Histoire d’une chaîne : CBS

Historique de la chaîne

Comme NBC et ABC, CBS fait partie des Big Three en tant que pionnière de l’audiovisuel et actrice dominante du marché télévisuel américain. Comme elles aussi, elle était d’abord une compagnie radiophonique, notamment connue pour la fameuse diffusion de la Guerre des Mondes qui a semé la panique parmi ses auditeurs – ceux-ci pensaient qu’il s’agissait d’un bulletin d’informations qui annonçait une réelle invasion extraterrestre. Son nom, Columbia Broadcasting System, provient de la Columbia Phonograph Company, entreprise de distribution et de vente de phonographes qui est aussi à l’origine de la maison de disques Columbia Records. Il s’agissait à l’origine d’une petite station de radio de Philadelphie qui, alors qu’elle était en difficultés, a été rachetée par la famille Paley pour promouvoir le commerce de cigares familial.  Elle a commencé à émettre des images dès 1931 via la station expérimentale W2XAB, qui était basée à New York, dans le Chrysler Building ; dès 1940, ce fut la course avec NBC pour savoir laquelle des deux acquerrait le plus grand nombre de stations, gagnerait du terrain sur le territoire des Etats-Unis, diffuserait le plus grand nombre d’heures dans la journée, en noir et blanc puis en couleurs… Cette course est à peine mise entre parenthèses pendant la Seconde Guerre mondiale, quand les préoccupations de tous se tournaient vers l’effort de guerre plutôt que vers le développement de nouveaux médias, et quand les avancées technologiques de la radiodiffusion avaient lieu dans l’armée plus que dans le divertissement, avant de reprendre de plus belle dès les années 50 pour l’effrénée conquête des audiences. En effet, dès 1956, l’offre télévisée de CBS faisait des bénéfices pendant que leur radio perdait de l’argent : c’est un tournant dans le domaine des télécommunications.

Annihilant au passage leur rivale la DuMont, NBC et CBS se battent pour le rang de première chaîne de télévision des Etats-Unis, CBS surpassant NBC pendant plus de deux décennies, notamment parce qu’elle a été précurseuse sur de nombreuses innovations (la couleur, le premier programme d’informations diffusé sur les côtes Est et Ouest, le suivi d’événements en simultané…), mais aussi parce qu’elle offrait à ses téléspectateurs des programmes de grande qualité, aujourd’hui devenus des classiques. Une certaine perte de vitesse se produit à la fin des 60’s, quand nombre des séries de la maison ont un cadre champêtre qui séduit les spectateurs plus âgés qui vivent à la campagne, mais pas les jeunes urbains actifs, la cible à atteindre. Fred Silverman, grand manitou télévisuel qui devait par la suite aussi présider ABC et NBC, opère une Rural Purge : les séries rurales sont annulées, et remplacées par des programmes plus attractifs et modernes. Il fait aussi preuve de clairvoyance en initiant la forme aujourd’hui incontournable du spin-off à la télévision, et en mettant fin à la pratique d’effaçage des bandes utilisées par la chaîne, jusqu’alors réutilisées pour faire des économies – c’est aux Etats-Unis l’une des premières formes d’archivage de la télévision « commerciale », tandis que l’essentiel des programmes de la DuMont, par exemple, ont disparu.

L’essor d’ABC fait que celle-ci lui vole la première place au milieu des années 70, mais CBS continue de battre des records d’audiences, entre le final de M*A*S*H et la résolution du fameux cliffhanger de Dallas, et revient à la tête du podium dès le début des années 80. Toutefois, après avoir lutté contre la tentative de rachat du fondateur de CNN, la chaîne est endettée, et en difficultés ; elle se fait doubler par ses deux rivales quelques années plus tard, ne les dépassant que brièvement en 1992. Audiences vieillissantes, critique peu emballée, la fiction CBS ne se porte pas fort ; idem pour le sport, d’importantes franchises échappant à la chaîne au profit de la Fox. La compétition est plus forte que jamais, et CBS se retrouve à piller les écuries rivales : de NBC, elle récupère Bill Cosby, la série JAG, et David Letterman en 1993, ce qui lui permet au moins d’avoir un Late Show réputé. Ce n’est qu’au début des années 2000 que la situation s’arrange, grâce à de nouveaux contrats de diffusion d’événements sportifs et grâce à la téléréalité. Big Brother et Survivor attirent des nuées de téléspectateurs, et en programmant Les Experts à la suite de ces émissions, CBS tient la clé de son retour sur le devant de la scène. Le succès est immense, et elle multiplie les projets de procedurals en suivant la recette du producteur Jerry Bruckheimer, depuis Cold Case jusqu’à la légion de spin-offs des Experts. Ces bons résultats d’audience portent la production de toute une vague de séries comiques, pour continuer de séduire un public plus jeune, et c’est avec la Fox désormais que CBS se dispute la première place. Depuis quelques rentrées pourtant, les nouveaux projets de la chaîne ne connaissent pas un engouement similaire, et celle-ci se repose beaucoup sur de vieux lauriers ; des séries qui ont su s’attacher des fans passionnés ou une certaine renommée, mais qui durent depuis de nombreuses années, s’essoufflent, viennent de s’achever ou sont sur le point de le faire. La reine des networks parviendra-t-elle à se renouveler ?

