Accords et désaccords : La suite de Kaamelott, on l’attend ou on la redoute ?

On parle pas mal de Kaamelott en ce moment. Une nouvelle intégrale des six saisons de la série vient de sortir. Alexandre Astier, qui tire la plupart des ficelles du show dont il est créateur, scénariste, réalisateur, monteur, compositeur et acteur principal, en a assuré la promotion via une dédicace, le lancement d’un compte twitter officiel ou des interviews dans la presse. Evidemment chacun-e des amateurs-trices de la série se demande si la suite de Kaamelott – véritable serpent de mer depuis dix ans- est sur les rails – ce sur quoi Astier laisse planer l’incertitude (lire cette interview parue dans 20 minutes). Séries Chéries a réuni quatre « fans » de cette série offrant une vision décalée de la légende arthurienne pour discuter de la manière dont ils perçoivent aujourd’hui l’évolution de Kaamelott et son avenir.

Pourquoi aimez-vous Kaamelott ?

Serge : Ce qui me séduit dans Kaamelott c’est d’abord la rythmique des échanges et la course aux bons mots. Avec un ton toujours très ironique et des personnages d’idiots magnifiques, j’ai l’impression de replonger dans les films de Michel Audiard voire même de Louis De Funès. Il y a toujours cette patte d’Alexandre Astier qu’on reconnaît en quelques secondes : une diction, une trivialité absurde. J’aime aussi la manière dont il est parvenu à faire exister un univers en lui donnant de plus en plus d’épaisseur au fil des saisons. Les personnages parviennent à gagner en profondeur au fur et à mesure, à se complexifier sans pour autant perdre leur nature. Gros défi qui pour moi a été rempli dans la série.

Sébastien : J’ai tout de suite été très friand de l’humour, des situations absurdes, de délicieux anachronismes, et de cette répartie incroyable dans les dialogues, notamment lors des innombrables disputes à table. Il y a également un souci de recherche esthétique présent dès les débuts pourtant plus modestes : texture et patine des costumes, armures cabossées [ndlr Sébastien est costumier]… Et de ce point de vue là, c’est plutôt allé dans le bon sens par la suite.

Eric : Les raisons pour lesquelles j’aime Kaamelott sont les mêmes que celles évoquées par Serge et Sébastien : les dialogues, la galerie de personnages, les costumes et même l’ambiance sonore. Le mélange entre la comédie populaire à la française (en gros, de la bouffe, des histoires de famille, des bons mots et des engueulades) et des références plus pointues ou carrément geek m’a également conquis.

Margot : J’aime Kaamelott pour son langage, car il est aussi riche qu’original. Les dialogues sont rapides et rythmés, ils mélangent les termes argotiques et soutenus, il remettent à jour des expressions fleuries et oubliées (ah l’étendu du champ lexical de la nourriture ou du vin), le tout enrobé d’un vouvoiement systématique qui crée un délicieux décalage. J’adore la manière dont le langage est mis au centre des enjeux de la série, qu’ils soient humoristiques ou dramatiques. Le roi Arthur maîtrise parfaitement la langue, contrairement à certains de ses chevaliers. Cela donne lieu à nombre de scènes hilarantes mais renforce aussi aussi la solitude du personnage d’Arthur au milieu de cette troupe de bras-cassés.

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Comment jugez-vous l’évolution de cette série de comédie qui a notamment été marquée, surtout à partir de la saison 4, par des transformations importantes (virage dramatique, allongement du format des épisodes…) ?

Sébastien :  Pour ma part je suis un grand amateur des thèmes abordés dans la saison 5, qui a su plutôt bien équilibrer le drame et l’humour. Il y a des passages qui sont d’une simplicité et d’une émotion poignante comme la scène avec le père adoptif d’Arthur qui est l’un des points les plus forts. Même si de manière générale je ne suis pas convaincu par la réalisation ou le montage. Pour moi, le vrai point de non-retour, c’est la saison 6 où je n’accroche pas à grand-chose et je me moque bien du sort de la plupart des personnages.

