Semaine d’un sériephile (59) : en musique

Music is in the air en cet hiver 2014-2015. La plateforme Amazon a été la première à donner le la en proposant à la période de Noël Mozart in the Jungle, série se déroulant dans les coulisses de l’Orchestre philharmonique de New York et menée par Gael García Bernal. Sur les networks, ABC nous a ensuite conviés à un voyage dans le temps délirant en compagnie de Galavant & Co dont j’ai vanté les mérites ici. C’est au tour de la Fox d’entrer dans la partie avec Empire, un nouveau show sur l’univers du hip-hop. Entre Requiem et Ghetto-blaster, je m’auto-proclame mélomane du jour. Musique Maestro !

Mozart in the jungle

Mozart in the Jungle, ça sent l’anachronisme à plein nez. Sérieusement, vous imaginez le compositeur classique perdu en pleine forêt tropicale, se débattant entre les lianes pour ne pas perdre son postiche à rouleaux poudré, ou sa redingote en velours prenant l’humidité ? Heureusement (ou pas), Amazon n’a pas été aussi loin : dans Mozart in the jungle, il n’est pas question de parler d’un autrichien surdoué survivant au milieu d’une végétation dense d’Amérique du Sud (ou d’Indonésie, ou d’Afrique d’ailleurs) mais de Gael García Bernal incarnant un chef d’orchestre et musicien virtuose débarquant à la direction de l’Orchestre Philharmonique de New-York.

Mozart article 1

Le titre est approprié : Rodrigo D’Souza est un génie considéré comme le “Mozart” de sa génération, et le terme de « jungle » illustre assez bien ce que représente le milieu très fermé de la musique classique, un monde prestigieux où règne la loi de la sélection et où la compétition est par conséquent très sévère.
Embauché pour rajeunir l’image de l’orchestre, et sans doute aussi celle de la musique classique aux yeux des New-Yorkais, il va être confronté au conservatisme de son prédécesseur – le vieillissant Thomas (Malcolm Mcdowell) – ainsi qu’aux mécanismes et privilèges poussiéreux du système, qui n’ont jamais été remis en cause jusque-là. Mais il n’est pas le seul vent de fraîcheur qui va souffler sur cette institution : Hailey (Lola Kirke), jeune hautboïste bohème sans le sou qui donne des cours particuliers, rêve d’une place dans les rangs de la formation. Elle se fait remarquer par le charmant Rodrigo mais n’étant pas encore à la hauteur, elle devient son assistante. L’enjeu est de taille puisque tous doivent préparer la rentrée de l’orchestre. Entre répétitions et soirées de donations, on découvre à travers le regard de la jeune Hailey, un peu perdue dans cette fameuse « jungle », les coulisses d’un monde à l’image (encore) élitiste et guindée.

Hailey-Rodrigo Mozart

Avec cette première série musicale s’intéressant à l’univers de la musique classique, Amazon joue la carte de l’originalité parmi les Glee, Smash et autres Nashville, mais prend le risque d’évoquer un style musical beaucoup moins populaire. La solution pour rendre la série attrayante et donner envie aux non-initiés réside à la fois dans le choix du ton (comico-satirique) et dans celui des équipes artistiques et techniques. Gael García Bernal dans le rôle-titre d’une série, cela retient forcément plus l’attention qu’un synopsis traitant d’orchestre et de musique classique. Ajoutez à cela les noms de Roman Coppola et de Jason Schwartzman (qui apparaît aussi en guest-star dans plusieurs épisodes) à l’écriture, à la production et parfois à la réalisation, et vous avez un projet qui sort du lot et qui multiplie ses chances de capter la curiosité de différents publics. Pour l’image, Amazon a donc tout bon.

Cependant, sur le fond, Mozart in the Jungle n’est qu’une demie réussite. Certes elle parvient à nous faire entrer dans un univers particulier auquel on n’est pas nécessairement sensible, le charisme de Gael García Bernal et son alchimie avec Lola Kirke y étant pour beaucoup. Mais une fois que ces deux-là sont hors-champ, force est de constater que la série devient moins palpitante. Elle nous donne une énième occasion d’assister à des crises de folie et de narcissisme de la part des artistes, aux doutes qui les assaillent, aux sacrifices qu’ils doivent faire, sans parler de la question du talent qui se pose à un moment donné à toute personne souhaitant percer dans un milieu créatif. Le regard satirique est bien là mais on a du mal à s’attacher au reste des personnages, ce microcosme musical ne prenant véritablement vie qu’avec l’apparition de son chef d’orchestre à l’allure rock’n’roll et aux méthodes peu conventionnelles. Bref, on connaît la musique !

Mozart 2

Au bout des 10 épisodes que compte cette première saison, on pressent que la renaissance est proche à la fois pour l’orchestre et pour les protagonistes, mais les épisodes sont inégaux : la première moitié de la saison est assez pénible à passer et à partir de l’épisode 6, on se prend à rêver d’une deuxième saison.

Tirée de l’autobiographie de Blair Tindall, intitulée Mozart in the Jungle: Sex, Drugs, and Classical Music, Mozart in the Jungle a tous les ingrédients d’une série de qualité mais elle peine à séduireMalgré tout, Rodrigo, Hailey et les autres seront de retour l’année prochaine pour une deuxième saison que l’on ne manquera pas de suivre sur Séries Chéries. Car après tout beaucoup de consœurs ont connu des débuts chaotiques et se sont bonifiées avec le temps.