Ligne éditoriale

CBS, c’est la classique des classiques. Elle garde le surnom de Tiffany network, tant parce que ses premières émissions en couleur ont été tournées dans le bâtiment du célèbre bijoutier que pour son aura distinguée et prestigieuse. En tant que pionnière, elle établit nombre des standards formels et narratifs desquels s’inspire encore la production actuelle, avec par exemple la séminale sitcom I Love Lucy ou encore la science-fiction de La Quatrième Dimension. Elle a posé les jalons d’un divertissement audiovisuel à la fois adulte et tous publics, et les grands noms de sa programmation sont de véritables institutions connues de tous, quel que soit le format, depuis le soap (Les feux de l’amour) jusqu’au procedural (Les Experts). Les séries CBS sont pour beaucoup la quintessence du genre, avec une forme de sobriété et de sérieux peut-être liée au poids de la tradition, aujourd’hui centenaire, du récit sériel chez ce network. Au fil des décennies, de nombreuses productions de la chaîne sont devenues cultes et imprègnent tout l’imaginaire américain ; depuis la moustache de Victor Newman jusqu’à celle de Magnum, des jeans de Shérif, fais-moi peur à ceux de Walker Texas Ranger, en passant par des questions et des cliffhangers qui ont tenu des millions de personnes en haleine (Qui a tiré sur JR ? Qui est la mother ?), CBS a modelé une importante partie de la culture populaire. 

C’est aussi ce qui constitue ses limites : à force de suivre des modèles pré-établis, CBS manque souvent d’originalité. D’autant plus que pour garder son statut de leader des audiences, il lui arrive souvent d’épuiser les filons en vogue à coups de multiplication de spin-offs et projets similaires, la chaîne n’hésitant pas à décliner jusqu’à l’écœurement une recette qui marche. Formes policées, respect des conventions de représentation, récits divertissants et prenants mais parfois rebattus… Ce n’est pas sur le network à l’œil que l’on trouvera des créateurs très audacieux, les parts d’audiences ayant plus d’importance que des expérimentations narratives ou une expérience de visionnage inédite. Quand le savoir-faire est au rendez-vous, bien entendu, la qualité aussi : dernièrement, Person of Interest et The Good Wife ont toutes deux montré de quoi le vieux network était capable, avec un jeu parfaitement réussi sur les contraintes inhérentes à leurs genres respectifs ; le fait même que ces séries soient très cadrées semble avoir inspiré leurs créateurs. Tout aussi excellentes élèves qu’elles soient, elles n’en ont pas moins académiques, et ce n’est pas un hasard si Supergirl sera, elle, diffusée sur la CW à la rentrée 2016 : destinée à un public jeune, la série est légère, fraîche et fun… Autant de qualificatifs qui ne s’appliquent pas vraiment à CBS.

Séries cultes

Années 1950 :

I Love Lucy – La Quatrième Dimension 

Années 1960 :

Les Accusés – The Andy Griffith Show

Années 1970 :

All in the Family – The Mary Tyler Moore Show – M*A*S*H – Kojak – Shérif, fais-moi peur – Dallas – Les feux de l’amour

Années 1980 :

Magnum Amour, gloire et beauté

Années 1990 :

Diagnostic : Meurtre – Docteur Quinn, femme médecinWalker, Texas RangerUne Nounou d’enfer – JAG – La vie de famille 

Années 2000 :

Les Experts  & co – NCIS – Cold Case : Affaires classées – FBI : Portés disparus – Esprits Criminels – Mentalist How I Met Your MotherMon Oncle Charlie – Ghost Whisperer – The Big Bang TheoryThe Good Wife

Années 2010 :

Hawaii Five-O – Person of Interest – Elementary – Blue Bloods – 2 Broke Girls – Scorpion – Madam Secretary – The Odd Couple – Mike & Molly – Supergirl

2 réponses à “Histoire d’une chaîne : CBS

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