Histoire d’une chaîne : Showtime

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Historique de la chaîne

Sa première émission est un concert qui réunit ABBA, Rod Stewart et les Pink Floyd : la diffusion de Showtime a commencé en fanfare en juillet 1976. D’abord câblée en Californie, elle devient nationale grâce à une diffusion par satellite en 1978. C’est une chaîne à péage premium et sans publicité qui appartient alors à l’empire du divertissement Viacom, qui possède aussi le network CBS. C’est la deuxième plus vieille chaîne câblée américaine, après HBO qui est aussi sa principale concurrente. Leurs évolutions sont de fait toujours liées ; HBO passe à une diffusion 24h sur 24 quelques mois après Showtime en 1981, elles se mettent à la haute définition au tournant des années 2000, créent successivement un service de VoD* en 2001 et un service de streaming en 2010, et les deux chaînes ont annoncé la création d’un abonnement réservé au streaming à quelques semaines d’intervalle cet automne. Showtime fait directement référence à cette rivalité dans deux slogans, « Showtime Has the Hits HBO Misses » en 1987 et « Here You See Them, There You Don’t » en 1989.

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Tout comme HBO, Showtime a d’abord été consacrée au cinéma, mais diffuse aussi des événements sportifs et des talk-shows, et produit du contenu exclusif. La chaîne gagne son premier Emmy en 1992 pour Hearts of Darkness : A Filmmaker’s Apocalypse, un documentaire sur le tournage mouvementé d’Apocalypse Now. Showtime est devenue un bouquet avec le lancement de chaînes thématiques : Sho2 et Showcase qui ont une programmation similaire, Showtime Beyond pour la science-fiction et le fantastique, Showtime Extreme pour l’action et les arts martiaux, Showtime Family Zone, Showtime Next et Showtime Women en fonction du public visé. En 2005, la scission de Viacom fait que Showtime appartient désormais à CBS Corporation, toujours aux côtés de CBS mais aussi de The CW.

Ligne éditoriale

A ses débuts, Showtime tâtonne. Sa programmation est hétéroclite : principalement du cinéma, mais aussi des spectacles d’humoristes et des arts martiaux. En 1982, la chaîne se met à la production avec des créations plutôt familiales et consensuelles. Son premier téléfilm est Falcon’s Gold, une sorte de sous-Indiana Jones, et sa première série est un programme pour enfants nommé Faerie Tale Theater. Il s’agit d’adaptations kitsch de contes de fée présentées par Shelley « Shining » Duvall, avec un casting surprenant et probablement beaucoup de drogues dans les coulisses.

faerie tale theater

Par ailleurs, dès le début des années 80 et chaque jour après minuit, Showtime réserve un bloc de programmes aux adultes : c’est le fameux After Hours, l’équivalent transgressif pour des milliers de jeunes américains de certaines heures cryptées sur Canal +. On peut y voir des films, des numéros de stand-up et des séries qui ne sont pas du tout adaptés à tous les publics ; souvent, des films érotiques. Vous reprendrez bien un peu d’années 80 avec ce générique ?

La première sitcom Showtime marque, déjà, un revirement de situation : il s’agit de Brothers, première série du câble qui parle d’homosexualité. Le succès d’After Hours invite aussi la chaîne à s’intéresser de plus près au sexe. Elle se lance dans la production d’une série érotique, Red Shoes Diaries, en 1992. David Duchovny, qui à la même époque joue aussi Mulder dans X-Files, tâche d’y élucider le suicide de sa fiancée en s’intéressant aux journaux intimes d’inconnues, publiés dans un journal. Les téléfilms aux titres et affiches racoleurs se multiplient, et leur principal intérêt semble résider dans leur casting, composé de sex-symbols des années 90 (et de futures sœurs Halliwell, mais c’est peut-être la même chose) ; certains font partie d’un ensemble, Rebel Highway, conçu comme un hommage aux séries B des années 50.

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La création en 2001 d’une chaîne familiale permet à la chaîne mère d’avoir une programmation plus adulte pendant la journée. Showtime développe enfin un ton et une identité propres en créant des programmes plus ou moins subversifs, satiriques ou décalés, le plus souvent rated R, à l’image de Sherman Oaks (la vie de famille d’un chirurgien esthétique) ou Family Business (sur un réalisateur de porno juif). Quelques errances subsistent ; contre toute attente, Stargate SG-1 était initialement diffusée sur Showtime, avant de se retrouver bien plus logiquement sur Sci Fi Channel. La popularité croissante des dramas de plus de quarante minutes sur les autres chaînes incite Showtime à lancer Queer as Folk en 2000. En ayant aussi produit The L Word, il s’agit de la chaîne qui s’est le plus consacrée à des personnages principaux LGBT. Depuis 2005, la chaîne a décidé de se concentrer sur les séries. Elle ne produit plus pour le cinéma et a par ailleurs arrêté de diffuser des films érotiques.

