Semaine d’un sériephile : Inhumans, The Gifted, Runaways, l’invasion Marvel

Comment échapper au rouleau compresseur de l’invasion des super-héros ? Justice League et le dernier Thor dans les salles, encore tout récemment Iron Fist et Defenders sur Netflix, les mutants, extraterrestres et autres justiciers en collants de comics books semblent nous pourchasser où que nous allions. Dans un tel contexte, comment parvenir à se démarquer ? C’est le pari impossible tenté au cours des derniers mois par pas moins de trois nouveautés Marvel. Alors, asphyxie ou coup de poker gagnant ?

Inhumans, au-delà du kitsch ?

Diffusée depuis fin septembre sur ABC, Inhumans met en lumière une équipe de supers mutants issue d’une licence assez peu connue de l’univers Marvel. Apparu dans les années 60, le background des Inhumains s’avère particulièrement capilotracté et surtout très représentatif de la quasi-mythologie entourant l’univers Marvel. Mutants rejetés par les humains tels de lointains cousins des X-Men, les Inhumains forment une société autonome vivant cachée au cœur de la mystérieuse cité d’Attilan située sur la face cachée de la Lune. Sans avancer plus loin gageons qu’avec un tel point de départ le potentiel nanardesque de la licence s’annonce fort.

La société des Inhumains est construite sur le principe d’une tradition, le culte des potentialités génétiques comme base de fonctionnement de la société, la génocratie. Chaque Inhumain se voit exposé à sa majorité à un catalyseur chimique accélérateur de mutations, la brume tératogène. Si la plupart des Inhumains ressortent du traitement de choc munis de pouvoirs, tel n’est pas le cas de tous, résultant ainsi en une société divisée entre personnes dotées de pouvoirs et personnes aussi démunies que n’importe quel humain lambda. Farfelu mais original, le principe aurait pu connaitre moult traitements sur les inégalités ou sur la construction du pouvoir. Ici il sert surtout de point de départ à une sobre histoire de jalousie fraternelle.

Maximus (Iwan Rheon, Game of Thrones, Misfits), inhumain sans pouvoir, voue une haine farouche à son frère Flèche noire (Anson Mount), roi de la cité d’Attilan. Jalousie de pouvoir dans tous les sens du terme mais jalousie romantique également puisque le perfide Maximus semble convoiter la très puissante reine Médusa (Serinda Swan). Une conspiration ourdie par Maximus aura tôt fait de destituer le frérot et d’engager la communauté vers une politique de retour sur Terre avec guerre inhumains/humains à la clé.

Ce scénario a beau être alambiqué, il a au moins le mérite de rechercher l’originalité. Mais le plus gros problème c’est qu’avant même de s’attacher au scénario, le traitement de l’affaire vient bien vite refroidir toute curiosité. Décors sur la lune sentant le carton-pâte, rappelant les grandes heures de Sliders, mise en scène théâtrale raide comme un bâton de pèlerin, acteurs semblant perdus dans une mauvaise blague sans fin, la liste des points noirs s’allonge rapidement. Les bonnes intentions sont pourtant là et l’on peut s’attacher à la quête de héros exilés tentant de sauver le monde comme ils le peuvent, mais le manque de rythme et d’énergie de l’ensemble peine à nous donner envie de prolonger plus avant l’expérience.

Un mot sur deux personnages dont le potentiel comique involontaire parvient à donner une force nanarde insoupçonnée à la série. Flèche noire d’une part, grand héros pacifiste que nous suivons ici en plein exil : le malheureux homme est pourvu de l’un des pouvoirs les plus galériens qu’il nous ait été donné de voir, sa voix étant en mesure de tout détruire autour de lui. Il en résulte qu’Anson Mount, le comédien l’interprétant, en est réduit à faire passer toute émotion par un subtil jeu de sourcils et de regards appuyés. Voilà qui aurait pu être aussi une formidable performance d’acteur. Hélas le défi se transforme trop vite en un cabotinage de sourcils absolument merveilleux.

Autre personnage joyeusement doté, Karnak (Ken Leung) : outre de grandes compétences en combat, le guerrier possède la faculté de percevoir tous les points faibles de ses adversaires. Par voie de conséquence Karnak se retrouve de fait extrêmement pessimiste, voyant le négatif partout. Il a donc le rôle du rabat-joie par excellence, le personnage au fond du seau pour qui noir c’est noir il n’y a plus d’espoir. Une faculté incroyable qui n’est pas poussée dans ses retranchements dans cette première saison mais qui pourrait se révéler absolument géniale.