Margot : Comme Sébastien, je trouve le virage dramatique, qui n’abandonne pas l’humour au tournant, bien maîtrisé, ce qui démontre les grandes qualités de dialoguiste d’Astier et le savoir-faire des acteurs et actrices. Il s’effectue par petites touches dans la saison 4 qui au milieu de pastilles de comédies pures, réserve des scènes intimistes superbes : le face-à-face entre Arthur et Lancelot qui rejouent la scène d’affrontement très sentimentale entre De Niro et Al Pacino dans Heat est pour moi un grand moment de la série. La saison 5, sorte de voyage initiatique où Arthur doit se confronter à ses démons, réserve des étapes poignantes : à la scène du père adoptif, j’ajouterais celle du gardien de phare. J’apprécie beaucoup le fait que la série ait voulu, en devenant vraiment chronologique, en allongeant le format des épisodes, se donner plus d’ambition narrative. Le problème est que la réalisation n’est pas toujours au niveau. Elle se démerdait très bien dans la catégorie plans fixes et théâtre filmé. Mais dès que la caméra se met en mouvement, je trouve cela rapidement dégueulasse avec des ralentis parfaitement excessifs.

Serge : La solitude absolue qui se creuse dans les saisons 4 et 5, la quête d’identité et de sens puis le destin qui s’impose comme une fatalité dans la saison 6 m’ont touché d’une certaine manière parce qu’ils permettent de redécouvrir le personnage du roi Arthur. En montrant ses fêlures, ses blessures et ses obsessions, Astier dévoile d’autres facettes du mythe et nous permet de sortir de la vision héroïque que d’autres adaptations de la légende arthurienne ont pu forger. Il l’avait déjà fait par la trivialité des innombrables discussions sur la bouffe, il enfonce le clou en montrant un homme seul, terriblement faible lorsqu’il n’est plus en maîtrise de son univers. Mais j’avoue avoir un peu de mal avec Arthur dans ces moments dramatiques, tant au niveau du personnage que de l’interprétation d’Astier. Pour moi, ce sont plutôt les protagonistes secondaires (le père adoptif, le gardien de phare) qui provoquent l’émotion. Arthur, lui, reste stoïque tel un Tintin neurasthénique et son côté chien battu, totalement amorphe, ne suscite pas pour moi d’empathie. Je comprends que la dépression de son personnage ne peut que passer par là mais je n’arrive pas à croire à son personnage à ce moment là. Et comme Margot, je trouve que le problème principal se situe dans une réalisation qui joue trop sur des effets. Utiliser le ralenti à foison pour exprimer l’émotion, comme s’il fallait s’arrêter pour mieux vivre le sentiment, je ne comprends toujours pas.

Eric : Le virage dramatique, pour moi, se situe à l’épisode 85 de la saison 2, lors du bannissement de Lancelot. Avant cela, Astier ne fait que s’appuyer sur ce que l’on sait du mythe arthurien (en particulier la relation entre Lancelot et Guenièvre) pour soutenir la comédie. Lors de cet épisode, la trahison prend corps. Ensuite, cet aspect s’accentue dans les saisons 3 et 4 pour se développer complètement dans la saison 5. Astier profite pleinement du format qu’il s’est donné pour raconter la déchéance volontaire d’Arthur (parce qu’il renonce à l’épée), puis subie (parce que Méléagant s’en mêle). Du coup je ne suis pas du tout d’accord avec Serge quant au potentiel dramatique d’Arthur et le jeu d’acteur d’Astier. Tout au long de la saison 5, on ressent très bien le poids qui s’accumule sur ses épaules et sous lequel il va succomber. Il se rend compte que lui qui pensait avoir une action positive sur les autres, qui pensait tirer ses chevaliers vers le haut, a également fait beaucoup de mal autour de lui. Guenièvre lui signale qu’il est en train de disloquer sa fédération. Merlin finit par partir. Son action politique qu’il pense performante se heurte à la réalité de la mortalité infantile. Sa liaison avec Mevanwi a eu des conséquences catastrophiques et il découvre que son père adoptif a sombré dans la tristesse parce qu’il n’est jamais revenu le voir. Dans l’avant-dernière scène, celle où il est seul à se rendre compte que la couronne est en fait une jatte posée à l’envers, on sent toute la détresse d’Arthur et je pense que le jeu d’Astier est excellent dans ces moments. En revanche, ce qui me gêne dans l’évolution de la série, ce sont les incohérences. Certains épisodes de la saison 1 et 2 ne ressemblent plus à rien tant ils ne collent pas à ce qui est développé par la suite. Même entre les saisons 4 et 5, il y a des trucs qui ne s’accordent pas. Quand je visionne la série et que je passe sur ces moments dissonants, ça me sort complètement de l’histoire, c’est vraiment le plus gros défaut de la série.

