être «looké» ou «bien fringué», il faut que ces costumes de fiction reflètent avant tout le personnage et nous donnent des informations sur lui.
Bien sûr, nous avons tendance à beaucoup plus remarquer ces costumes quand ils font référence à une période historique, moins familière et sans doute plus fantasmée. Et de côté-là, nous avons beaucoup de réussites, de très belles évocations du passé (car, désolé pour les puristes, le rôle premier d’un costume n’est pas la reconstitution stricte !) mais il y a aussi quelques ratés… Fais chauffer la DeLorean Marty, on va remonter dans le temps.

1. Le sable chaud de l’arène : Spartacus
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Aucune trace de tissu dans Spartacul.

Alors que Rome nous avait époustouflés par sa vision réaliste de l’Antiquité avec des costumes dans l’ensemble extrêmement réussis (même si elle n’échappe pas ça et là à quelques anachronismes), les saisons hasardeuses de l’expérience Spartacus (dont les événements précèdent de peu ceux de Rome) sont assez indigestes sur le fond comme sur la forme. Nos gladiateurs musculeux se contentent de pagnes-slips et de divers ornements légers en cuir (parfois pas trop loin de la réalité) afin de ne pas trop se tacher. Mais, surtout, on ne comprend pas toujours très bien ce que peuvent bien porter ces patriciennes romaines aux « robes » criardes mi-drapées, mi-ajustées (on a dû les coudre sur elles, c’est pas possible, la fermeture éclair n’étant inventée qu’au 20e siècle…) dont le seul but est de mettre en avant leur opulente poitrine (Lucy Lawless en tête, toute de rouge vêtue).

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Pas besoin de fermeture quand on a des seins.

2. A la cour du roi Arthur : Merlin et Camelot

Je m’étais promis de n’aborder que des séries traitant d’une réelle période historique, et non basée sur une légende censée se dérouler dans une Angleterre plus ou moins médiévale. Il était cependant difficile de passer à côté des horreurs que nous ont offertes Merlin, pur produit de la BBC qui nous a pourtant habitués à mieux, et de l’essai raté de Camelot avec l’inénarrable Joseph Fiennes qui s’est définitivement bien perdu. Moyen Âge de pacotille où tout sonne faux, couleurs criardes, Merlin pèche gravement par son manque d’originalité visuelle et se contente de costumes alternant entre consternante banalité et laideur visuelle digne des années 60. Mention spéciale au personnage éponyme à l’allure de cow-boy : un pantalon & une veste en cuir avec le foulard de John Wayne, super, quelle bonne idée ! Ne manque que le chapeau…

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Lucky Merlin.

Camelot se la joue college style pour ado fan de Game of Thrones : les robes de Guenièvre sont ainsi particulièrement vilaines (sans parler de son brushing de blondasse californienne).

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Bel exemple de croisement entre le Moyen Age et les L5.

Tout ça ne manque pas de cuir, de bijouterie et de fourrures diverses, mais dans le genre, Kaamelott avait fait beaucoup mieux et beaucoup plus original avec moins de budget six ans plus tôt, grâce à un grand soin apporté à des costumes originaux réussis, qu’ils soient réalistes ou plus fantaisistes (seul bémol, la première apparition du roi Loth attifé d’une coupe de cheveux à la Mireille Mathieu et une grosse cartouchière dont même Chewbacca n’aurait pas voulu).

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« Ça veut rien dire mais on s’en fout. »

3. Les rois (vraiment) maudits

Nous sommes en 1314. Notre Gégé national depuis son bûcher invective le roi Tchéky Karyo le Bel « Soyez maudits jusqu’à la 13e génération de vos races ! ». A la caméra, la tâcheronne Josée Dayan nous livre une nouvelle adaptation du livre brillant de Maurice Druon, avec enchaînement lapidaire de courtes scènes ultra mal jouées. Et l’approche visuelle, totalement incohérente, propose un croisement hésitant entre du sous-Willow, du sous-Braveheart, du sous-Donjons & Dragons (c’est dire !) et surtout du n’importe quoi. Entre les robes haute couture violettes assorties de gants Mapa vert sapin de Jeanne Moreau, les méchants en armure latex et casques à cornes sortis de Xena, les costumes étrangement plus « historiques » pour les souverains en manteaux bleus fleurdelisés, le filet de pêche qui drape Jeanne Balibar, on ne comprend rien de ce qui se passe à l’écran. Bref, ce qui pouvait passer lors de la première adaptation de 1972 n’est décidément plus admis en 2005. Fuyons !

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Cauchemar en cuisine (royale).

4. Luttes papales à la Renaissance : Les Borgias

Deux Borgias, deux approches. D’un côté la luxuriance de la série américaine de Showtime, de l’autre l’approche plus sobre de Canal +. Pour les premiers, The Borgias, des costumes tellement beaux, tellement riches, fourmillant de tant de détails et de tissus chamarrés qu’ils ne sont plus que de vaines papillotes brillantes quelque peu désincarnées ; pour les seconds, dans Borgia, on privilégie le jeu des formes et des silhouettes d’une époque sans entrer dans le détail, des teintes unies et de gros motifs, mais quitte à frôler parfois, hélas, une certaine grossièreté. Avec l’avantage cependant que leur simplicité apparente ne nous détourne pas de l’histoire, alors qu’on semble plus rechercher l’effet « wahou » bling-bling voire vulgaire chez nos amis américains, qui font plus de remplissage visuel que dramaturgique. Mention spéciale à cette incroyable scène de fête païenne dans la saison 2 où le bon Rodrigo se balade en toge avec le plus grand naturel : on nage en plein délire.

