Coup de projo sur Norskov

Un grand froid s’est abattu sur la France, et s’est confortablement installé dans nos chaumières. Non, nous ne parlons pas de météo ni du résultat des élections américaines mais de Norskov, la nouvelle série danoise qui vient de débarquer sur Arte. Découverte lors de la dernière édition de Séries ManiaNorskov commence comme 70% des séries scandinaves :

Alors que le maire de Norskov tente d’attirer de nouveaux investisseurs pour relancer l’économie de la ville, son plan est entravé par des problèmes de drogue récurrents. Il décide de faire appel à l’inspecteur Tom Noack, son beau-frère, de retour dans la ville…

Un homme revient dans sa ville natale en crise et doit faire face à son passé ? En effet, ce n’est pas nouveau. Une introduction pas forcément très encourageante, et pourtant ! On comprend vite pourquoi la série a été sélectionnée : Norskov nous happe et mérite d’être suivie de très près. À partir des trois premiers épisodes, voici déjà cinq bonnes raisons de ne pas louper cette série.

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Un esthétisme naturaliste unique

Les séries scandinaves, comme les séries britanniques, sont fortement reconnues pour leur esthétisme. Quand on pense à Real Humans ou Jordskott, rien n’est laissé au hasard pour sublimer les personnages ou les décors. C’est là que Norskov fait peau neuve. Ici, un naturalisme total prime et vient trancher avec nos habitudes face aux séries nordiques. Aucun effet esthétique n’est ajouté : pas de filtres ou d’artifices, juste les personnages et les décors tels qu’ils sont. Dans l’esprit de Bron/Broen, qui détenait déjà une volonté d’épuration des effets esthétiques, Norskov semble aller encore plus loin dans son exécution.

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Comme s’ils n’avaient pas de maquillage ou de retouches pour les homogénéiser, on découvre des visages marqués, des teints pâles, des grains de peau imparfaits, à travers des gros plans récurrents. Ainsi, au plus près des personnages, on croit plonger tout droit dans une oeuvre à l’esthétique plus proche d’un documentaire que d’une fiction.

Un microcosme étouffant

Au-delà de ses attraits atypiques dans la forme, Norskov détient un cadre percutant, celui d’une petite ville portuaire dans laquelle réside une communauté où tout le monde se connait. Très proche de la série Acquitted (où le héros revient lui aussi dans sa ville natale et doit affronter les siens), cette série offre un environnement tantôt rassurant tantôt sclérosant.

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La petite ville est composée de familles qui se côtoient depuis des générations, toutes passionnées par le hockey, et se réunissent autour de ce sport fétiche à chaque match. Il est clair que tout finit toujours par se savoir, ou du moins par se deviner, peu importe la qualité de l’hypothèse. Les rumeurs vont en effet bon train dans cette petite bourgade. Lorsque l’identité du père d’Oliver est questionnée, de nombreuses théories fusent alors sans gêne : membre du groupe Oasis ou de DAD, tout le monde en rit. Face à la perte de sa mère, Oliver n’est donc pas à l’abri de l’opinion publique sur la vie sentimentale de cette dernière. Tom, son amour de jeunesse, se retrouve quant à lui frappé de plein fouet par les cancans indélicats sur Diana au sein même du commissariat.

Des personnages très humains et touchants

L’une des plus grandes forces de Norskov est sans doute sa palette de personnages profondément humains. D’abord, le personnage au cœur de toutes les inquiétudes est Oliver, un adolescent qui rêve de se professionnaliser dans le hockey sur glace. Il a d’ailleurs un don certain pour ce sport, mais entre des accusations injustes de possession de drogues et des résultats scolaires insuffisants, il semblerait que son rêve s’éloigne peu à peu de lui. Entre une mère célibataire accro à la cocaïne et un père absent dont il ignore l’identité, son innocence s’est évaporée depuis longtemps. Un adolescent confronté trop tôt aux difficultés de la vie pour personnage principal est quelque chose de particulièrement novateur dans les séries scandinaves qui ont tendance à laisser les jeunes en arrière plan.