Margot : C’est vrai qu’il y a pas mal d’incohérences qui trahissent un manque de visibilité sur l’ensemble du scénario : Karadoc est d’abord présenté comme célibataire, puis marié et père d’une tripotée d’enfants… Astier ne savait pas dans quelle direction il partait quand il a lancé Kaamelott et c’est dommage.

Sébastien : J’ai toujours été fortement agacé par un couac de la saison 4, qui utilise encore le format court mais dont la narration est censée être linéaire : toutes les mésaventures d’Yvain et Gauvain concernant la tour de garde sont montrées dans le désordre (en tout cas dans le dvd) : ils sont déjà dans la tour avant même d’y partir !

yvain gauvain

La saison 6 – qui explore principalement le passé d’Arthur, soldat à Rome sous le nom d’Arturus, et son arrivée en Bretagne pour devenir roi – ne fait pas du tout consensus auprès du public. Certain-e-s l’adorent, d’autres la détestent. Dans quelle équipe vous situez vous ?

Sébastien : J’ai spoilé juste avant. Très franchement, à la première vision je suis passé de dubitatif à désintéressé voire profondément agacé et cela n’a pas changé. Je ne jetterais pas tout, il y a beaucoup de choses très amusantes, en particulier concernant le passé de nos héros en Bretagne, par contre très peu de choses intéressantes dans la partie “dramatique” et je honnis carrément toute l’intrigue amoureuse sur fond de musique d’ascenseur. Et j’ai un gros problème avec le personnage d’Arturus qui dès le début semble grave, mélancolique et taciturne. On a l’impression d’avoir déjà affaire avec l’Arthur de la saison 5 plutôt que celui des premières saisons où on lui connaît des émotions beaucoup plus variées même si l’exaspération et le désespoir sont sous-jacents. Il ne s’amuse jamais, ne s’énerve pas, il semble presque toujours absent et déjà fatigué. D’ailleurs, il n’a vraiment pas l’âge du rôle : difficile de le prendre pour le petit jeune qu’il est censé être. C’est dommage, car le personnage du leader en bout de course est déjà magistralement tenu par Tchéky Karyo, et la passation de pouvoir (et de dépression…) n’en aurait été que plus forte si le caractère d’Arturus avait été plus positif.

Margot : Je trouve qu’il était légitime de vouloir raconter comment le passé romain d’Arthur a cimenté son existence future en Bretagne, mais que le résultat est souvent médiocre. Je rejoins Sébastien : je déteste l’histoire d’amour entre Arturus et la matrone romaine, principalement parce que les scènes qui y sont liées, bercées par des ralentis et une ambiance sonore batterie / piano insipide, sont pour moi incroyablement mal réalisées. Et l’humour, très présent quoi qu’on en dise dans cette saison, ne m’a que peu emportée : pour moi il se repose beaucoup trop sur des clins d’œil aux saisons précédentes. Je reconnais cependant que les coiffures dont les bretons ont été affublés pour leur donner un caractère vintage et résolument non romanisé (ah les dreads de Léodagan et le carré de Bohort) sont un véritable trait de génie.