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Vulgarité américaine vs pauvreté à la française, il faut choisir.

5. Au pays d’Henri, comme dans tous les pays… : The Tudors

Quatre longues saisons de luttes politiques, d’intrigues amoureuses, d’ébats passionnés et surtout de haut-de-chausses en cuir, de pourpoints sans manches pour souverain rock-star à gros biscotos, de coiffes et couronnes improbables… The Tudors nous offre avec moult richesses cette fameuse « évocation » de la cour anglaise avec une véracité historique très aléatoire mais une cohérence visuelle assumée dès le début. Tant que ça brille… Jusqu’à ce dernier épisode, point d’orgue de l’interprétation corleonienne de Jonathan Rhys-Meyers, où celui-ci se fait portraiturer par Holbein (même si dans les faits, à cette date, le peintre était déjà mort). Et pour coller au modèle d’origine, voilà notre gros Henri tout vêtu de la façon la plus historique possible, identique au modèle du tableau qui nous est parvenu… C’est indéniablement un problème dans une série qui avait développé une esthétique particulière et l’hommage ne fonctionne pas du tout : le souverain semble sortir d’un bal masqué avec son manteau rouge à fourrure et sa toque à plume, qui sera la toute dernière image du show. Il était temps que ça finisse ! Et si vous voulez du vrai, du beau, de l’authentique dans la narration comme les costumes, le sobre et efficace Wolf Hall avec nul autre que Damian Lewis/Brody en Henri VIII devrait vous ravir.

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Est-ce vraiment le costume le problème de Jonathan Rhys Meyers sur cette photo ?

6. Heurs et malheurs des Valois

Eh oui, nous allons encore vous parler de Reign… Mais comment passer à côté d’une série aussi problématique en termes de costumes, quand bien même son public cible serait l’adolescente plus en quête d’amour et d’eau fraîche que de véracité historique ? Le placement de produit est une réalité, les séries dont les héroïnes se font égéries de mode aussi (Sex and the City, Friends…), mais là nous avons à faire à une sorte de monstre inspiré des pratiques d’avant-guerre où, sur scène, les hommes portaient des costumes adéquats tandis que les femmes arboraient les dernières créations haute couture. L’esthétique de Reign est un croisement entre les pages les plus bohemian chic de Vogue – presque tout ce que portent les protagonistes féminins vient de grandes marques – et les pires déguisements d’Halloween que l’on puisse trouver, mélangeant joyeusement les inspirations Renaissance et XIXe siècle (après tout on s’en fout on n’était pas là pour savoir comment c’était à l’époque, hein !) dont les hommes, sacrifiés, doivent se contenter. Le retour de Claude de France à la cour dans la saison 2 marque une sorte d’apogée avec une robe Oscar de la Renta rose fuschia parfaite pour le bal de promo du lycée… A ce stade, les personnages sont vite oubliés pour être ramenés, à l’aide de ce blog, au rang de cintre ultra chic de la 5e avenue avec une étiquette « achetez-moi je suis trop belle », ce qui est vraiment révoltant.

Ca-se-passe-de-commentaire

Les princesses aussi ont droit à leur bal de promo.

Notre voyage temporel s’arrête ici, les périodes plus tardives ayant généralement été bien mieux traitées à l’écran car mieux connues et mieux documentées, depuis les sombres ruelles victoriennes de Ripper Street et Penny Dreadful jusqu’aux cadres chics de Mad Men et The Hour, en passant par les élégants tableaux de Downton Abbey et la classe suprême de Boardwalk Empire.
Mais par pitié Michaela Quinn, ne nous faites pas croire que vous avez pu fusionner deux robes en une seule, et cela en quatre coups d’aiguilles, pour fabriquer votre tenue de mariage ! Le mythe des souris de cendrillon a encore des beaux jours devant lui…

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Dr Quinn, notre égérie mode préférée qui sait marier classe et sauvagerie.

Par Sébastien Passot.

2 réponses à “Top des pires costumes dans les séries « historiques »

  1. Non mais arrêtez tout, Reign devrait être le top 1, y’a pas PIRES COSTUMES au monde, les robes de bal de promo achetées en 2nde main chez tati avec les fermeture eclair (oui oui) craquées dans le dos !!!
    Au moins dans les séries que vous avez sus-citées, il y en a qui font bien illusion, et la plupart, c’est un vrai parti pris de moderniser les coupes.
    Reign, c’est juste de la non connaissance de l’histoire du costume et du manque total de budget, ce sont des costumes « on fait avec ce qu’on a et ce qu’on trouve ».
    horrible.

  2. Pingback: Accords et désaccords : séries historiques, miroirs d’hier ou d’aujourd’hui ? | Séries Chéries·

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