La femme à la bûche du mardi

Puisque David Lynch qui a grave envie de se faire mousser nous a fait une petite blague il y a quelques jours du genre « ah non en fait pas de saison 3  » alors qu’en fait si, il me semble primordial de continuer notre série de fiches personnages issus de Twin Peaks, histoire de bien vous préparer pour 2016. Après Audrey Horne, je vais vous parler d’une figure emblématique : l’inénarrable « Log Lady », ou femme à la bûche, qui nous a valu de recevoir une belle pièce de bois il y a quelques mois lors de la campagne de pub de CanalPlay qui annonçait l’arrivée de Twin Peaks dans leur catalogue VoD.

log-lady

Sa bio

Incarnation vivante de l’esprit Twin Peaks, Margaret Lanterman (Catherine E. Coulson) ne pouvait être qu’un personnage éminemment mystérieux. On sait donc peu de choses à son sujet, car elle n’intervient pas à proprement parler dans la partie feuilletonesque  de la série (j’entends par là qu’on ne la retrouve pas dans les multiples triangles amoureux qui émaillent la ville, pas plus que dans les affaires de pouvoir qui tournent autour de la scierie Packard). Ce personnage, interprété par une femme qui a travaillé derrière la caméra lors du tournage du premier long-métrage de Lynch, Eraserhead, et qui s’est embarquée dans la méditation en même temps que son ami réalisateur, est cantonné à la partie mystique de la série.

Rustique et peu avenante, la femme à la bûche est affublée de grosses lunettes rouges et d’un chandail moche. Bien sûr, elle ne se sépare jamais de sa bûche, objet étrange, décalé, mais aussi objet magique dont Margaret dit qu’elle a « vu » le meurtre de Laura Palmer. Il faut rappeler ici que le thème du bois est omniprésent dans la série. C’est la matière même de la ville, et tous les intérieurs en sont constitués, ce qui donne à Twin Peaks un charme canadien désuet que les hipsters sauront apprécier. Comme dans beaucoup de soaps, il y a à Twin Peaks une entreprise puissante pour le contrôle de laquelle les personnages s’affrontent : il s’agit ici de la scierie, dont des images surprenantes ouvrent le générique de la série. On notera d’ailleurs que beaucoup de plans d’extérieur montrent des camions transportant du bois : comme dans la ville où se déroule Blue Velvet (un grand film de Lynch, à voir absolument), le bois est le moteur économique de la ville. Lynch n’a pas choisi pour cadre une grande métropole mais une petite ville industrielle, et la série joue souvent sur les clichés à ce sujet – pour mieux les détourner -, entre le personnage de Dale Cooper, agent du FBI qui s’acclimate rapidement à la tranquillité de Twin Peaks, et le légiste Albert Rosenfield qui considère ses habitants comme des ploucs. Enfin, le bois entoure la ville sous la forme d’une vaste forêt. Dès son arrivée, Dale Cooper demande le nom des arbres du coin qui le fascinent : les fameux Douglas. De nombreux plans nous montrent des branches secouées par le vent, des séquences entières se déroulent dans des sous-bois inquiétants. Les bois, j’en avais parlé sur Séries Chéries il y a longtemps, sont un symbole de mystère, d’étrangeté et de magie. Ils incarnent l’inconscient, la face sombre de l’Homme, cette zone qui inquiète, qui fait peur, qui attire irrésistiblement, et où se déroulent les événements à la frontière du réel. Bien sûr, vous vous en doutez : c’est dans les bois que vit Margaret Lanterman.

Cette imagerie du bois n’est pas anodine, puisqu’elle est liée au thème majeur du feu, que l’on retrouve à la fois dans l’incendie qui menace de réduire en cendre la scierie et de provoquer la ruine de ses propriétaires, mais aussi dans le feu allégorique qui brûle Laura Palmer de l’intérieur. Feu qui donnera son célèbre leitmotiv à la série : « Fire, walk with me! » (Feu, marche avec moi !). A noter que cette obsession pour le feu se retrouve dans Sailor et Lula (encore un film de Lynch à ne pas manquer), où elle manifeste l’énergie dévorante qui consume la jeunesse. La femme à la bûche elle-même – vous le découvrirez en regardant la série – est liée de près à cette thématique.

Son rôle

Véritable pythie de la série, la femme à la bûche n’est pas qu’un personnage cocasse : c’est elle qui ouvre chaque épisode à travers une courte scène d’introduction. Cette adresse au spectateur, face caméra, poétique et parfois émouvante, est l’occasion de commenter les intrigues de la série comme une sorte de chœur antique, un peu comme les personnages de la série de Lars von Trier, L’hôpital et ses fantômes, qui travaillent en cuisine et semblent doués d’omniscience.

Ses traits de caractère

Solitaire. Clairvoyante. Étrange.

La femme à la bûche en 20 secondes

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