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Serge : Effectivement cette saison n’est pas épargnée par les défauts pourtant je continue de la défendre malgré tout. L’histoire d’amour a été très critiquée mais elle est intéressante par le fait même de sortir des canons traditionnels de la romance. On voit ici un jeune Arturus fasciné par une femme qui possède tout ce qu’il n’a pas (le savoir, la sagesse…) et qui va le former et le préparer à devenir le roi et l’homme que l’on connaîtra par la suite. La relation d’Aconia et Arturus est marquée par la solitude dans laquelle ils se trouvent ou dans laquelle ils se sentent. Arturus est seul malgré son entourage, confronté à un destin qui le dépasse tandis qu’Aconia vit murée dans sa villa en retrait de toute vie publique. Sans effusion, Astier montre deux personnages fragiles et à même de se comprendre. Cette relation donne en plus du sens à tout ce que l’on a pu voir auparavant dans le rapport très complexe aux femmes d’Arthur au cours des cinq précédentes saisons. Il y a aussi dans cette saison 6 tout un discours sur le pouvoir qui se révèle extrêmement intéressant. Que ce soit par le personnage de Sallustius, le stratège manipulateur habitué à considérer les autres comme des pions ou au personnage de César merveilleusement interprété par Pierre Mondy. La solitude du pouvoir et la désacralisation rentrent directement en lien avec ce que l’on a pu voir du destin d’Arthur dans la saison 5. Là où Arthur était confronté à un vide de sens absolu et cherchait jusqu’au bout à tenter de laisser une trace, on voit ici un César vieillard abandonné de tous dans sa tour d’ivoire condamné à se chier dessus à la fin de sa vie. Le personnage de Firmus joué par Tchéky Karyo participe de la même dynamique. Le conquérant de la Bretagne dépressif au dernier degré, confronté à une tâche qu’il ne peut accomplir se retrouve comme Arthur confronté à la quête du Graal. Le moteur de ses ambitions est tombé, il n’aspire plus qu’à une chose : retrouver ses racines pour donner à nouveau du sens à sa vie.

Eric : Je suis un grand fan de la saison 6, malgré deux défauts : le côté fan service (faire intervenir des persos qui n’ont pas grand chose à y faire) et  le dernier épisode que je trouve un peu lunaire au début et trop grandiloquent à la fin. En revanche, j’admire le casting : Patrick Chesnais, Pierre Mondy, Anne Benoît sont exceptionnels. Je trouve les scènes dans les thermes ou en caserne assez magistrales. Je rejoins l’analyse de Serge concernant la romance et le personnage d’Aconia. L’ajout du personnage de Manilius est également très intéressant, il a un peu changé ma lecture de l’ensemble de la série : sa mort fait qu’Arthur perd son ami le plus fidèle au moment où il prend le pouvoir en Bretagne. Du coup maintenant, j’ai tendance à voir Kaamelott comme l’histoire d’Arthur qui cherche (et qui pour l’instant échoue à trouver) un second avec les mêmes qualités que Manilius.

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La dernière saison, qui s’achevait sur un cliffhanger, a été diffusée il y a presque dix ans. Depuis lors, avez-vous continué à vous immerger dans l’univers de la série, par le biais de re-visionnage, de concours de citations, de lecture de la BD dérivée ou d’ouvrages sur la série (etc) ?

Eric  : J’ai tout fait : dès le début, j’ai été membre de forums consacrés à la série, écrit des fan fictions (perdues dans le néant). J’ai lu les BD, que je trouve intéressantes sans être extraordinaires, et les recueils de dialogues. Je me suis pointé aux dédicaces dès que l’occasion se présentait. Aujourd’hui encore, je fréquente les groupes dédiés sur Facebook. Je crois bien  qu’il ne se passe pas une journée sans que je place une citation de Kaamelott quelque part. Il reste simplement quelques livres consacrés à la série que je n’ai pas encore lus.

Sébastien :  Je possède quelques tomes des BD qui sont pas mal, même si elles peuvent déstabiliser un peu car elles montrent littéralement ce qu’Astier ne pouvait qu’évoquer à la TV par manque de budget : les dragons, les orcs, les gobelins, les gros châteaux… Du coup je n’ai pas totalement l’impression de retrouver le même univers. Mais je les ai lues par curiosité plus que par manque, en général la rediffusion des anciennes saisons me suffit amplement, ma série de prédilection pour les nuits blanches de couture, que je retrouve toujours avec le même plaisir.

Margot : J’ai lu les deux premiers tomes de la BD il y a longtemps. J’ai trouvé ça pas mal mais je n’ai pas continué. Pour moi, la saveur de Kaamelott est si étroitement lié à la manière dont la voix des acteurs porte les dialogues, rythme les phrases, entrechoque les mots, que je n’y ai pas vraiment trouvé mon compte. Si je veux saliver devant des “gros châteaux” (comme dit Sébastien) je peux toujours lorgner sur un épisode de GOT ou une émission de Stéphane Bern.

