Rencontre avec Isabelle Joly et Aglaé Dufresne, auteurs et interprètes de la web-série CamWeb

Parce que Séries Chéries s’intéresse de plus en plus aux web-séries -entre Les ShowRunners, The Outs, Le Visiteur du futur, Les Encanailleurs et The Kidults ou encore Le Meufisme– nous avons rencontré les « CamGirls » Isabelle Joly et Aglaé Dufresne, deux copines parisiennes auteurs et interprètes de CamWeb. En partenariat avec le magazine Causette et Dailymotion, produites par Ex Nihilo, leurs pastilles drôles et décalées mettent en scène les cyber-recherches de deux trentenaires paumées devant leur ordinateur.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et l’histoire de CamWeb ? Comment en êtes-vous arrivées là ?

Isabelle : On s’est rencontrées à l’école du studio de théâtre d’Asnières. Ensuite j’ai intégré la compagnie professionnelle du studio, puis je suis devenue comédienne.

Aglaé : J’ai rencontré Isabelle au studio. Après, je suis partie aux Etats-Unis pendant sept ans, et quand je suis rentrée en France on a repris contact, on s’est revues et on a commencé à faire des petites vidéos comme ça, pour rigoler. Le mythe du début de Camweb -qui est vrai !- c’est que j’étais en train de surfer sur AdopteUnMec, Isabelle a mis la webcam en marche sans me le dire, puis elle m’a montré le résultat et on a rigolé, du coup on s’est dit « essayons de faire un court sur ce principe-là : deux filles devant internet ».

A l’origine, il devait donc s’agir d’un court-métrage…

Isabelle : Oui, une vidéo pour rire.

Comment les partenariats sont-ils arrivés ?

Isabelle : C’est un long chemin ! La première vidéo s’est retrouvée en homepage du site Dailymotion -on a été assez surprises !- et puis on a été repérées par Causette. Ils voulaient nous rencontrer car ils aimaient le ton de la vidéo, qui correspondait au ton de leur magazine. On est partis sur un partenariat, en continuant à faire des petites vidéos simplement, et eux apposaient leur logo. On a réalisé un autre épisode, puis un autre, mais il n’y avait pas un rythme, ce n’était pas hebdomadaire, juste quand on le sentait.

Aglaé : Ça, c’était la première étape, la saison 1, en 2012.

Isabelle : Saison 1, on a fait vingt épisodes comme ça, auto-financés, pour s’amuser, avec Causette qui nous soutenait.

Aglaé : Ensuite, en 2013, on est allées frapper à la porte d’Arnaud Colinart de chez Agat Films.

Isabelle : Il nous a dit qu’il allait produire la série, il aimait le ton et trouvait que ça fonctionnait bien. Arnaud nous a dit « On va faire vingt épisodes ensemble ». A ce moment-là, Dailymotion et Causette ont décidé de nous financer également. On avait donc trois partenaires.

Qu’est-ce que ça signifie, produire une web-série ? On a pourtant l’impression que vous n’avez besoin de rien…

Isabelle : Un épisode, c’est beaucoup de temps. Trente minutes de tournage, puis on peut passer quatre après-midis à faire le montage. En étant produit, ce temps de travail nous est rémunéré, ce qui est génial, hyper encourageant. En 2014, Arnaud Colinart a contacté Voyelle Acker de France Télévision, qui cherchait à coproduire des séries un peu girly. Elle a dit OK.

Être rémunéré, comment ça marche ? Qu’est-ce que ça change à la réalisation d’une web-série ? Y a-t-il des exigences particulières ? Sur le plan artistique par exemple ?

Isabelle : On a toujours le dernier mot, mais parfois il y a des discussions. Par exemple, il y a des plans dont les gens de France Télévision ou d’Agat Films ne sont pas fans. Parfois on aime ces plans-là donc on insiste pour les garder, mais quand on doute, on se dit qu’ils ont raison et on enlève.

Aglaé : Parfois on fait aussi exprès, puisqu’on publie sur Causette ça nous est déjà arrivé de critiquer le féminisme, comme dans « Masculinity » par exemple. On s’est dit qu’ils allaient détester et en fait ça les a fait rigoler. On veut tout critiquer, même -et surtout !- ce à quoi on adhère.

Isabelle : Globalement on a une liberté de ton totale. C’est nous qui avons le dernier mot.

Aglaé : Sur le fond et la forme.

Comment concilier web-série et vie quotidienne ? Est-ce que c’est galère ?

Aglaé : La rémunération change la donne, on n’est plus obligées de faire ça le weekend…

Isabelle : La rémunération permet de ne se consacrer qu’à ça, tout en continuant à avoir des missions ponctuelles à côté. On a moins la corde au cou, et on n’aurait pas pu sans ça faire un épisode par semaine. Ça représente beaucoup de travail.

Vous vous êtes fixées un emploi du temps précis ?

Isabelle : Pour le tournage non, on n’a pas de jour. On tourne quand on a une idée, un axe, on voit ce qu’il en sort après une première impro, on fait une première étape de montage, puis on commence à écrire notre épisode, à noter ce qui nous manque, on tourne à nouveau : il y a souvent des va et vient entre le tournage et le montage.

Vous rejouez beaucoup les scènes, ou bien vous laissez divaguer l’impro ?