Pensée comme une sorte de spin off de Marvel’s Agents of Shield, Inhumans s’adresse avant tout aux fans de cette dernière. Les agents du Shield avaient eux aussi connu des débuts difficiles et n’ont jamais brillé depuis par un chiffre d’audiences faramineux. Si les fans avaient alors fait preuve de patience et avaient laissé une seconde chance à la série, qu’en sera-t-il des Inhumains venus d’ailleurs ? La série aura fort à faire pour convaincre ceux qui s’y sont déjà échaudés.

The Gifted, comment revisiter une licence ?

Nouvelle série super héroïque de la Fox, The Gifted a la difficile mission de reprendre la licence X-Men en y apportant un vent de nouveauté. Surexploités au cinéma depuis le début des années 2000, la licence a fait figure de galop d’essai pour l’adaptation de toutes les franchises de comics qui l’ont suivie. Elle est devenue du même coup une espèce de figure classique du mythe du super-héros, un brin désuète parfois, où les thèmes du racisme et du refus de la différence ont maintes fois servis de prétextes à des affrontements dantesques entre héros et vilains de tous poils. La licence a récemment connu un certain renouveau tant au cinéma avec Logan, récit désenchanté du destin d’une icône, qu’en série avec Legion, trip surréaliste où super pouvoirs et maladie mentale se croisent dans une totale confusion des sens. Deux expériences saluées pour leurs réalisations comme pour leurs partis-pris résolument novateurs pour la licence X-Men. La nouvelle série de la Fox parvient-elle à participer à ce vent de renouveau ?

L’histoire de The Gifted se déroule dans un monde post-X-Men. Le refuge de l’école pour talents spéciaux du professeur Xavier n’existe plus, les mutants se retrouvent livrés à eux-mêmes dans un monde plus que jamais hostile à leur égard. Toute personne possédant des capacités supra humaines court le risque d’être traquée par le gouvernement américain au nom de la sécurité publique. Dans un tel contexte, l’apparition de pouvoirs chez un jeune mutant fait figure de malédiction, une déconvenue qui frappe bientôt le procureur d’Atlanta Reed Strucker (Stephen Moyer). Comment faire face au fait que ces deux enfants sont mutants alors même que son travail consiste à les pourchasser ?

Au cours de cette première saison, nous suivons la fuite de la famille Strucker et sa redéfinition au sein du mouvement de résistance mutante. Plus qu’à un énième récit de commencements héroïques, la série nous propose l’histoire d’une survie en marge, d’une communauté contrainte de se solidariser pour ne pas disparaître. On trouve là un écho de Legion ou de Logan avec des super héros ne luttant plus pour sauver le monde mais bien pour survivre face à une oppression généralisée.

La série nous parle sans cesse de famille et d’esprit d’équipe. L’individu ne peut s’en sortir seul, seule l’union permet de survivre. Il en ressort une multiplicité de personnages qui ont chacun et chacune leur importance. Les héros de Gifted sont ainsi tout autant les enfants Strucker (Natalie Alyn Lind et Percy Hines White) que leur mère (Amy Acker) dépourvue de super pouvoirs mais aussi badass qu’une Sarah Connor. Autres personnages principaux, mais côté résistance cette fois, citons aussi Polaris (Emma Dumont), mutante radicalisée face au racisme humain ou son compagnon Eclipse (Sean Tate), pacifiste en perpétuel dilemme quant à la meilleure manière de lutter pour la cause mutante. Cette galerie de personnages qui s’étoffe au fil des épisodes constitue à la fois l’originalité et l’un des problèmes de la série. Tous n’offrent pas la même profondeur et ne susciteront pas la même attention non plus. Le côté stéréotypé de ces personnages jouant souvent sur une seule dimension de leur caractère vient appuyer le côté fonctionnel de chacun de nos héros. Cet écueil pourrait s’atténuer au fil du temps si la série parvient à apporter plus d’humanité à l’ensemble. Déjà attachants, il ne manque qu’un peu de complexité à ces personnages pour les rendre véritablement marquants.