Serge : J’ai lu quelques unes des BD dérivées de la licence Kaamelott. J’avoue avoir eu très peur de ne trouver qu’une tentative d’opportunisme marketing mais j’ai été agréablement surpris. D’une part on retrouve les personnages que l’on a aimés avec leurs traits caractéristiques et leur verbe si particulier et d’autre part, on explore une dimension épique qui s’insère plutôt bien dans l’univers. Après tout, on ne cesse de faire référence aux quêtes dans les premières saisons de la série, il est donc intéressant de les voir enfin. Le seul reproche que je pourrais faire c’est que celles que j’ai pu lire étaient parfois un peu trop épiques. A la place de trolls ou de morts-vivants, j’aurais peut être préférer voir Perceval galérer avec ses vieux pour coller encore plus à l’esprit Kaamelott.

bd kaamelott.jpg Allez vous acheter l’intégrale de la série récemment sortie ?

Eric : Bien sûr ! D’ailleurs, je viens de la regarder. J’apprécie d’avoir enfin toute les saisons en blu-ray. J’aime beaucoup la finition et les illustrations du coffret, un peu moins les menus.

Serge : Sans doute mais peut-être plus pour la faire découvrir aux amis qui auraient pu passer à côté. C’est de cette manière que j’ai pu vraiment découvrir la série et je trouve que c’est le genre de série à faire tourner.

Sébastien : Preuve que je ne fais vraiment pas partie d’une sorte de fan base, je n’étais même pas au courant qu’une intégrale était sortie ! J’ai déjà tous les dvd donc je ne pense pas, non. Quoique en blu-ray ça pourrait être pas mal, d’autant que mon dernier dvd de la saison 5 a été égaré…

Margot : Non, ce n’est clairement pas pour moi une priorité d’acheter l’intégrale d’une série que je connais déjà quasiment par coeur, pour avoir souvent emprunté les dvd de Sébastien (mais ce n’est pas moi qui ai volé le dernier dvd de la saison 5.)

Au cours des dernières années, Alexandre Astier a communiqué au compte-gouttes (sur les réseaux sociaux, dans la presse) sur les difficultés de la fin de Kaamelott – dont il veut faire un ou plusieurs films – à aboutir. Aux dernières nouvelles, le film buterait sur des questions financières.  Quel regard portez vous sur cette décennie de complications et d’inaboutissement ? Nous sommes en 2018, attendez-vous (toujours) une suite de Kaamelott ?

Eric  : J’ai vaguement suivi les rumeurs plus ou moins confirmées, le projet avorté Kaamelott Résistance, les problèmes de droits, le financement, le tournage qui aurait commencé/pas commencé, etc. Et j’avoue que ça a eu tendance à m’agacer, y compris à cause d’Astier lui-même, d’ailleurs. Mais j’attends une suite et je ne suis pas le seul. Quand on voit l’affluence à la dédicace à Lyon, on comprend que la fan base est encore bien vivace et fidèle. Artistiquement parlant, je fais 100 % confiance à Astier pour qu’il sorte un truc classe. Comme j’ai apprécié Kaamelott à la télé, en BD, en recueils de dialogues, en études historiques, il ne manque plus que le cinéma et je trouverais dommage que ça se termine autrement.

Sébastien : Ce n’est jamais très bon signe qu’un projet, s’il est soi-disant bon, mette autant de temps à se financer. Je ne suis vraiment pas sûr de vouloir voir ce film. S’il ressemble visuellement à l’univers des BD, ce que laisse présager Astier dans l’interview de 20 minutes, on sera dans un monde qui ne nous est pas familier et ce n’est pas le genre de déstabilisation que je souhaite. Et si Astier compte privilégier le drame à l’humour plutôt que de maintenir le bel équilibre de la saison 5, ça ne peut qu’aller dans le mur.

Margot : J’ai tendance à être assez sévère avec la position exprimée par Astier lorsqu’il “justifie” auprès de son public que la fin de Kaamelott ne soit pas encore sur les rails. Quand il explique qu’il veut plus de budget et faire une sorte de gros film d’aventure sur grand écran, je ne le suis pas trop. Car je trouve que ce n’est pas du tout dans le faste et dans l’action que Kaamelott a été jusqu’ici la meilleure. Ce n’est pas parce que les séquences romaines sont filmées dans les (beaux) décors conçus pour la série Rome qu’elles me semblent réussies. Je ne peux pas m’empêcher de penser que la démarche de continuer à raconter l’histoire de Kaamelott dans un délai raisonnable (les acteurs ne vont pas rajeunir…) aurait dû primer sur sa volonté d’en faire quelque chose d’encore plus grand.

