Courrier des coups de cœur (8) : Je ne peux pas m’empêcher de regarder Revenge, c’est grave docteur ?

Eric Maillard nous a fait part, fébrile, d’une maladie qui l’inquiète. Il espère que comprendre ses symptômes l’aidera à guérir. Sa question à Séries Chéries :

« Pourquoi on ne peut pas s’empêcher de regarder Revenge alors que la série ne sert plus à rien ? »

Eric, tout d’abord sache que tu n’es pas seul. Tandis qu’une horde de sériephiles se jette sur le nouvel épisode de Game of Thrones chaque lundi, des brebis égarées téléchargent le dernier Revenge, automatisme hérité d’une époque où la série savait nous surprendre. Hélas, ses cliffhangers* et son suspense se sont évanouis dans la nature et nous condamnent à subir des « turning points » qui tombent souvent à plat. Mais alors, pourquoi continuer ? Ne laissons pas planer le suspense plus longtemps : c’est un cas de guilty-pleasurite bénin.

1) Un regard jouissif

Magnifique palette de « regards qui tuent » déployée par Emily Vancamp ! Petite typologie des regards made in Revenge, tous autant jubilatoires les uns que les autres.

Revenge-regard qui tue

Les yeux revolver

Ce regard, c’est celui qu’on attend le plus. Le regard de la femme fatale, au sens propre. En général il faut comprendre « Emily is back, bitches. »

Le combo sourire hypocrite/regard glacial

Le combo sourire hypocrite/regard enjôleur

Sourire qui s’esquisse, regard enjôleur mais pas moins déterminé. Revenge ne serait rien sans les minauderies de son personnage principal.

Le regard en coin

Le regard en coin

Observer, sans être vu ou le complexe du voyeur. On a honte mais on en redemande toujours.

N’ayons pas peur de le dire : rien ne serait possible sans Emily Vancamp, l’antagonisme entre son joli minois et son noir dessein nous ayant rapidement séduits. Beaucoup avaient d’ailleurs commencé la série vaguement inspirée du Comte de Monte-Cristo pour le plaisir de la retrouver à l’écran. La « fanbase » de Revenge, c’est la sienne. Révélée par Everwood, elle a ensuite rejoint le casting de Brothers & Sisters où son rôle était déjà moins gentillet. Cette évolution lui permet de diversifier son jeu, et le sériephile par essence bienveillant, plein d’abnégation et de dévouement regretterait que tout s’arrête en si bon chemin. Prêt à tout pour que son actrice fétiche ne soit pas au chômage, il reste fidèle au rendez-vous.

2) Le crêpage de chignon

Si à l’école primaire, vous preniez un malin plaisir à observer des filles se crêper le chignon, Revenge est faite pour vous. Impossible de lutter, vous y étiez prédisposé. Dialogues de soap opera, joutes verbales qui se renouvellent à l’infini et matriarche machiavélique suffisent pour enclencher les symptômes de notre guilty-pleasurite. D’autant plus que la matriarche n’est pas toujours un personnage si manichéen, eh oui notre guilty-pleasure s’essaye à la psychologie.

Plus mon sourire est large, plus le coup que je prépare est machiavélique.

Plus mon sourire est large, plus le coup que je prépare est machiavélique.

3) Le sex appeal du casting

Daniel ne présente pas grand intérêt, convenons-en. Consensus sur la twittosphère, c’est assez rare pour le mentionner.

MAIS il y a Barry Sloane, ma grande faiblesse. Barry Sloane, alias Aiden dans la série, c’est le flegme britannique dans toute sa splendeur, un grand brun mystérieux qui a illuminé la seconde saison (bah quoi…). Quant à Emily Vancamp, elle arbore une tenue différente à chaque plan et donne une dimension glamour à la série, ce qui a pour avantage de donner des idées pour les séances shopping. Quand le rythme d’un épisode se relâche, on sait qu’on ne s’ennuiera pas totalement. Nolan est toujours aussi irrésistible, la « mignonitude » incarnée. C’est bien simple, on ne peut pas détester Nolan. On peut reprocher à certains épisodes de se muer en défilés de mode mais puisque chacun y trouve son compte, on ne boude pas notre plaisir.

aiden revenge

4) La voix-off

La voix-off sévit systématiquement en fin d’épisode. Des réflexions plus ou moins existentielles nous sont énoncées, accompagnées d’une jolie mélodie pop-rock.  Parfois on se lasse de ces lieux communs qui défilent, parfois on tombe dans le panneau. Si vous ne connaissez pas la série, sachez qu’ils sont très proches de ce que propose Shonda Rhimes dans Grey’s Anatomy.

Par exemple :

« Truth is a battle of perceptions. People only see what they’re prepared to confront. It’s not what you look at that matters but what you see. And when different perceptions battle against one another, the truth has a way of getting lost. And the monsters find a way of getting out. »

Traduction : La vérité est une confrontation de points de vue. Les gens voient seulement ce qu’ils sont prêts à affronter. Ce n’est pas ce que l’on regarde qui compte, mais ce que l’on voit. Et quand deux points de vue s’affrontent, la vérité tend à se dissiper. Et les monstres trouvent le moyen de s’échapper.

5) La vengeance

La vengeance, nous en rêvons tous mais ce n’est pas tout à fait recommandé, à moins de vouloir vivre votre passion pour Orange Is the New Black in real life. Parmi les moments les plus cathartiques de Revenge, ceux où Emily trace une croix rouge sur ses cibles. Ce n’est pas un hasard si les récits de vengeance ont autant la cote au cinéma ou à la télévision : cela permet au spectateur d’assouvir ses pulsions sans rien risquer. La série n’invente absolument rien mais la recette ancestrale est toujours gagnante. La quête de vengeance est mise en péril par des intrigues amoureuses qui remettent tout en question. Régulièrement, Emily se demande si elle ne ferait pas mieux de vivre une vie paisible avec son nouvel amant, en mettant de côté sa vengeance. Parfois, c’est son attachement même qui est dangereux. Et si l’être aimé était tué par un ennemi ? Un vengeur ne doit pas tisser de lien affectif avec son entourage. C’est clairement le fil rouge de la série qui reprend la trame des Salauds dorment en paix de Kurosawa, lui-même relecture d’Hamlet. Une tension entre quête de vengeance et quête de bonheur qui n’a pas fini de nous fasciner, même si la qualité est de plus en plus vacillante…

Emily nous met en boîte.

Emily nous met en boîte.

Alors, est-ce grave de regarder Revenge même si l’on est persuadé que la série n’a plus grand chose à apporter ? Non, n’ayez pas honte de votre passion pour la série-aux-incrustations-sur-fonds-verts-pas-trop-mal-faits de ABC. Revenge nous fait du bien.

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