Empire

Le duo Lee Daniels/Danny Strong (Le Majordome) reprend du service mais pour la télévision américaine cette fois-ci, et plus précisément pour la Fox. S’établissant dans le monde bling-bling du hip-hop, Empire est une sorte de Dallas version afro-américaine. Au cœur de l’intrigue, une entreprise familiale, Empire Entertainment, un patriarche, Lucious Lyon (Terrence Howard) et ses trois fils qui sont trois héritiers potentiels.
Gravement malade, Lucious doit sérieusement réfléchir à son successeur et son choix se portera sur l’un de ses fils, mais lequel ? L’aîné Andre (Trai Byers), directeur financier assoiffé de pouvoir et doué en affaires mais n’ayant aucune oreille musicale ? Le cadet Jamal (Jussie Smollett), discret mais talentueux auteur-compositeur victime de l’homophobie de son père ? Ou Hakeem (Bryshere Y. Gray) le petit dernier, arrogant et immature mais étoile montante du rap ?

Empire 1

Maintes fois comparée, à la fois dans la presse et dans la série elle-même, à la pièce de William Shakespeare Le Roi Lear, l’histoire se concentre sur la compétition entre les 3 frères pour mettre la main sur le business familial, très lucratif. Mais c’était sans compter sur le retour de leur mère, Cookie (Taraji P. Henson), emprisonnée pendant 17 ans et qui souhaite plus que jamais retrouver les siens et réclamer sa part du gâteau.
On apprend assez vite grâce à de nombreux flashbacks qu’avant de mener un train de vie fastueux, Lucious vivait avec son ex-femme et ses fils dans un quartier malfamé miné par le trafic de drogues et les gangs. Dealer et aspirant rappeur, il a été largement encouragé par sa femme à se battre pour sa carrière et à la faire prospérer. C’est elle qui est à l’origine de son succès, c’est le roc de la famille Lyon, Lucius lui doit tout et il le sait… La tornade Cookie risque fort de chambouler l’ordre établi car quand Cookie débarque elle ne passe pas inaperçue ! Elle a en effet traversé bien des épreuves. Cette rebelle excentrique qui n’a peur de rien ni de personne est sans aucun doute l’héroïne de la série.

Empire 2

Personnage féminin fort du show, elle détonne dans un monde sexiste où l’image de la femme est souvent peu flatteuse. Empire ne s’attarde d’ailleurs pas sur des personnages de bimbos sans intérêt. Qu’il s’agisse de Rhonda Lyon (Kaitlin Doubleday), l’ambitieuse et machiavélique femme d’Andre, d’Anika (Grace Gealey), la jeune et parfaite fiancée de Lucius qui n’a toujours connu que la richesse et la réussite sociale, en passant par les “cougars” du benjamin de la famille, les autres femmes d’Empire sont faites sur le même modèle : loin d’être idiotes, elles manipulent les hommes tout en s’assurant de maintenir leur niveau de vie.

Côté scénario, en bon soap opera*, on n’échappe pas aux complots, aux trahisons, aux meurtres, aux rivalités familiales et amoureuses… le tout au beau milieu de fourrures, d’imprimés léopard et de chaînes en or indécentes. C’est typique mais ça marche. Pas de fausse note côté casting, Taraji P. Henson est remarquable en matriarche désavouée qui tente de rattraper le temps perdu tout en se construisant une réputation dans le milieu du hip-hop, Terrence Howard parfait dans son rôle de requin au visage d’ange hanté par son passé, et il se pourrait bien que Jussie Smollett et Bryshere Y. Gray vous impressionnent dans leurs numéros musicaux. Dotée d’une bande-son efficace (produite par Timbaland) qui résonne tout au long de chaque épisode, c’est comme si vous y étiez. En un mot,  Empire est une série addictive.

Empire 3

Que vous soyez sensibles au flow ou aux concerts, il y en pour toutes les oreilles. La nouvelle tendance sériephile se regarde et s’écoute, et déjà les projets se multiplient : The Get Down de Baz Luhrmann sur les débuts du hip-hop à New-York dans les années 70 pour Netflix, History of Music, un drama sur le rock’n’roll de Martin Scorsese, Mick Jagger et Terence Winter, ou Virtuoso, drame historico-musical sur une école de musiciens prodiges dans la Vienne du 18ème siècle créé par Alan Ball et produit par Elton John pour HBO. En France, la série Side est en développement.

Montez le son, le quatrième art envahit le petit écran !

3 réponses à “Semaine d’un sériephile (59) : en musique

  1. C’est marrant tout le monde me dit ça concernant Empire ! Pour l’instant je continue de suivre la série et ça s’intensifie. J’espère que les scénaristes vont maintenir le rythme tout en ne tombant pas dans la surenchère d’événements dramatiques et de twists improbables. Pour Mozart, je viens de lire ton article et je te rejoins complètement sur le côté Don Juan du chef d’orchestre et sur ta description du personnage d’Hailey : naïve mais déterminée, audacieuse et inexpérimentée. Idem pour sa relation avec Rodrigo « idylle impossible et incohérente, ». J’ai parcontre été beaucoup moins charmée par le reste des personnages même si le fameux Alex avait du potentiel.

    • Je viens tout juste de voir ta réponse, et depuis le temps, j’ai eu le temps de tenter Empire. (Tu as raison, c’est totalement addictif)

      Concernant Mozart in the Jungle, j’ai une petite préférence pour Gloria et Cynthia (je trouvais Alex sans intérêt haha), j’espère qu’elles prendront de l’importance dans la saison 2 !

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