Serge : Je rejoins totalement Margot là-dessus : ce ne sera pas mieux en en montrant plus. C’est au contraire dans les petits espaces et les scènes intimistes que Kaamelott a toujours le plus brillé. Si un film sort au cinéma, j’irai nécessairement le voir car il reste des choses à explorer dans cet univers. Comment les personnages de la cour de Kaamelott résistent ou acceptent la tyrannie de Lancelot ? De quelle manière la quête d’absolu de ce dernier se retrouve confrontée aux mêmes obstacles que celle d’Arthur ? Mais j’irai avec une vraie appréhension. Comme pour Lost in la mancha / L’homme qui tua Don Quichotte, il y a une espèce d’impossible attente derrière ce projet. On espérera tous retrouver ce qui nous a plu, dans un esprit nostalgique, et en même temps on souhaitera une vraie invention. Comment Astier pourra-t-il convaincre ? J’ai l’impression que quels que soient les choix qu’il ferait pour le traitement de son film il ne pourra que décevoir une partie de ses fans. Le mythe qu’il a créé avec la série pourrait bien être son plus grand obstacle. Il doit aussi être confronté à un défi particulièrement compliqué en termes de prod. Comment faire un gros film d’aventures qui devrait à la fois séduire sa fan base et réunir le grand public pour être rentable ? Peut-il assumer de faire un film uniquement pour ses fans qui ne serait accessible que pour ceux qui ont suivi la série de bout en bout ?

Margot : Je rejoins Serge sur « l’impossible attente ». Si le film voit le jour et au vu des ambitions intransigeantes exprimées par Astier et la longueur de préparation du projet, le public sera sans doute très difficile à satisfaire. Mais s’il ne sort jamais – ce qui est une possibilité évoquée par Astier à en croire l’entretien de 20 minutes – Kaamelott restera entaché par l’échec. Car est-ce seulement artistiquement possible d’abandonner Kaamelott sur un cliffhanger ? Je caricature un peu mais… imagine-t-on JK Rowling ne pas avoir donné de fin à Harry Potter ?

lancelot

Sa fan base parle de lui comme d’un génie. Des critiques se font aussi entendre. Quel regard portez vous sur Alexandre Astier ? Faites-vous (toujours) partie de ses « fidèles » ?

Sébastien : Malheureusement, depuis la saison 6 et ce que j’ai pu voir/lire de lui depuis, je suis beaucoup plus modéré sur son “génie”. Je n’ai pas vu ses films d’animation Astérix, peut-être sa fibre comique est-elle toujours aussi forte, par contre je sais que pour le drame, il semble depuis longtemps avoir atteint ses limites et ce qu’il en fait n’est pas joli-joli. Sans compter son côté one-man-band control freak qui assez terrifiant.

Margot : Je ne parlerai que de son travail sur Kaamelott. Je trouve qu’Astier est un formidable scénariste et dialoguiste mais je trouve qu’il a aussi des vrais handicaps (vous l’avez compris, je suis critique vis-à-vis de sa réalisation et de certaines de ses compositions musicales) et je trouve cela dommage qu’il n’ait pas ajusté le tir en déléguant davantage : c’est aussi cela, l’intelligence. Mais Astier a su créer une série culte que l’on pourrait citer à l’infini, dans un pays qui était loin d’être une terre promise pour les créateurs de séries, en particulier celles flirtant avec la fantasy, et cela ce n’est pas donné à tout le monde !

Eric : Je pense qu’avec le temps, je suis devenu encore plus fan d’Astier que de Kaamelott. Je ne parle pas de génie, mais c’est assurément un créateur unique. J’apprécie son côté touche-à-tout, sa façon de faire un peu ce qu’il veut, le fait qu’il prenne des risques, les thèmes qu’il traite et qui ne sont pas si courants (comme la transmission entre générations), le fait qu’il parle toujours à l’intelligence du public. Son approche a quelque chose de radical qui me plaît. J’ai aimé David et Madame Hansen (film imparfait mais où l’on retrouve son talent de dialoguiste et de créateur de personnages), et surtout ses one-man-shows Que ma joie demeure et l’Exoconférence, que je suis retourné voir deux fois, alors que j’habite à l’étranger… Son Astérix est également excellent et j’attends de voir le suivant avec impatience. Je pense également qu’on exagère son côté control freak. Je doute qu’un control freak tel que certains le décrivent aurait pu convaincre des acteurs aguerris comme Christian Clavier ou Patrick Chesnais de le rejoindre sur une série télé.