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La mère, Diana, cherche tant bien que mal à combattre son addiction tout en élevant seule son fils. Naviguant avec un douloureux passé qui la tire sans cesse vers le fond, elle s’accroche comme elle peut pour ne pas couler. Souvent défaillante, dotée d’une fragilité palpable, elle a pourtant, derrière la mauvaise réputation que lui ont forgé les habitants de Norskov, une fureur de vivre qui fait d’elle une personne particulièrement bouleversante.

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Tom, qui retourne dans sa ville natale, nous offre quant à lui le regard extérieur nécessaire sur cette ville qu’il semble (re)découvrir en même temps que nous. Pas tout à fait exclu, pas tout à fait inclus non plus, il reprend peu à peu ses marques avec les personnes qu’il a laissées lors de son départ. Ainsi, son regard neuf et sa position en retrait de ce petit monde nous permettent de mieux en saisir les enjeux. Toujours animé par un amour inconditionnel pour Diana, par des amitiés fortes et une empathie profonde, il est lui même touché par les habitants de Norskov.

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Les portraits dressés dans Norskov sont particulièrement émouvants. Plus sensibles et écorchés les uns que les autres, ils sont néanmoins tous régis par une certaine pudeur, et s’efforcent de ne pas dévoiler leurs failles aux yeux des autres habitants.

Une série sociale réaliste

C’est en cela que Norskov est une véritable fresque sociale. Se développant au sein d’une ville en pleine volonté d’essor socio-économique, on y découvre une population touchée par la drogue et parfois par la précarité. Alors que certains réussissent dans les affaires de mobilier écologique et peuvent s’offrir de belles maisons, pour d’autres la réalité est toute autre. Famille monoparentale en pleine détresse, avec des difficultés à joindre les deux bouts, des travailleurs en peine de trouver des marchés et faire vivre leurs entreprises… Norskov a de multiples facettes qui la rendent particulièrement réaliste, loin des clichés de perfection familiale.

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Norskov possède une autre dimension sociale à travers le prisme de la volonté de ses représentants de redorer la ville. À l’aide notamment de la construction d’un nouveau lycée, permettant de relancer l’attractivité de cette petite ville côtière dominée par son activité portuaire, et de relancer son économie, on découvre aussi les difficultés sociales à l’échelle d’une mairie. Mais jusqu’où est-on prêt à aller pour le bien de la ville ? Arrangements officieux, chantages, pressions : les ficelles des plus grands nous sont dévoilées, et ce n’est pas joli joli.

Claus Riis Østergaard et Anne Sofie Espersen

Une enquête policière au second plan et un suspense prenant

Les Scandinaves étant des adeptes du Nordic Noir (ou drame noir scandinave) en littérature et au cinéma, le policier est un genre récurrent dans leurs séries. Mais ce qui est particulièrement original ici, à la différence de Bron/Broen ou de Bordertown, c’est que l’enquête est relayée au second plan de l’intrigue, laissant les relations humaines au devant de la scène. L’humain – les relations familiales et amicales – prime sur l’enquête autour du trafic de drogue qui sévit sur la ville de Norskov.

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En effet, notre attention se focalise autour des secrets et non-dits qui planent au sein de la communauté, qu’il s’agisse des arrangements officieux pour le projet de construction du lycée, des chantages, mais surtout du mystère entourant l’identité du père d’Oliver. Une fois ce dernier mystère résolu, nous ne pouvons qu’attendre avec impatience les répercussions qu’elle aura sur tous les personnages.

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À travers cet esthétisme naturaliste participant à l’humanisation intense des personnages et au réalisme général de l’oeuvre, il est clair que nous découvrons un microcosme particulièrement singulier, et qui paradoxalement peut nous sembler proche de nous. Cette communauté tantôt touchante, tantôt repoussante par sa passion du potin et par sa forte tendance aux secrets, nous permet de découvrir un drame social où l’enquête policière n’est plus au cœur de l’histoire. Les personnages triomphent du genre policier et nous réservent de nombreuses surprises. Le suspense est là, et il nous tarde d’avoir de nouvelles réponses dès ce soir sur Arte.

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