Le plus gros reproche que l’on peut faire à The Gifted consiste sans doute dans son manque d’originalité. Fidèle à ce que l’on peut attendre d’une série X-Men, elle peine pour l’instant à surprendre. Sans le soupçon de folie narrative et visuelle de Legion, les thématiques chères à la licence X-Men nous paraissent ici marquées d’un trop grand classicisme. Difficile aujourd’hui de se démarquer des dizaines de séries apparaissant chaque mois sur nos écrans sans oser un parti-pris affirmé.

Runaways, un teen drama chez les super-capés

La plateforme de streaming Hulu semble vouloir montrer qu’elle n’a décidément rien à envier aux géants Netflix et Amazon. Depuis deux ans sa politique de séries originales ne cesse de monter en volume jusqu’à parvenir à des créations de grande qualité telle The Handmaid’s Tale en avril dernier. Autre genre, autre défi, Hulu nous propose ici sa première série Marvel. Créée par les auteurs de Gossip Girl, Runaways a-t-elle le potentiel de faire autant sensation que les premières séries Marvel de Netflix en leur temps ?

Adapté d’un comics assez méconnu, Les Fugitifs, publié au début des années 2000, Runaways a pour avantage – contrairement à The Gifted – de ne pas avoir d’héritage écrasant à porter. Une force pour pouvoir innover ? Peut-être. Pas d’icônes de l’univers Marvel au menu ici mais de jeunes adolescents vivant leur vie quotidienne comme n’importe quel jeune de leur âge. Les problématiques de l’adolescence classique du teen drama, les décors de lycée, de cafétéria et de terrains de football américain sont cependant vite mis de côté pour laisser place à un récit où mystère et surnaturel cohabitent dans une expérience à mi-chemin de Stranger Things et du Club des cinq.

Alex (Rhenzy Feliz), Nico (Lyrica Okano), Karolina (Virginia Gardner), Gertrude (Ariela Barer), Chase (Gregg Sulkin) et Molly (Allegra Costa) forment la bande des six runaways. Anciens meilleurs amis, un drame les a séparés au point d’en faire de véritables étrangers les uns pour les autres. Une découverte inattendue va brusquement les rapprocher de nouveau. Assistants imprévus à une réunion entre leurs parents respectifs, ils découvrent une scène à laquelle ils n’auraient jamais dû assister. Tout bascule, leurs repères s’effondrent, ceux à qui ils faisaient toute confiance leur ont menti, rien ne sera plus comme avant.

Le traitement de l’adolescence trouve ici une originalité bienvenue. La défiance vis-à-vis des parents, la remise en cause des certitudes ou la peur de l’inconnu trouvent ici un traitement métaphorique intéressant, qui permet au passage de sortir des sempiternels scénarios adolescents US habituels. Les amourettes et autres quêtes de réputation sont laissés de côté pour préférer une évocation étonnamment beaucoup plus universelle des craintes et angoisses propre à cet âge. Traduire l’incompréhension entre générations par un affrontement justiciers juniors versus parents super vilains il fallait oser, mais au fond pourquoi pas ?

Ce qui démarque Runaways de The Gifted et d’Inhumans réside dans le traitement sensible de ses personnages, aussi bien héros qu’antagonistes. S’il y a bien de l’action, aucune fête foraine de super pouvoirs ne vient masquer une vraie caractérisation des personnages. On découvre les motivations, les névroses et les dilemmes de chacun au fur et à mesure avec autant d’attention qu’un véritable teen drama. Une qualité bienvenue qui permet d’éviter le divertissement décérébré trop souvent caractéristique de l’adaptation de comics.

Runaways parvient à trouver sa voie en faisant preuve d’originalité. Si la série ne semble pas révolutionner l’univers Marvel comme a pu le faire Legion, elle parvient néanmoins à tirer son épingle du jeu en incarnant une certaine modernité.

Une réponse à “Semaine d’un sériephile : Inhumans, The Gifted, Runaways, l’invasion Marvel

  1. à mes yeux, c’est au mieux vraiment pas terrible, mais je ne parle pas de Runaways que je n’ai pas encore visionné. Comme les séries CW, il n’y a aucune ambition, aucun challenge, les épisodes sont les mêmes que ceux des cinquante dernières séries, et l’on sait qui va tomber amoureux de qui, qui va trahir, etc… pratiquement à l’épisode près. Heureusement qu’il y a encore des chaînes comme AMC ou HBO qui proposent des formats originaux! En tout cas, tu m’as donné envie de visionner Runaways, que je connais en comic book seulement!

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