Serge : Astier a indéniablement une écriture unique qui en fait un auteur à part. Je reste un fan absolu de ce côté là. Ses talents de dialoguistes ne se démentent pas quelque soit l’univers qu’il traite. Comme Margot, je suis moins amateur de sa réalisation et de ses compositions musicales mais ça ne m’empêche pas de reconnaître ses mérites de créateur multifacettes. Rares sont ceux qui cumulent autant les casquettes et, ma foi, si cela correspond à ses envies grand bien lui fasse. Je ne sais pas si ce côté touche-à-tout ne lui a pas accolé cette étiquette de control freak par défaut. Voir le nom de quelqu’un 36 fois au générique à tous les postes ça peut effectivement créer le doute. Je pense surtout qu’il a un besoin de créer des univers dans leur totalité, c’est sa méthode de travail et je le vois mal en changer après avoir passé de si nombreuses années à créer de cette manière sur Kaamelott. Il se peut par contre qu’il ait un fort ego. Il en faut sans doute un peu pour être un créateur ambitieux comme il l’est. Est-ce que ça en fait un despote par contre ça je ne saurais le dire. J’ai l’impression qu’il est souvent perçu de la même manière que son personnage d’Arthur. Un roi considérant tous les autres comme inférieurs à lui contraint de manœuvrer avec une bande d’idiots du village aux basques. Est-ce que tout ça est une métaphore d’Astier le créateur, délivrant son message tel Arturus sur la plage de Bretagne dans la saison 6 aux foules ignares ? J’espère de tout cœur que non.

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Y-a-t-il des envies que vous nourrissez pour la fin de la série ?

Sébastien : Malgré mes réserves concernant le projet, j’aimerais vraiment voir où Astier veut emmener son merveilleux personnage de Perceval, ce faux ravi de la crèche pas aussi bête qu’il en a l’air et  totalement dépassé par son propre destin. J’aimerais savoir dans quelle direction évolue la relation qu’il a nouée avec Arthur, développée avec justesse jusque dans la saison 6 avec leur dernier échange qui est l’un des rares points que j’ai aimé dans cette saison.

Eric : Je rejoins Sébastien sur le sujet de Perceval. Comment son destin exceptionnel va-t-il se révéler, dans quelles circonstances ? Que va-t-il advenir de Lancelot ? Va-t-on aborder la question de Mordred, le fils incestueux qu’Arthur est censé avoir avec sa soeur (DEMI-soeur…), etc. En un mot : comment Astier va-t-il raconter la quête du Graal et rattacher son récit au mythe arthurien ? Quelles libertés va-t-il prendre ?

Serge : Je rejoins Sébastien et Eric sur le destin de Perceval. Il est l’un des personnages les plus forts de la série, à la fois drôle et émouvant dans son rapport de filiation/mentorat avec Arthur. On nous a parfois “teasé” sur son devenir épique dans les premières saisons de Kaamelott, il pourrait être très intéressant de voir ce fameux destin en action. Je pense qu’Astier peut nous surprendre en allant chercher d’autres éléments de la légende Arthurienne, comme le personnage de Galaad par exemple. Ce héros tragique,  fils de Lancelot et sorte de successeur d’Arthur dans sa quête du Graal est aussi dans le mythe celui qui en brise le secret. Il pourrait constituer un nouveau héros à la mesure d’Arthur.

Margot : Mon souhait concerne l’ensemble des personnages. De manière générale, j’espère les retrouver à une autre place que celle où on les a laissés il y a dix ans. Les années seront sans doute venues raviner le visage des acteurs et des actrices et j’espère qu’Astier n’a pas l’intention de le nier. Bref, j’attends qu’il ne mégote pas sur l’ellipse temporelle ! Ah, et j’aimerais bien voir à quoi ressemble le Graal de Kaamelott. Ce pourrait-il qu’il ne s’agisse ni d’un vase ni d’une coupe mais… d’un récipient ?

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