Isabelle : Quand on se laisse trop divaguer, que ça fait une heure qu’on tourne et qu’Aglaé n’a pas ri, on se dit qu’il y a un problème et que l’épisode ne va pas être bien. (Rires) En général, plus c’est long en impro, moins c’est bon. Quand ça prend, il y a une espèce de ping-pong, on rit beaucoup, on sent le montage se dessiner, et c’est très bon signe.

Comment se répartissent les rôles entre vous ? Qui écrit, qui fait le montage de vos vidéos ?

Aglaé : C’est nous deux.

Isabelle : On a aussi une étalonneuse pro qui vient rectifier nos plans. Nous on fait un montage brut, un ours, et elle vient colorer chaque plan, arranger le son, elle rend l’ensemble plus « clean ».

Pourquoi ces innombrables jump-cut, qui font tout le sel de votre web-série ? S’agit-il seulement de cacher les fous-rires ?

Aglaé : Il y a vraiment beaucoup de fous rires, c’est vrai ! On improvise beaucoup, même si on a toujours un thème précis, un axe. Comme on tourne trente minutes pour trois minutes d’épisode, les jump-cut permettent d’enlever toutes les bafouilles, d’aller à l’essentiel, de ne pas se répéter, de condenser le meilleur.

Isabelle : Au départ c’était juste pour ça, mais après on s’est dit que ça donnait le tempo de l’épisode, et parfois maintenant il nous arrive de faire un jump-cut exprès dans un plan sans fou rire parce qu’on trouve que ça dynamise le rythme de l’épisode. C’est devenu un peu notre marque de fabrique.

Isabelle, est-ce que tu as l’habitude de filmer tes amis à leur insu pour les convaincre de faire des web-séries avec toi ?

Isabelle : (Rires) Là c’était un peu particulier, mais avec Aglaé on a souvent bossé ensemble sur des petits courts et, à chaque fois qu’on a une idée, on prend la caméra et on filme. Là, je voyais qu’il y avait quelque chose à faire en la voyant chercher un homme sur internet, je me disais que c’était super drôle.

Aglaé : Elle est blagueuse, c’est son genre de faire des petites taquineries comme ça.

Ce serait possible de les voir, ces petits courts ?

Isabelle : Pour l’instant, ils dorment dans mon ordi, mais on s’en inspire parfois. Par exemple on a re-tourné « façon CamWeb » un petit court qu’on avait tourné à l’arrache il y a deux ans.

Est-ce que vous n’avez pas peur que le concept s’épuise ?

Isabelle : Si, d’autant qu’on est contraintes par un plan fixe. On ne peut pas changer de cadre donc tout repose sur nos propos, ce n’est pas évident de se renouveler. Le concept va s’épuiser à un moment.

Aglaé : On ne peut pas faire ça éternellement, d’autant qu’internet bouge : maintenant il n’y a plus tellement les gens devant leur ordinateur, ils sont tous sur leur iPhone. Ça va être daté, on en a conscience.

D’où l’apparition d’invités…

Isabelle : Oui, on aime beaucoup car ça remet plein d’énergie, même dans le rapport entre nous deux.

Aglaé : Ça nous nourrit !

Isabelle : Avec Pierre Croce ça s’est super bien passé, c’était vraiment un plaisir de bosser avec lui. On espère continuer.

Est-ce que la vie de vos personnages va évoluer ? La série peut-elle devenir feuilletonnante, même en filigrane ?

Aglaé : Déjà avec la saison 3 il y a une petite avancée : Isabelle est en couple, on a fait quelques épisodes sur la jalousie

Isabelle : La fidélité

Aglaé : Comment garder son mec… Bon Aglaé est toujours célibataire, ça ça ne change pas.

Isabelle : Elle a des plans ! (Rires) On n’aborde jamais dans nos épisodes le côté boulot, enfin si, il y a toujours l’errance, disons que c’est plus l’errance de ces deux loseuses, et ça ne change pas tellement parce qu’elles sont trop gauches.

Aglaé : C’est ça, elles reviennent toujours l’une à l’autre parce qu’elles n’ont rien d’autre.

Le jour où elles ne seront plus loseuses, il n’y aura plus de série ?

Aglaé : En gros oui, ce n’est pas faux.

Est-ce que vous avez eu des retours étranges, voire flippants ?

Isabelle : Il y a quelques psychopathes qui se lâchent, c’est marrant, des gens qui nous haïssent…

Aglaé : Heureusement ce n’est pas la majorité ! (rires).

Isabelle : On a écrit un épisode qui s’appelait « #insultes », où on s’est amusées à parler des insultes qui nous faisaient rire sur internet.

Aglaé : Du coup on a eu des insultes sur cet épisode. C’est surtout le cas quand la série est prise hors-contexte. Sur Causette ça se passe bien, mais quand c’est relayé par Yahoo! pour elles, le panel de gens qui regardent est très large…

Isabelle : Ils n’ont pas du tout capté notre humour !

Aglaé : Oui, il faut être préparé à l’ironie.

Vous avez un public type ?

Isabelle : Ouais.

Aglaé : Ouais ?

Isabelle : Bah c’est vrai, on a un public de gens hyper cool. Causette a favorisé ça. Les gens qui nous aiment sont plutôt ouverts d’esprit, sympathiques, intelligents… (Rires)

Aujourd’hui, vous en êtes où avec Camweb ? Jusqu’où irez-vous ?

Aglaé : Pour l’instant on finit notre 3e saison…

Isabelle : On verra pour la suite !

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