Finalement, plutôt que de choisir entre sitcom ou drame, le network développe ce qui constitue encore aujourd’hui sa marque de fabrique et ses programmes les plus réussis : des dramédies inclassables comme Dead Like Me, United States of Tara ou Shameless. La chaîne connaît un succès phénoménal avec Dexter, recette qui réunit tous les ingrédients caractéristiques des œuvres Showtime : humour noir, moralité plus qu’ambivalente, aucune difficulté à montrer la violence ou le sexe, anti-héros… La chaîne s’attache à dépeindre des situations atypiques au travers de personnages en marge, depuis le tueur en série justicier jusqu’à l’infirmière junkie, en passant par des mères de familles confrontées au trafic de drogues ou à un trouble de la personnalité.

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Les séries en costumes passent elles aussi par le traitement Showtime : on obtient alors Les Tudors et The Borgias, ou une Renaissance pleine de passions, de meurtres sanglants et de sexe débridé. Ces programmes sont accusés d’être racoleurs, mais connaissent malgré tout un grand succès en rendant l’Histoire plus glamour et palpitante. Le sexe est un thème souvent évoqué dans les séries de la chaîne, et le sujet fondateur de Masters of Sex ; la plupart des shows sont émaillés de scènes d’amour assez explicites. En parallèle, Showtime pratique toujours la satire et l’ironie avec des séries comiques comme Web Therapy, mais la consécration vient avec la série dramatique d’espionnage Homeland, hit de 2011 et aimant à Emmy.

Chaîne câblée définitivement sexuée et subversive, elle partage donc beaucoup de caractéristiques avec sa concurrente. Mais là où HBO serait la grande sœur ambitieuse qui frime un peu avec ses trophées et ses critiques dithyrambiques, Showtime est la petite sœur pas forcément moins maline mais beaucoup moins bien élevée, qui flirte parfois avec le mauvais goût ou le vulgaire mais avec assez de second degré et d’intelligence pour que ça marche. Elle n’a à l’origine pas d’autre prétention que de captiver le spectateur, le maintenir rivé à son fauteuil, quitte à utiliser parfois des ressorts un peu « faciles » (sexe, cliffhangers, violence, esthétique bling-bling ou trash). Contrairement à sa rivale, qui a adopté le slogan « It’s not TV, it’s HBO », Showtime assume parfaitement d’être une chaîne de télévision et de proposer avant tout du divertissement, comme le reflètent ses divers slogans : « We entertain you like no one can » en 1990, « TV. At Its Best. » en 2005, « Brace Yourself » et « Hold on Tight » dernièrement. Pas de séries d’auteur sur Showtime, qui n’hésite pas à produire des remakes (Queer As Folk, Shameless) et des adaptations plutôt que des projets originaux, et dont les créateurs s’effacent le plus souvent derrière leurs projets. Ce qui ne veut pas dire que talent et qualité ne sont pas au rendez-vous, tant en termes d’écriture que de réalisation. Son ton est plus souvent ironique mais Showtime n’oublie pas d’émouvoir régulièrement et traite souvent de sujets aussi complexes que fascinants.

C’est la chaîne la moins consensuelle et la plus « amorale » du paysage audiovisuel américain, et peut-être aussi l’une des plus modernes. En connaissant un succès critique, toutefois, elle a peut-être commencé à s’assagir : Masters of Sex et The Affair sont en apparence des projets plus classiques avec leur réalisation soignée, même si leurs narrations restent novatrices. Surtout, on attend Showtime au tournant de 2017, pour la reprise tant attendue de Twin Peaks.

Séries cultes

1997 Stargate SG-1
2000 Queer as Folk 
2003 Dead Like Me 
2004 The L Word 
2005 Weeds 
2006 Dexter 
2007 The Tudors
2009 United States of Tara, Nurse Jackie
2011 Shameless, Homeland, Web Therapy, The Borgias, Episodes
2012 House of Lies
2013 Masters of Sex, Ray Donovan
2014 Penny Dreadful, The Affair

Sources et lectures recommandées

The death of cable TV is coming
Showtime Makes History – Honored With 32 Emmy Nominations
The oldest of them all : the history (and rivalry) between Showtime &  HBO
Showtime Over Time

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